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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 13:26

Pourrai-je dire le Désir sans le faire fuir, apprivoiser ce complice naturel de l’érotisme, laissant à l’excitation la pornographie pour alliée? Suggérer que le Désir est cérébral, nourri d’imaginaire et de fantasmes ? Certes, mais il lui arrive tout aussi bien d’être brutal, inattendu, urgent… Aussi irraisonné qu’irraisonnable, capable de liquéfier les neurones d’une chercheuse du CNRS au profit d’un niais bien taillé et de réduire le monde et ses merveilles à un espace de 140x190cm aux draps froissés.

Irraisonnable, donc, mais pas simpliste pour autant. Sexuel, mais pas queue..

L’odeur d’un homme, un soir d’été, puissante, incommodante. Il ouvre la porte, sa silhouette longiligne se dessine à contre jour. Il est beau mais il sent fort, détail rédhibitoire. Puis il retourne à son bureau, montre à la femme les images qu’il est en train de créer sur son ordinateur. Elle entre dans sa tête, y découvre un artiste, et l’odeur nauséabonde se mue soudainement en phéromones troublantes. Désir animal, oui, mais cérébral ô combien. Va savoir ce qui prévaut…

A défaut de définir le Désir, peut-être dire ce qu’il n’est pas. Reconnaître, par exemple, qu’il n’a rien à voir avec l’Amour, même si, dans les contes pour petites filles et les romans pour jeunes femmes, le Désir prend souvent les traits de l’Amour pour ne pas les effaroucher. A quinze ans ou un peu moins, est-il concevable de dire autre chose que « Je l’aime » ou « Je suis amoureuse » pour justifier l’émotion incompréhensible qui saisit à la vue des boucles en désordre d’un jeune homme de dix-huit ans et de sa façon tellement « trop » d’allumer une cigarette ?

Hélas, de cette confusion entre Désir et Amour naissent tant de déceptions qu’il paraît urgent d’éclaircir les choses. Oui, le premier contact avec l’Autre- homme ou femme, garçon ou fille- relève du Désir puisqu’on ne sait rien de lui, rien d’elle, hormis l’émotion que sa seule vue inspire, l’accélération des battements du cœur, voire, pour les plus hardies, la chaleur nouvelle au creux du ventre et l’humidité qui sourd entre les cuisses. Humidité, parlons-en ! Mouiller de Désir au début d’une relation, quoi de plus émouvant, de plus évident, tout comme le ciment qui construit une maison se doit d’être mouillé pour permettre l’adhésion des parpaings entre eux. Construire une relation comme on construit sa future maison… et découvrir que la maison a besoin que le ciment sèche pour ne pas s’écrouler, tout comme le Désir doit s’atténuer pour que l’Amour trouve sa place et devienne un projet de vie plus ou moins court, plus ou moins long, mais toujours ouvert sur le monde et ses merveilles, et s’émerveille. A l’inverse de ce que clament magazines féminins, romans et malheureusement un certain nombre de thérapeutes et sexologues, le Désir n’est pas le ciment du couple, et il faut en finir avec ce corollaire effrayant : si moins ou plus de Désir, plus de couple ! Les amoureux sont seuls au monde, expression romanesque mais à vrai dire effrayante! Passer sa vie seuls au monde, les yeux dans les yeux, sans plus voir- l’Amour est aveugle- les autres qu’offre la vie, il y a de quoi mourir non pas de Désir mais d’ennui, puis de rancœur.

On peut désirer sans aimer, tout libertin ou libertine qui s’offre à un.e inconnu.e une demi-heure après avoir franchi les portes d’un club coquin sait parfaitement qu’il s’agit de Désir mais pas d’amour, et encore ! Il ne s’agit pas de Désir pour la personne, mais plutôt de Désir de sexe, d’envie de faire l’amour, voire de simplement « baiser » rapport physiologique qui n’est pas relation puisque bien souvent on ignore jusqu’au prénom de l’éphémère partenaire.

On peut aimer sans désirer, les couples de longue date qui ne font plus l’amour que rarement, mais ne s’imaginent aucunement vieillir avec une autre personne que leur compagnon ou compagne le savent bien : leur Désir a évolué de l’attrait sexuel à la connivence, complicité, sensualité, intimité… infiniment plus rares et plus complexes, dont on mesure l’intensité au vide que laisse l’absence, lorsque l’un des deux disparaît.

Il demeure cependant qu’il est délicieux de se laisser troubler lorsqu’on ne s’y attend pas, c’est sans doute la raison pour laquelle le conjugo nuit au Désir : on s’y attend, on sait avec qui on va dormir à défaut de coucher, à moins de faire chambre à part, modalité faussement considérée comme un signe de désamour alors qu’elle est peut-être un joli moyen de remettre un peu d’inattendu dans le quotidien.

Va-t-il, va-t-elle me rejoindre ? Tiens, j’entends sa porte s’ouvrir, ses pas de loup sur le parquet…

Le Désir naît parfois de gestes anodins. Voici qu’un ami de longue date avale de travers. Il tousse, elle lui tape dans le dos, ses doigts à travers le tissu de la chemise captent la tiédeur de sa peau. Pas n’importe quelle tiédeur, celle qui creuse le ventre et trouble les pensées. « Elle avait quoi cette tiédeur? » Rien. Juste une harmonie avec les mots intelligents qu’il venait de prononcer d’une voix de basse, de rocaille ou de lave en fusion. La voix, les mots, ont touché le cœur de la femme avant la tiédeur de la peau et ont rendu l’ami désirable. Le même homme, s’étouffant pareillement, aurait pu lui rester indifférent en période creuse, car le Désir ne dépend pas tellement du potentiel de séduction de l’Autre, mais de son imaginaire à soi. On en est créateur, créatrice, avec des variations saisonnières.

En période d’eaux basses, les photos les plus suggestives semblent ridicules ou vaguement dégoûtantes, les textes les plus érotiques donnent le sentiment que le sexe, somme toute, est une activité assez grotesque. En période d’eaux basses, le Désir ne manque pas. Il n’est pas là, tout simplement. On n’en meurt pas. On n’y pense pas.

En période tempétueuses, un soupir derrière une cloison, un talon qui claque sur un trottoir, un échange de regard de trois dixièmes de secondes, quelques mots, n’importe quelle image suffisent à rappeler qu’il n’y a rien de plus important que le Désir, rien de plus vital, rien de plus obsédant. Curieuse énergie dont l’absence ne crée aucun manque et dont la présence engendre aussitôt le manque.

Mystère non résolu- et tant mieux !- que ce Désir obstiné, gratuit, mystérieux: pourquoi cet homme, cette femme, cette peau précisément ? La réponse est limpide: parce que. Point. Rien à expliquer ni à justifier. Justesse n’est pas justice.Il n’y a pas plus injuste que le Désir, qui ne naît ni du mérite ni des qualités de l’autre, mais d’une évidence: cet autre entre en vibration avec moi, créant des harmoniques imprévisibles d’une beauté à rire et pleurer à la fois, musique de l’inconscient qui se révèle. Aucun logiciel ne peut l’enfermer, aucune recette, aucune molécule chimique ne le provoque à coup sûr, rien ne le tue pour toujours. Il est la liberté incarnée, comme la prison la plus voluptueuse, quand on se prend, quand on se donne en repoussant les limites de ce qu’on croyait possible.

Échappant à toute définition qui l'enfermerait, le Désir est comme une bille de mercure : étincelant, fugace, fuyant... comme celles avec lesquelles je jouais étant petite ( je parle d'un temps où les enfants jouaient avec le mercure échappé d'un thermomètre brisé). Si on l'approchait tout doucement, le mercure se laissait toucher, doux et lisse sous la pulpe des doigts, puis il fuyait très vite à l'autre bout de la boîte où on l'avait déposé. Il arrivait qu'il fusionnât avec une autre bille, se transformant alors en petite flaque plus lourde, plus lente, moins vive. La fusion ne lui réussissait pas. Comme au Désir ?

 

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