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Mercredi 19 mars 2008

undefinedSoirée d’été dans le Vercors. J’ai 15 ans et demi, la famille qui me reçoit en vacances en a invité une autre dont le fils est réputé pour son succès auprès des filles. « C’est un salaud » résume rapidement ma copine E.  A l’époque, pour les filles, était salaud tout garçon qui flirtait sans être amoureux. J’étais fleur bleue mais les salauds m’intéressaient, je pressentais qu’ils apportaient d’autres émotions que l’amour dont je rêvais néanmoins. J’avais expliqué la différence à ma copine avec une référence « people » comme on ne disait pas encore : « Tu vois, Adamo, on l’épouserait volontiers, tandis que Dutronc, ce serait plutôt un amant. » La malheureuse avait été horrifiée qu’on pût envisager d’avoir un mari ET un amant.

Après le dîner dans le jardin, guirlandes d’ampoules accrochées aux arbres, odeur de forêt, exquis frisson sur la peau de la fraîcheur du soir, on avait dansé. Le garçon, un grand brun au sourire ravageur- j’ai encore une photo de lui, effectivement craquant- m’avait invitée pour un slow : « Un monde fait pour nous », Hervé Vilard, des paroles à faire fondre toute midinette « un monde à la mesure de notre chance, à la mesure de notre amour, un monde fait pour nous ».  « J’adore cette chanson » avais-je murmuré, blottie contre le torse du jeune homme. J’ai encore dans l’oreille le son de sa voix répondant « Elle est terrible, mais je préfère Capri ». Il préférait la chanson de la rupture, moi celle de l’amour fou, mais peu importait, j’étais bien dans ses bras et sa voix grave, profonde,  émettait les bonnes vibrations.

Deux heures plus tard, après le coucher des parents, après une balade dans la forêt obscure qui m’avait donné une excuse pour m’agripper à sa main, après ses ongles sur ma nuque, griffure légère et trouble intense, ce garçon fût mon premier baiser. undefined
Je me souviens de ses lèvres qui semblaient argentées sous la lune, de mon cœur prêt à tomber amoureux mais rapidement parasité par les mains masculines cherchant à s’introduire sous mon pull, à saisir mes seins, à remonter sous la jupe… tant et si bien qu’au lieu de fondre, je ne cessais de me répéter « Mais quels excités, ces garçons, quels excités »  phrase qui peu à peu prenait le pas sur mes émois et m’éloignait du jeune homme qui ne se doutait de rien.

Deux ans plus tard, sous ma fenêtre, trois garçons discutaient en riant.  Un brun, un châtain, un blond. Premier flirt, premier désir, premier amant. J'en ai parlé dans "Des désirs et des hommes". Je les regardais et me sentais immensément riche des sensations différentes éprouvées avec chacun d’eux, immensément riche de connaître leurs trois peaux, immensément riche de les regarder tous trois, copains et pas rivaux- savaient-ils seulement que j’étais leur point commun ?- et de me dire que je recommencerais volontiers avec chacun l’itinéraire enrichi de quelques étapes nouvelles. J’avais mis deux ans à parcourir la carte du Tendre et me sentais à présent l’âme baroudeuse.

undefinedTout ceci m’est revenu en écoutant un CD : « Cri du cœur » d’Hervé Vilard.( 2004) Depuis « Capri », je n’avais retenu du chanteur que cette redondance réjouissante dans sa chanson « Mourir ou vivre »: « De nouveau, on me quitte encore » à rapprocher du fameux « C’est à l’amour auquel je pense » de Françoise Hardy. Pléonasme sortez des rangs…

« Cri du cœur » ce sont des chansons/poèmes  de Marguerite Duras (India Song) Maurice Fanon (l’écharpe), Jean Genêt (le condamné à mort), Bertold Brecht (Alabama Song), Aragon (les mains d’Elsa) Pablo Neruda (Cuerpo de Mujer) et j’en passe, superbement interprétés par Hervé Vilard, dont la photo d’homme mûr, à l’intérieur du livret est un baume au temps qui passe tant cet homme, avec l’âge, a gagné en séduction et pétillante intelligence.

Et puisqu’on en est aux chansons rares, je cherche désespérément, même Internet ne donne rien, un titre de Serge Lama dont les premiers couplets disent :

« Tu enlèves ton jupon noir, comme un masque enlève son loup, ton mari au fond du couloir, S’il savait en serait jaloux. Des étincelles de printemps, me montent des reins jusqu’au cœur, y a que les femmes de 30 ans, pour vous donner tant de bonheur. »  Si quelqu’un a une piste, je suis preneuse.


 

 



[1]Cf  « Premiers émois » dans « Des désirs et des hommes »

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Dimanche 16 mars 2008

undefined « Travailleurs pauvres », « Travailler à en mourir », deux documentaires poignants et toujours cette question : pourquoi certains préfèrent-ils se suicider au lieu de casser la gueule à leur patron en lui expliquant courtoisement qu’il n’a pas le droit, PAS LE DROIT, de traiter les gens comme des étrons ?  La peur et la dépression nerveuse plutôt que la révolte… Avec pour lubrifier cette société qui va mal des psychotropes, vitamines, drogues en tous genres ou cours de relaxation, qui aident à supporter l’insupportable au lieu de le refuser.

L’affaire de l’UIMM a mis au jour  un autre fameux lubrifiant, qui « fluidifie » les relations sociales. 19 millions d’euros grâce auxquels, on l’imagine, on évite que les grèves ne dérapent en révoltes imaginatives. « Reprenez le travail, on vous paie une partie de vos jours de grève et vous la fermez ».

« On a vécu 150 ans en pensant que le progrès allait faire diminuer les inégalités. Et puis, il y a 15 ou 20 ans, du côté de Thatcher et de Reagan, un courant de pensée a pris le dessus, qui était que non seulement le progrès ne devait pas faire reculer les inégalités, mais que les inégalités étaient la condition la cause, le moteur du progrès. Et ceci entraîne un bouleversement du projet de société énorme : matérialisme, inégalités « peopolisation » croissants ».

La mondialisation malheureuse n’est pas le fait du hasard ou de la fatalité mais d’une idéologie parfaitement maîtrisée. Dommage que celui qui ose le dire sans lubrifiant soit François Bayrou dans un entretien au magazine GQ.  Non pas que je n’aime pas cet homme - il a de la culture, c’est fort appréciable- mais ses stratégies électorales n’ont hélas pas la fluidité et la clarté de la pensée ici exprimée. (pour être juste, celle des autres candidats non plus J )

Les associations humanitaires ne sont-elles pas aussi des lubrifiants de notre bonne conscience ?  J’y pensais en recevant une de ces lettres émouvantes dont m’assaillent les ONG depuis que, donatrice régulière de plusieurs d’entre elles,  mon nom circule dans leurs fichiers. Il s’agissait cette fois de donner des sous pour la réinsertion d’adolescents et adolescentes contraints à se prostituer. L’argent, expliquait la lettre, servirait à leur construire des hébergements et à leur apprendre un métier, ainsi qu’à informer les familles du danger que courent leurs enfants. Rien que de très louable, sauf que l’argent, si bien utilisé soit-il, n’a aucune action contre les trafiquants de chair fraîche, ni contre les clients adipeux et malsains qui vont se taper des gamins et des gamines à l’étranger. Donner pour les victimes sans interpeller vigoureusement les politiciens qui tolèrent ces réseaux maffieux, n’est-ce pas se résigner au pouvoir des trafiquants de chair fraîche ?

La pièce que nous donnons  au SDF pour ne pas nous sentir trop coupables d’avoir un toit n’est-il pas un lubrifiant de la misère, qui élude la question de la répartition des richesses produites ? Faire des dons aux associations de commerce équitable qui ne représentent que 2% environ du commerce mondial, n’est-ce pas se résigner à ce que 98% du commerce soit inéquitable, alors qu’il faudrait boycotter les produits inéquitables ou nuisibles à l’environnement et exiger de l’OMC  des règles de commerce mondial équitable ? Soutenir les associations pour la recherche médicale, n’est-ce pas admettre que les salaires des chercheurs et les crédits de la recherche restent misérables au lieu d’exiger que soient revues les priorités budgétaires ? Les caisses ne sont pas vides, le coût d’une seule campagne présidentielle tous partis confondus pourrait renflouer largement le Ministère de la Recherche. Etc, etc.

Mais tout en me disant que l’humanitaire et la solidarité émotionnelle sont les cache- misère de notre manque de courage, je donne quand même, en rêvant d’un refus collectif de tout ce qui nous indigne individuellement, en me reprochant de céder à la perversité du lubrifiant qui donne meilleure conscience et panse les révoltes.

Le lubrifiant, à mon sens, ne devrait servir que des perversités beaucoup plus intimes et savoureuses. 

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par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Jeudi 13 mars 2008

Tervuren-1-post-ris--copie-1.JPGPetit déjeuner sur fond de musique grecque, perchée sur un tabouret de bar dans un hôtel qui ne s’appelle ni Eros, ni Aphrodite, mais Scandinavia… à Bruxelles. A l’arrivée du Thalys, ils étaient là tous les trois : Syolann, Longues Jambes et Vincent. Le club des « Simpériens », comme dit Vincent, car tous trois sont des amoureux pluriels, qui ont pris contact avec moi après avoir lu certains de mes livres et notamment « Aimer plusieurs hommes ». Ca me fait rire et me touche, cette espèce de secte du bonheur dont nous nous sommes sentis membres au fur et à mesure de nos échanges virtuels ou plumitifs. J’ai rencontré Vincent, sa femme Christine et leur petite Zoé il y a environ 18 mois, commandé un livre undefinedà Syolann qui m’a déjà servi de guide à Bruxelles et a rencontré Martine, la réalisatrice de « la grande amoureuse » ( détail qui tue : ce documentaire n’a pas été retenu par le Festival de films de femmes de Créteil où il aurait pourtant bien illustré les 30 ans du festival et les 40 ans de mai 68, mais a été sélectionné par un festival de films de femmes… en Turquie. Bah, comme m’a fait remarquer une copine « du temps d’Atatürk, les femmes turques votaient alors que Marie Curie ne le pouvait pas en France !)  Longues jambes m’a découverte par blog interposés, et nous avons rapidement constaté notre gémellité énergétique.

On a ri, on a beaucoup parlé, on s’est promené dans la nature et dans de belles expositions, on a dîné, déjeuné… comme si l’on se connaissait depuis des lustres, comme si l’on se reconnaissait. Cependant, je n’ai pas envie de parler en détail de ce week-end, pas plus que je n’aime parler en détail de mes amours. Même des gens proches ignorent l’intensité des liens que j’ai avec tel ou tel, y compris avec l’homme qui partage ma vie. Biens trop précieux pour être divulgués.

J’ai pourtant envie de parler de notre connivence immédiate alors que nous ne nous connaissions pour ainsi dire pas. De notre manière commune d’aimer : totalement. Les oreilles de nos amours, de nos enfants et de certains amis ont dû vibrer tant nous avons parlé d’eux, d’elles avec jubilation. Parlé aussi de notre envie commune d’un monde plus solidaire, moins pollué, plus artistique. L’érotisme, l’écologie et l’art procèdent de la même logique : Etre plutôt qu’Avoir. Même Vincent, qui avoue en riant sa passion pour les belles voitures, a choisi d’habiter dans une maison qui permet à sa femme et à son fils d’aller à l’école à pied, et lui-même marche chaque fois qu’il le peut dans sa ville.

Nous avons parlé aussi de la confiance, celle qu’on a dans les autres, celle qu’on a en soi, la seconde devant nécessairement précéder la première. Il faut avoir confiance en soi pour admettre de n’être pas l’Unique de quelqu’un et penser néanmoins qu’on vit avec tous ceux et celles qu’on aime une rencontre unique. Il faut avoir confiance, avoir vaincu bien des démons pour ne plus craindre l’abandon. CetSposteris--copie-1.jpgS… l’amour central actuel de Longues Jambes nous a rejoints le lendemain. Tous deux sont très amoureux. Je lui ai dit : « Tu sais combien elle t’aime ? » Il a souri : « Oui, je sais. » Il sait, et sait aussi qu’il n’est pas ou ne sera pas le seul. Confiance.

Longues jambes nous a quitté un peu plus tôt pour une réunion de parents d’élèves, Syolann pour retrouver sa fille qui avait passé le week-end avec son papa. Vincent m’a emmené chez lui, en famille où nous avons bu du café et mangé de la tarte en visionnant « La grande amoureuse ». Vie sans exclusive, qui nous permet d’être parents, amoureux, mariés, célibataires, adultes, gamins, sérieux et galopins dans la même existence.

Oui, s’il y a un mot qui résume pour moi ce week-end, c’est celui de jubilation.

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par Françoise Simpère publié dans : bonheur
Mardi 11 mars 2008

A propos des municipales, deux questions me taraudent :

1.       Depuis plusieurs mois, les questions écologiques sont considérées comme prioritaires par les français. Les signes d’essoufflement de nos ressources naturelles (forêt, énergie, biodiversité) les inquiètent. On les incite à « faire des gestes pour la planète » en vertu du slogan « l’écologie, c’est penser globalement, agir localement. » Alors, comment se fait-il qu’aux élections municipales, terrain privilégié pour agir localement, élections où une part de proportionnelle permet de faire entendre des voix plus originales que le duel UMP/PS, comment se fait-il que les Verts recueillent si peu de voix ? Comment se fait-il que les citoyens applaudissent Nicolas Hulot, achètent du « bio » et signent le pacte écologique, mais donnent leur bulletin de vote à deux partis qui sont à l’inverse de la logique écologique ? Certes, les Verts sont nuls en politique politicienne au niveau de leurs partis (trois écolos = deux partis J ) mais sans eux, croyez-le, jamais on n’aurait parlé des risques climatiques, énergétiques et sanitaires. Alors pourquoi ne pas voter pour eux aux municipales et permettre qu’au-delà des cris d’alarme on agisse enfin ?

2.     La seule question qu’agite les medias est celle des alliances pour le second tour,  comme si ce que décident les partis allait forcement être suivi sur le terrain. Quand on s’aperçoit que des électeurs ont été capables en 2007 de voter le Pen au 1er tour et Ségolène au second, ou même Ségolène au 1er tour et Sarkozy au second, voire Besancenot au 1er et Sarkozy au second, l’efficacité des consignes des partis paraît dérisoire, mais plus dérisoire encore, hélas, la signification d’un bulletin de vote qui peut passer d’un bord à l’autre en deux semaines… A croire que les gens votent par bonne ou mauvaise humeur et non pour une vision de la société dans laquelle ils aimeraient vivre et voir grandir leurs enfants.

Heureusement, la semaine s’annonce riche : ce soir à 21h sur ARTE, ne manquez pas le documentaire sur Monsanto, la firme des pesticides, des OGM et du président Bush dont elle a largement financé la campagne il y a 4 ans.

Et partir de vendredi, l’exposition sur le Chat de Philippe Geluck à qui j’ai emprunté l’illustration de ce billet. ( Porte de Versailles, dans l’enceinte du Salon du Livre). 

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par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Lundi 10 mars 2008

De retour d’un week-end en Belgique. Flemme d’écrire.  

bruxelles-copie-1.jpg Carte postale trouvée au Musée de la photographie de Charleroi. Photo Pol Piérart.

What else?

par Françoise Simpère publié dans : Images
 

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