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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 10:21

S’asseoir, dans un bar ou une petite salle et écouter les musiciens. Dans la pénombre, des spectateurs tapotent le rythme avec deux doigts sur leur table, ou le marquent sans s’en rendre compte avec le pied, avec le corps. « La musique est un cri qui vient de quelque part », un rapport charnel avec le monde, et c’est pourquoi, sans doute, elle passe les siècles des siècles avec juste sept notes entières et quelques demi-tons, quarts de ton ou comas pour nous émouvoir et consoler des temps gris.

Jazz, rock, chanson, classique, pop… selon les moments et selon les artistes, tout est bon à écouter. « On a tous dans le cœur un refrain... » et les artistes, parfois odieux, mesquins, stupides, égoïstes dans la vie se muent en jubilation, en émotion sur scène.

Spécial copinage  si vous habitez la région parisienne :

tous les jeudis à 20h30 depuis plus d’un an, « l’Assoce Bolognaise », un groupe de fondus de chanson dite « à texte » et qu’eux préfèrent appeler des chansons « à respirer », des chansons « faites à la main » se réunissent à la bonne franquette au MACAQ, 123 rue de Tocqueville, Paris 17è. C’est un local associatif, on y entre sans frapper, on s’assoit où on veut, c’est gratuit, et on écoute ces fondus.  Tous professionnels par ailleurs, mais qui ont gardé l’esprit amateur au sens étymologique : « qui aime ». Ils aiment chanter, ils aiment se donner en spectacle et se donnent véritablement.  Les « Jetés de l’encre » (http://www.lesjetesdelencre.com/ ) menés par Gilles dans un style occitan/ slave/ hispanisant, je veux dire dans la démesure et le lyrisme,

Marc Havet- qui pousse le narcissisme jusqu’à s’être offert un bar « le Magique », dans le 14è, juste pour y faire ses spectacles- dans un style rebelle caustique, Jules Bourdeaux, digne successeur de Gaston Couté pour ceux qui connaissent. Et pour ceux qui ne connaissent pas :

http://blogborygmes.free.fr/blog/index.php/2009/11/04/1256-gaston-coute

parlent d’amour, de rupture, des pauvres et des riches avec une gouaille très 19è (arrondissement et siècle). Les amateurs de Brassens, Ferré, Nougaro… apprécieront davantage que les fans de Lorie ou  Michael Jackson, mais même ceux-là y trouveront leur compte, car l’ambiance est chaleureuse et les coups à boire pas chers : de 1 à 3 €. 

Conscient du risque de compétition narcissique entre ces mâles artistes, Gilles s’arrange pour que chacun n’interprète pas plus de trois chansons d’affilée, et invite les musiciens et chanteurs des deux sexes à se faire connaître pour faire un bout du spectacle. Scène ouverte, bar ouvert, on quitte la soirée vers 23h plutôt contents.

J’oubliais : pourquoi l’Assoce Bolognaise pour ces musiciens pas du tout italiens ? Parce qu’une des adhérentes de l’association cuisine des marmites de spaghettis bolognaise- délicieux- qu’elle sert pour quelques euros aux spectateurs affamés.

http://www.assocebolognaise.org/

 

Autre spécial copinage : c’est bientôt Noël, offrez un beau livre. Par exemple cette chose rare que sont les « Lettres à Maricou » d’Alexandre Vialatte, lettres d’amour du fin écrivain auvergnat qui terminait chacune de ses chroniques dans « la Montagne » par « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » sans aucune prétention islamique. Vialatte, donc, gloire de l’Auvergne dont les frontières dépassent celles de la planète, est amoureux de Maricou, le lui écrit, lui envoie des cartes postales, déploie ses plumes vertes et dorées pour la séduire. En  vain. Ce qui nous vaut une fine analyse des lettres d’un amoureux déçu par Pierre Jourde, analyse ô combien universelle pour tous ceux et celles qui un jour ont aimé en vain. Ce livre sur beau papier bouffant est édité au Signe de la Licorne. Une maison fondée il y a quelques années par un de mes camarades de faculté de droit dont l’humour pince-sans-rire m’a toujours réjouie. Nous sommes  toujours restés en contact et il me tient au courant de ses  insolites choix littéraires et politiques. Il a gardé dans ses austères fonctions administratives actuelles le sens de l’humour glacé et sophistiqué d’un Gotlib de la belle époque.

 

 

 

Par Françoise Simpère - Publié dans : bonheur
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 23:56
A onze ans, Jacques Lacarrière étudiait le Grec et le Latin. Un jour, il entendit sa mère dire : « Il fait ses Humanités » et fut stupéfait de ce mot inattendu, puis indigné quand quelqu’un lui apprit que Grec et Latin s’appelaient des langues mortes alors qu’il les trouvait si belles, si vivantes.
Devenu adulte, il consacra sa vie à la Grèce qu’il a parcourue, souvent à pied, pendant plus de vingt ans. Qui a lu « l’Eté grec » que je vous recommande chaudement, retrouve dans les descriptions de chaque sensation, détail, chaleur, personnage… le pas lent des marcheurs, apte à capter l’étincelle de vie dans un caillou.
Revenant de Grèce et écoeurée par les nouvelles si bassement matérialistes du monde, je me suis plongée avec délices dans le Dictionnaire amoureux de la Grèce » du même Jacques Lacarrière. En m’offrant des détours, des sauts de puces entre les définitions, des arrêts sur mots, comme on dit « arrêt sur image », Aphrodite, Eros, Hippocrate, Icare antiques mais si modernes…
Dès l’Antiquité Hippocrate avait deviné l’influence de l’environnement sur la santé, et celle du psychisme sur le physique. Des lieux : le mont Athos, Olympie, Cythère, Ithaque, l’Atlantide, qui aussitôt réveillent des souvenirs de livres, de tableaux, d’îles réelles ou rêvées… L’impression fascinante d’avoir une histoire commune avec l’histoire et la mythologie grecques.
Des plantes : l’olivier, la myrte et l’hélichryse aux parfums exacerbés par le soleil, les amandes dont le nom amygdalata a donné amygdales, parce que ces petites glandes ont une forme d’amande. Et puis dans ce dictionnaire, il y a les poètes et écrivains, nombreux, contemporains ou plus anciens, Georges Seferis (prix Nobel), Taksis Kostas, Patrikios Titos, Vassilikos Vassilis, dont Jacques Lacarrière nous fait découvrir des textes traduits aussi heureusement que possible. Il explique d’ailleurs les affres de la traduction… Poèmes pétris de culture, de révolte, de lyrisme, de sensualité, de rêve. De tout ce qui au fond rend humain, comme l’on dit « à taille humaine » d’une ville ou d’une entreprise où il fait bon vivre. L’humanité, à retrouver.














Par Françoise Simpère - Publié dans : bonheur
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 23:47

A Serifos, le camping face à la plage est fermé, fin de saison…Mais ouvert : portail non verrouillé. Un couple d’allemands et leur gamin y ont planté leur tente, ils passent  deux jours paisibles dans ce camping désert, peut-être même utilisent-ils les douches. Nul ne leur cherche  noise. 

A Koufounissia,  des baigneurs nus en côtoient d’autres en maillot, une vieille femme grecque toute de noir vêtue passe sur le chemin et murmure « Yassas » en les croisant, aucun regard gêné, aucune hâte à s’envelopper d’une serviette,  aucun exhibitionnisme non  plus. Plaisir simple de sentir l’eau et le soleil sur la peau.

A Paros,  des motards  roulent tête nue, tout doucement. Les routes ne permettent pas de foncer.  Ils ne mettent personne en danger, ni eux ni les autres.  Personne ne les verbalise.

Au-delà de ses difficultés économiques, la Grèce reste magique. A cause, ou grâce à cette façon de vivre simplement, de cultiver les liens sociaux et l‘hospitalité, de trouver un équilibre subtil entre le légalisme pointilleux de certains pays et le laisser-aller bordélique d’autres. Les lois y sont les mêmes qu’ailleurs,  mais avec de la plasticité.  Tant que leur transgression n’est pas gênante, on vous fiche la paix.

« Homme libre, toujours tu chériras la mer » écrivit Baudelaire, tandis que Hippocrate, père de la médecine, prétendait que pour rester en bonne santé, un homme ne devait pas avoir plus de trois pas à faire pour voir la  mer.  L’omniprésence marine explique-t-elle l’insolente santé des grecs,  dont j’ai déjà parlé. ? http://fsimpere.over-blog.com/article-21214381.html

Leur goût pour  la démocratie qu’ils ont inventée ou le souvenir de la dictature pas si lointaine (1967/1974) de la junte militaire  expliquent-t-ils leur  attachement à la liberté ?  (En Grèce, Elefteris ou Elefteria, qui signifient Liberté- sont des prénoms courants.) Toujours est-il qu’il existe  un important courant anarchiste en Grèce et qu’il suffit d’une étincelle - on l’a vu  en 2008- pour soulever les foules contre un pouvoir qui les déçoit.


Car du côté des politiques, les leurs  valent les nôtres.  « J’ai décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale ». Cette historique phrase de Jacques Chirac lui avait valu cinq ans de cohabitation avec la gauche. Le premier ministre Caramanlis  vient de renouveler l’exploit en convoquant des élections législatives anticipées dans l’espoir  d’obtenir une forte majorité pour imposer sa politique sociale régressive.  Las ! Il a été blackboulé par le Pasok ( parti socialiste grec) et c’est Georges Papandréou, fils d’Andréas et petit-fils de Georges- qui vient de reprendre le pouvoir avec la majorité absolue.

 

 

 

Hélas, cela commence à changer. Jusqu’à l’an dernier, tout voyageur débarquant d’un ferry bien avant l’heure de son avion  pouvait finir sa nuit allongé par terre dans l’aéroport, je l’ai fait maintes fois. Cette année, pour la première fois, un gardien est venu déloger les dormeurs, et un panneau informe qu’il est interdit de s’allonger par terre pour dormir. 

 

 

 

 


Par Françoise Simpère - Publié dans : bonheur
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 10:07

  … pas forcément les « grands » événements de la vie, pas forcément  Amour, Gloire, Fortune et Beauté, mais plutôt des instants fugitifs, des sensations. Qui donnent un mélange de plénitude et de jubilation et le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue.  Pour moi, et la liste est loin d’être exhaustive, c’est :

1. Quand j’écoute de la musique seule dans un bar, la nuit, dans une ville inconnue.

2.Quand je n’ai plus eu peur de l’eau, après 32 ans d’aquaphobie.

3. Quand au milieu de la baie d’Along dans une barque, avec un jeune vietnamien qui me décortiquait des crevettes, je me suis dit « Tu en as rêvé, tu l’as fait ! »

4.Quand mon manuscrit « le jeune homme au téléphone » a été accepté.

5.Quand une heure après la naissance de chacune de mes filles, j’ai réalisé qu’elles avaient « une heure », un âge exceptionnel !

6.Quand je regarde ces mêmes filles, adultes, et que je n’en reviens pas.

7.Quand j’ai plongé trois fois en apnée pour une charmante turlute sous-marine.

8. Quand mon père si sérieux m’a dit : « Je t’aime bien parce que tu me fais rire. »

9. Quand j’ai vu le « Belem » suspendu entre mer et brume dans le ciel de l’île de Groix, comme un vaisseau fantôme…

10.  Les « je t’aime » rares et partant si précieux que m’ont dit quelques-uns.

11. Quand je marche sur la plage et regarde mes orteils pousser l’eau et laisser leur empreinte sur le sable mouillé

12.  Après 36h de tempête d’équinoxe en voilier,  sans manger ni dormir, quand on a pris une douche chaude et couché dans des draps secs

13.  Quand le 10 mai 1981 le visage de François Mitterrand est apparu sur l’écran et que j’ai entendu un couple de vieux pleurer de joie, puis entonner « le temps des cerises ».

14.  Quand j’ai retrouvé un homme un an après notre rupture, parce que je savais que notre histoire n’était pas terminée… et qu’elle dure toujours

15.  Quand j’ai embrassé ma mère arrivant à 2h du matin à Serifos, épuisée mais ravie d’avoir pris seule l’avion, le bus et le ferry.

16.  A Serifos encore, après des semaines de salade grecque et tzatziki, quand un français m’a conviée à bord de son voilier pour partager avec ses 7 copains des œufs en meurette et du vin de Bourgogne.

17.  Certains moments de confidences en tête-à-tête.

18.   Quand je me pose au calme, seule ou avec quelqu’un que j’aime, avec de la musique et des bougies parfumées

19.  Les levers de soleil après une nuit à la belle étoile …

20.Quand j’ai osé des choses dont je ne me croyais pas capable

21.  En 1998 en Australie, quand j’ai vu pour la première fois un ornithorynque.

22. Quand je déguste un café frappé au Pirée à 4h du matin, après une nuit de ferry.

23.Quand j’écris un livre et que tout à coup j’ai le sentiment qu’une phrase transmet exactement ce que je souhaitais exprimer.

24.Quand je sens une odeur de figuier ou d’hélichryse italienne.

25. Quand je roule à vélo et que des lapins me regardent sans s’enfuir.

Quand je trie des photos et me réjouis d’avoir vécu tant de choses heureuses. (Il est vrai qu’on photographie rarement les moments malheureux :) )


 


 

Par Françoise Simpère - Publié dans : bonheur
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:54

Léonidas était un modeste dessinateur industriel.  Lui et sa compagne Mariette coulaient des jours heureux dans une maison claire entourée d’un jardin dans lequel Mariette avait aménagé un carré de potager.  Elle y cultivait avec amour et sans pesticides de délicieuses salades qu’elle cueillait à la fraîche, effeuillait et rinçait rapidement sous le robinet.  Blotties dans un panier à salade métallique fermé par deux poignées souples, les feuilles de salade étaient essorées au jardin. Les pieds légèrement écartés, bien campée sur la pelouse, Mariette, d’un geste auguste et néanmoins gracieux,  balançait d’avant en arrière puis d’arrière en avant le panier à salade qui n’avait alors nulle connotation policière, faisant ainsi bénéficier son gazon d’un mini arrosage et ses épaules d’un exercice régulier qui leur donnait une fermeté et un arrondi- sans parler d’un léger hâle en été- propre à susciter la gourmandise vespérale de Léonidas.  Elle en profitait pour échanger quelques mots avec la voisine qui se livrait au même vivifiant exercice. Le panier à salade favorisait la santé des femmes et des pelouses ainsi que de saines relations de voisinage, que demande le peuple ? C’est alors que le patron de Léonidas lui proposa d’entrer dans un bureau de design au centre-ville, où s’élaboraient les objets de la société future.

Déménager, tu n’y penses pas ? s’écria Mariette. Et mes salades ? Comment les essorer ? - Qu’à cela ne tienne, chérie, s’écria l’inventif garçon, je vais résoudre ce problème ». Il y travailla toute une nuit et au matin, présenta à son patron le projet d’un objet composé d’un récipient dans lequel un autre récipient percé de trous et actionné par une manivelle tournait, chassant les gouttes d’eau de la salade par la force centrifuge. 

Séduit, le patron fit fabriquer une série test de l’objet, vendu avec l’argumentaire suivant: « Avec l’essoreuse Mariette- l’inventeur avait amoureusement dédié sa trouvaille à son amoureuse- plus besoin de jardin ni de balcon. » En quelques mois, le marché des « Mariette » explosa, et parallèlement se produisit une croissance rapide du marché immobilier citadin.  Interrogés sur ce phénomène d’exode rural et de modification de leurs goûts urbanistiques, les acquéreurs furent unanimes : «  Avec une « Mariette », plus besoin de jardin ni de balcon. »

On supprima donc les jardins au profit d’espaces verts sur lesquels il était interdit de marcher et de s’asseoir, et les balcons aussi, en raison des risques de chutes inhérents aux immeubles de grande hauteur. Quelques années plus tard, le verrouillage des fenêtres devint obligatoire, ainsi que les portes blindées qui permettaient à chacun d’être « tranquille chez soi ».

« Des voisins ? s’étonnait Mariette quand on lui posait la question. Non, y en a pas, je ne sais même pas qui habite sur notre palier, alors en dessus ou en dessous… »

Elle ne s’en plaignait pas, l’invention de Léonidas leur avait fait gagner assez d’argent pour s’offrir de multiples objets. Il suffisait de descendre au Centre commercial en bas de l’immeuble.  On pouvait même y aller au cinéma. C’était le Progrès.

Heureusement, il reste dans la Ville des recoins à découvrir… Toutes les photos de ce billet ont été prises à Paris sur Seine.



 


 


 


Par Françoise Simpère - Publié dans : bonheur
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