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Mercredi 2 avril 2008

 

Selon le rapport biannuel présenté à Beijing par l’organisation WWF (World wide Fund for Nature) en octobre 2006, Cuba est le seul pays au monde avec les conditions minimales pour un développement durable.
WWF a élaboré un graphique avec deux variables : l’indice de développement humain (établi par l’ONU) et « l’empreinte écologique », indiquant l’énergie et les ressources per capita consommées dans chaque pays. Cuba est la seule nation avec des indices permettant de dire que le pays « possède les critères minimum de durabilité ». « Cela ne veut pas dire que Cuba soit un pays parfait, mais c’est le seul à remplir les conditions », a répondu à l’agence EFE Jonathan Loh, l’un des auteurs de la recherche.  

« Cuba possède un bon niveau de développement humain selon les critères de l’ONU grâce à son niveau d’alphabétisation et à son espérance de vie assez élevée, et son « empreinte écologique » n’est pas très profonde du fait de son bas niveau de consommation énergétique », a dit Loh.

  La recherche met sur la liste noire les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, la Finlande, le Canada, le Kuwait, l’Australie, l’Estonie, la Suède, la Nouvelle Zélande et la Norvège, des pays à forte consommation d’énergie. Les pays pauvres ont beaucoup moins d’impact sur la nature que les pays industrialisés, mais au fur et à mesure qu’ils se développent celui-ci augmente à des niveaux insoutenables. C’est le cas de l’Inde et de la Chine.

 

J’entends déjà des hurlements à l’idée que Cuba puisse donner le bon exemple en quelque domaine que ce soit. Une dictature, communiste de surcroît, beurk.  Sauf que le régime politique, excepté dans le fait d’avoir formé des citoyens habitués à la jouer « collectif » (auto-stop solidaire, covoiturage obligatoire, etc) ne joue pas grand rôle en l’espèce. L’idéologie communiste est plutôt productiviste et peu porté sur l’écologie. Ce qui a obligé les Cubains à réduire d’environ 75% leur consommation d’énergie, c’est la chute de l’URSS, qui a fait s’écrouler les approvisionnements en pétrole et gaz.  

Entre cette pénurie d’énergie et le blocus économique imposé par les USA depuis des décennies, ils ont dû faire fonctionner le système D pour survivre,  sans renoncer pour autant aux fleurons du régime : système éducatif, santé, culture, domaines que la mondialisation libérale a plutôt tendance à négliger.  Plus goût de la fête, du sexe et du rhum plutôt Caraïbéen que communiste[1], qui explique pourquoi les officiers soviétiques adoraient venir en stage dans l’île alors que l’inverse-  stage en Sibérie- ne tentait pas grand monde …  L’intéressant est de constater que malgré ce tsunami pétrolier, les Cubains, selon l’ONU, ont des conditions matérielles et intellectuelles supérieures à celles de beaucoup de pays en développement.

Alors, tout en préservant notre démocratie, nos vins de terroir et notre culture, pourquoi ne pas s’inspirer de ceux qui consomment moins, repérer les économies d’énergie immédiatement possibles et les gaspillages évitables avant d’être contraints à le faire. Pas à cause du prix du baril, à cause du manque de barils.

 Références réconfortantes : Alexandre le Grand, Cléopâtre, Léonard de Vinci, Christophe Colomb, Louis XIV, Blaise Pascal, Victor Hugo,  Mozart, Baudelaire, Rimbaud Pasteur, George Sand et bien d’autres ont vécu, créé, progressé, sans la domination du pétrole.  Les civilisations grecques, romaines, chinoise, inca dont les vestiges font rêver des millions de gens aussi.  Nos grands-parents également. La  dépendance au pétrole à peine plus de 100 ans.

Si tout le monde avant nous et tout le monde après nous,  pourquoi pas nous ?

 

 

Né en 1950 à Cuba, Pedro Juan Gutiérrez a exercé différents métiers - marchand de glaces, coupeur de canne à sucre, dessinateur industriel -, tout en faisant parallèlement des études de journaliste à l'université de La Havane. Egalement sculpteur et poète, il collabore aujourd'hui à plusieurs revues en Amérique latine et aux Etats-Unis, et vit toujours à La Havane. Son œuvre sensuelle, âpre et crue a été primée et internationalement reconnue. Elle reflète l’extraordinaire vitalité et diversité des cubains confrontés à de multiples difficultés..

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Lire « Trilogie sale à la Havane »,  rude mais salubre pour comprendre la vitalité de ce peuple.

par Françoise Simpère publié dans : CHANGER
Dimanche 30 mars 2008

 

Lumière ambrée, bar tranquille à l’heure du crépuscule. Elle lève son verre, sourit à l’homme de profil.  Il sourit aussi, creusant les petites rides de chaque côté de ses lèvres, plissant soleil ses yeux… Tous deux sont juchés sur de hauts tabourets. Ils bavardent sans hâte, se racontent après des mois d’absence. Les mois ne sont rien au regard de tant d’années. Elle parle avec les mains, envol de doigts en ombres chinoises, qui se posent sur la cuisse de l’homme, reconnaissent sa chair à travers l’étoffe du pantalon.
Et lui, soudain bouche contre la sienne, morsure, puis calme. Elle adore la brusquerie de ses baisers, ses impulsions gourmandes. Il se concentre sur la caresse qui se promène dans son dos et glisse sous la chemise. Le barman spontanément leur ressert un verre. Il l’avale d’un trait, jette un billet sur le marbre. « Viens, on s’en va ». Elle le suit comme une évidence, sans demander où. Il grimpera quatre à quatre les étages, ouvrira la porte comme on fracture un coffre fort. D’un geste large il fermera les rideaux de la chambre, ouvrira le lit,  puis sa robe. Ils se retrouveront.

Autre lieu, autre amant contre lequel se blottir, reconnaître son odeur et la veine qui palpite à la base du cou, ses mots doux qui la rendent belle. Son désir contre lequel elle se heurte et se frotte, heureuse de l’épanouir encore. Il sourit mi-fier, mi-gêné en dévoilant l’animal à tête casquée qu’elle recouvre de sa paume et presse doucement… Elle se souvient de ce qu’il lui a déjà fait,  l’eau lui en vient à la bouche et ailleurs. Elle marche vers l’homme, le force à reculer, l’abat sur son lit où il s’abandonne bras en croix et yeux clos. Minutieusement, elle redessine le paysage de son corps,  familier et différent. Il comporte de nouvelles pistes, d’infimes fissures à explorer, un tremblé nouveau sur une courbe. Avec la précision d’une lecture en braille, la pulpe de ses doigts déchiffre ce que la peau a vécu et lui raconte. Elle reprend ses marques sur ce territoire comme on parcourt un chemin connu, en s’étonnant d’y trouver des herbes nouvelles, des sillons creusés par la pluie comme sur les visages les sillons des larmes. Elle embrasse son cou, son torse, son ventre. Elle le goûte, il se laisse dévorer.

Au milieu des nuages, un éclair dans la rue,  regard émaillé, familiarité d’une silhouette qui s’avance vers elle au milieu de la foule.

Avant qu’elle ne l’ait reconnu son cœur l’avait vu, s’était mis à battre plus fort. Dix mètres à parcourir avant qu’il ne la prenne dans ses bras. Suffisant pour qu’elle se concentre sur le plaisir de se dire qu’il lui plaît, qu’il est beau, encore, toujours… Beau des années passées, des confidences échangées, du désir et des secrets partagés de leurs deux plaisirs. De leur capacité à jouer ensemble.

« Finalement, finalement, il leur fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes »

 

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Jeudi 27 mars 2008


Y a du pathos dans l’air. Les émissions de confessions intimes sont peuplés d’
hommes gémissant « mais qu’est-ce qu’elles veulent ? » et de femmes malheureuses de ne pas pouvoir programmer leur amour comme elles programment une carrière. En balisant tous les risques.  Tout comme les débats sur l’emploi ne présentent que des angoissés du lendemain qui cherchent « la sécurité de l’emploi » avant l’intérêt de l’emploi, avant même « le salaire de l’emploi ». Pourtant, au train où on débauche actuellement, rien n’est moins sûr que de dépendre d’un seul employeur qui sait qu’il vous tient dans le creux de sa main, d’autant plus qu’il vous a consenti un prêt 1% pour la maison qui va ligoter votre vie pendant 30 ans. Mieux vaut avoir des contrats de travail multiples et plusieurs employeurs. Questions de mots : être précaire ou pigiste, ça angoisse, s’affirmer free-lance, ça a un goût de liberté. La diversité professionnelle, comme la diversité amoureuse ou la diversité des énergies sont infiniment plus sûres, au final, parce qu’elles donnent de l’indépendance et de l’autonomie.

Plus sûre, mais pas sécurisante, parce que ça rassure rudement de se dire qu’on a un amour rien qu’à soi, une place bien à soi, un toit à soi et du pétrole pour longtemps. Sauf que ce n’est pas vrai.  Rien n’est jamais acquis. La plus grande sécurité, peut-être la seule, ne s’acquiert qu’en diversifiant ses ressources dans tous les domaines.

Mais l’indépendance et l’autonomie vous rendent ingouvernables… Quel pataquès pour le pouvoir, quel qu’il soit. Des citoyens apeurés sont bien plus malléables...  Ils acceptent qu'on les surveille et qu'on les piste, acceptent d'être à tout instant joignables et ne supportent plus de couper le fil ombilical: "T'es où mon chéri?" 

Or l’idéologie sécuritaire ne donne aucune sécurité, elle se contente de présenter la vie comme un risque permanent. OK, on n’en sort pas vivant. Est-ce une raison pour ne plus  oser, manger ou faire l’amour la peur au ventre et ne se déplacer qu’armé de méfiance en regardant partout si un étranger,  un chien méchant ou un avion fou ne vont pas vous agresser ? L’actualité, hélas, ne vend que du drame. Les gens heureux n’ont pas d’histoires, les autres viennent témoigner.

Etre victime devient une identité : madame Untel, agressée, ou inondée, monsieur Untel victime de steack avarié, contaminé, sinistré. C’est sinistre.  Un homme raconte l’agression dont a été victime son frère. Pour lui et sa famille, c’est 100% terrible : un mort proche pèse davantage que les dizaines de tués chaque jour en Irak ou ailleurs. L’homme insiste : « On ne le dit pas, on vous le cache, mais chaque jour il y a des agressions comme cela. »  Ben, oui, parce que chaque jour en France- et je ne vous parle pas du reste du monde où on vit souvent moins bien que chez nous- il se passe plein de choses. Toutes les heures une personne se tue sur son lieu de travail et 7 personnes meurent des suites de l’alcool, une personne se suicide toutes les 50 minutes et toutes les cinq minutes une autre meurt en France d’un infarctus.  Présenté comme ça, on n’a qu’une envie : se blottir sous la couette et ne plus bouger… sauf que la majorité des décès ont lieu dans un lit, qui se révèle un endroit des plus insécures.

On peut aussi lire différemment : 1 femme sur 8 a un cancer du sein, ça veut dire que 7 sur 8 n’en ont pas, 60 000 personnes par an meurent à cause de l’alcool, mais 64 millions et des plumes n’en meurent pas et parmi celles-ci un certain nombre picolent un peu, juste pour le plaisir.  10% de petits français obèses, ça signifie que 90% ont un poids acceptable.  8,8% de chômeurs, ça fait 91,2% qui ont trouvé un emploi.

La situation est la même, ce n’est qu’une question de regard qu’on porte sur la Vie, regard pas du tout anodin : les gens optimistes vivent mieux et plus longtemps que les pessimistes. Une enquête sur les centenaires ne leur a trouvé que deux points communs : la consommation quotidienne d’un peu de porto et la capacité à garder un certain recul face aux événements, un détachement salubre qui leur avait permis de bien réagir aux aléas de la vie.

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : CHANGER
Lundi 24 mars 2008

Samedi, je me disais : « faudrait que tu écrives un billet sur ton blog, le dernier date de mercredi ». Pas envie, et gênée par la formulation : « Faudrait que… » Pourquoi faudrait-il ? Faut-il se forcer à écrire juste parce qu’on a pris l’habitude d’offrir un billet deux fois par semaine aux internautes de passage ? Des gens que pour la plupart je ne connais pas, ne connaîtrai jamais.[1]  Faut-il obéir aux injonctions du masterblog qui calcule votre popularité, donne des conseils pour augmenter votre audience, vous avertit si moins de visiteurs passent ? C’est quoi, cette obligation d’Audimat ? C’est quoi ce piège qui peu à peu bouffe votre temps et vous rend dépendant de l’attention des autres ?

Alors j’ai écrit le billet sur les gourous, sans réaliser pourquoi me venait cette idée. Je venais d’en subir un, il est vrai, et surtout ses adeptes : le nombre d’allumé(e)s qu’on rencontre dans les stages de « développement personnel » est faramineux. Dommage, ça gâte l’intérêt souvent réel des techniques enseignées. Je veux bien apprendre les massages, m’entraîner à me recentrer sur les énergies cosmiques ou découvrir des techniques anti-douleurs, mais pourquoi ce besoin irrépressible de l’enseignant d’annoncer que sa méthode soigne les cors aux pieds ou la dépression en trois séances, pourquoi ce besoin des élèves d’admirer le Maître, de lui demander l’autorisation de respirer ou de capter son énergie, d’acheter les gadgets qu’il propose, de le vénérer ?

L’idée qu’on me vénère me rend… vénère. J’ai eu du mal avec les quelques amoureux fous qui ont jalonné ma carrière. A la passion je préfère, et de loin, l’amitié amoureuse : désir+ amitié, quelle plus belle définition de l’amour ? Les fous d’amour, comme les fous de Dieu ou les fous du Fric m’inquiètent.

Chaque nuit ou presque, entre minuit et trois heures du matin, mon téléphone sonne. Au bout, quelqu’un respire… puis raccroche. Ca fait trois ans que ça dure. Depuis un passage dans une émission TV. Je crois savoir de qui il s’agit. Je mets le répondeur quand je me couche, et basta. Mais quelque part, ça me gêne de penser que ce type, chaque soir, forme mon numéro avec une obstination maladive. Tout comme me gênent certaines lettres ou messages délirants.

Ca me donne envie de retourner à mes carnets à spirale et mes livres en papier. Loin des écrans qui vous font rentrer chez les gens et leur donnent l’impression que vous leur appartenez. Aucune envie d’être possédée. Aucune envie d’être un gourou…

gourou---guru.jpg

[1] J’excepte quelques belles rencontres « en vrai » qui font chaud au coeur

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Samedi 22 mars 2008

Pour les besoins de mon beau métier, je vais parfois incognito tester des gourous habillés en thérapeutes, ou des thérapeutes déguisés en gourous, promettant contre une poignée de billets monts et merveilles à des malheureux avides de miracles. C’est ainsi que je fus désenvoûtée par un mage sévissant en compagnie de deux perroquets gris du Gabon, dans une officine près de la gare St Lazare, tapissée d’images pieuses et de relevés fiscaux certifiant que le guérisseur acquittait bien la TVA. Tandis que ses perroquets disaient du mal de moi, je supportais stoïquement que le grand prêtre qui se faisait appeler Monseigneur me casse des œufs sur le crâne, m’arrose de graines, de lotions et d’herbes diverses puis jette le tout dans le feu- sauf moi- pour que la couleur de la flamme lui révèle le maléfice dont j’étais victime. La salle d’attente était bondée de clients, dont un homme d’affaires belge qui venait faire désenvoûter… son fils de neuf ans qu’il trouvait trop agité. Il y a des fessées qui se perdent…

Un autre guérisseur, près de la place de l’Etoile, me fit déshabiller et, après m’avoir attachée sur une sorte de fauteuil de dentiste, me saisit à la gorge en hurlant « Ste Vierge, sainte Vierge, si tu es dans cette gorge, sors-en ». Le fou rire contenu m’ayant forcée à déglutir, l’aimable foldingue soupira : « ça y est, elle sort, je la sens qui bouge dans votre cou ». Son cabinet luxueux attirait une clientèle bourgeoise de languissantes dames en tailleur.

Voulant savoir où se situait la magie, j’avais glissé dans mon « Guide des guérisseurs » (2ème édition) le nom d’un ami qui accepta de jouer ce rôle « uniquement par téléphone et pour des affections sans gravité » car il tenait à sa tranquillité et avait de la morale. Il reçut moult coups de fil de gens pas seulement migraineux ou insomniaques, mais également atteints de cancers et autres maladies graves. Il leur parlait, les écoutait, et répondait à la question « Combien vous dois-je ? » « Vous envoyez ce que vous voulez, uniquement si vous avez des résultats ». Il reçut plusieurs chèques, dont l’un d’une cancéreuse à qui il le renvoya. Elle le lui réexpédia. Deux fois. Il finit par le garder sans l’encaisser, puis changea de numéro pour ne plus être joint. « Tu as tort, lui dis-je, une belle carrière s’offrait à toi. » Quelques jours plus tard, racontant l’aventure à une amie architecte, celle-ci lui rétorqua alors qu’il s’étonnait de la crédulité des gens : « Tu n’en sais rien, tu as peut-être un don. » Silence. Elle releva sa manche : « Regarde, j’ai une verrue qui résiste à tous les traitements. Tu crois que tu pourrais faire quelque chose ? »

Comme aurait dit Pierre Desproges dont on célèbre ses jours ci le vingtantenaire de la disparition avec moins de faste que le trentenaire de celle de Clo-Clo (qu’en sera-t-il du trentenaire de Brel en octobre prochain ?)

« Public chéri, bonjour et toi mon Gourou, coucou ! »

                                         

 

 

par Françoise Simpère
 

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