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Mercredi 7 novembre 2012 3 07 /11 /Nov /2012 13:18

Ce 8 décembre 2020, Guy Kaddict s'apprêtait à fêter ses 40 ans. Le temps avait passé depuis sa rencontre avec Clochette. Il se souvenait parfois avec émotion de cette fille au nom de fée qui l'avait accueilli lorsqu'il déprimait et lui avait permis de retrouver son amour perdu. Il lui arrivait de sourire en évoquant la façon sans façons, tendre et désinvolte, dont elle l'avait aimé sans rien demander en échange. Le temps passant, il avait espacé ses coups de fil, puis cessé tout contact. La vie l'attendait, propice. Guy Kaddict s'était lancé à corps perdu dans la finance et ça lui avait réussi. Il était riche. Evidemment hostile à toute augmentation d'impôts qui aurait nui un tant soit peu à l'état de son compte en banque. Révolté par toute ingérence de l'Etat dans sa vie et farouche partisan de la liberté individuelle et du libéralisme, seul système à ses yeux capable de créer de la richesse et du bien-être. Après la réélection de Barak Obama, en 2012, il avait vécu un temps aux USA et constaté avec soulagement que malgré ses intentions socialisantes, le président démocrate ne pouvait pas aller trop loin dans ses projets de santé pour tous et de valorisation des populations noires et hispaniques. Trop d'intérêts s'y opposaient.

De retour en France, Guy Kaddict était décidé à défendre son pré carré avec la bonne conscience de celui qui pense être arrivé par ses propres mérites et considère les moins chanceux comme des assistés, des loosers qu'il serait immoral d'aider. Ces prétendus artistes payés à ne rien faire une bonne partie de l'année, ces enseignants râleurs toujours en vacances, ces postiers s'enrichissant à Noël en vendant des calendriers hideux décorés de chiens-chiens ridicules. Il avait applaudi la politique du président français qui avait imposé une drastique politique de réduction des prestations sociales et des salaires des fonctionnaires, pour aider les entreprises à redevenir compétitives et à créer des emplois... qui n'étaient pas venus et pour cause : que ce soit en France ou ailleurs, les biens ne se vendaient plus faute d'acheteurs, faute d'argent. A quoi bon la croissance s'il n'y a plus de débouchés ? Seuls résistaient les biens de luxe et les loisirs que s'offraient les 10% des populations qui en avaient les moyens dont Guy Kaddict. Il était donc heureux. Sa start up avait grandi grâce au travail forcené de jeunes diplômés embauchés à bas prix et néanmoins enthousiastes à l'idée que s'ils bossaient dur, ils en toucheraient forcément un jour les dividendes. Guy sourit de leur naïveté. Pourquoi leur donnerait-il davantage, puisqu'ils acceptaient de vivre avec si peu ? Pourquoi se priverait-il de cet argent qui lui permettait de gâter sa femme et son fils ? La famille, c'est tout de même la priorité, se disait-il, les pauvres n'ont qu'à se débrouiller entre eux, l'Etat n'est pas leur nounou.

Ce 8 décembre 2016, il reçut moult souhaits d'anniversaire via Fesse-bouc, mais fut déçu de ne trouver dans sa boîte aucune carte ni lettre comme celles qu'il recevait quand il était enfant. Faute de postiers, le courrier n'était plus distribué que deux fois par semaine. Il appela la Comédie Française pour réserver trois places: un répondeur l'avertit que le théâtre national était fermé depuis un mois faute de subventions pour boucler son budget. Il se souvint qu'il avait effectivement applaudi à la réduction du budget de la culture au profit de l'aide aux entreprises : « Enfin, on s'occupe des vraies priorités ! » Néanmoins, il fut contrarié de voir sa soirée compromise. Qu'à cela ne tienne, ils iraient à l'Opéra. Même message : faute d'argent pour assurer les salaires du corps de ballet, l'Opéra avait fermé ses portes pour une durée non précisée.

Guy Kaddict descendit acheter un journal. La liste des nouveaux spectacles et des nouveaux films était incroyablement réduite. La quasi suppression du statut des intermittents avait décimé les rangs des comédiens dont beaucoup avaient quitté la capitale pour vivre sous d'autres cieux où la vie serait moins chère. Partant, peu de choses nouvelles se montaient... De riches amateurs d'art s'insurgeaient contre cette misère culturelle : « On ne vit pas que de pain et de foie gras, disait l'un, l'humain a besoin de nourriture spirituelle, intellectuelle... Ou alors nous devenons des animaux. » Guy Kaddict se souvint que c'était l'argument des intermittents lors d'une de leurs grèves, plusieurs années auparavant : « la culture est vitale ». Ca l'avait fait rire : « Vitale ? Mais c'est l'industrie, les nouvelles technologies qui sont vitales. »

Son téléphone vibra, c'était son fils : « Impossible de venir pour ton anniv', je dois garder ma fille. -Elle n'est pas à la crèche ? - Tu sais bien que la crèche a fermé, la municipalité n'a plus les moyens de la financer. De toutes façons, il neige, la route est impraticable. - L'Equipement ne déneige pas ? - Papa, ce n'est plus l'Equipement, les autoroutes sont privées depuis des années, et on ne déneige pas les tronçons non rentables. -Prends le train ! -Impossible, la gare près de chez moi a été supprimée, la plus proche est à 10kilomètres ».

Devant chez lui, Guy Kaddict aperçut un attroupement. De la fumée sortait par une fenêtre. Il demanda si les pompiers avaient été appelés. On lui répondit avec aigreur qu'il n'y avait plus de service public du feu depuis fin 2015, le service était désormais privé et les tarifs doubles le week-end. « Qui va payer ? lui demanda quelqu'un. L'appartement en feu est inoccupé, c'est un court-circuit dans les communs ou une malveillance qui a mis le feu, les occupants de l'immeuble sont en train de se disputer pour décider s'ils acceptent de prendre ou non en charge l'intervention.

Guy Kaddict se souvient de l'adage : une seconde pour éteindre un feu naissant, une minute après une minute d'incendie, au-delà on ne garantit rien. Il regarda les flammes s'élever dans le ciel, entendit le craquement sinistre des vitres de son appartement et se dit que décidément, c'était un foutu anniversaire.

 


 

 

 

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Mercredi 31 octobre 2012 3 31 /10 /Oct /2012 09:02

glacier.jpg La beauté est dans la justesse absolue, quand rêve et réalité coïncident. Tant de dépits et de regrets naissent du lancinant sentiment qu’il existe un gouffre entre la vie réelle et la vie rêvée. Vivre en porte-à-faux «  nuit grave  » à la santé. Certains médecins prétendent même que la plupart des dépressions viennent de cet écart entre ce que l’on pense et ce que l’on dit, entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.

 

 

Réduire cet écart, traquer partout la justesse rendent la vie belle.

 

crépuscule milos-copie-1

Justesse des idées. Ne pas être dupe, résister à la tentation du lieu commun et de la théorie à la mode, derrière chaque concept lancé sur le marché «  les nouvelles amazones  », «  les nouvelles rencontres amoureuses  » «  les nouvelles lois du commerce  » chercher la justesse ou la manipulation. Qui cette idée sert-elle, quelles conceptions du monde, et au bout du compte, ces conceptions sont-elles les miennes ?

 

Elaborer ses propres valeurs, ne rien croire sans l’avoir soi-même expérimenté, donne à l’existence une saveur exquise, celle de dessiner soi-même les contours de sa vie pour en faire une création aussi belle que possible. Découvrir parfois que ce qu’on vous disait impossible était tout à fait possible, il suffisait d’oser. La peur déforme les traits, oser les embellit, l’audace rend l'âme joyeuse et les joues roses  !

P1000348.jpgJustesse des mots, jubilation de l’écrivain. Passer des heures et davantage devant une phrase qui a du sens, écrite en bon français, plutôt élégante et bien rythmée, mais dont on sent au creux du ventre que ce n’est pas encore cela. La relire, chercher, puis en désespoir de cause, aller marcher quelques instants dans une allée après la pluie, quand les rayons du soleil renaissant font surgir des effluves de la terre  : troublante odeur d’ozone des lendemains de pluie… On inspire et soudain vient l’inspiration, ce mot qu’on cherchait, qu’on avait au bout de la langue surgit comme une évidence, mot qui donnera à la phrase sa justesse et sa beauté. Il n’y a guère de sensation plus jubilatoire, à part peut-être le désir, le vrai. A différencier de l’envie, velléitaire, de l’excitation, organique, ou de la convoitise, intéressée.

Le désir est obstiné, gratuit, mystérieux  : pourquoi cet homme, cette femme, cette peau précisément  ? La réponse est limpide  : parce que. Point. D’une justesse confondante  : rien à expliquer ni à justifier. Justesse n’est pas justice.Il n’y a pas plus injuste que le désir, qui ne naît ni du mérite, ni des qualités de l’autre, mais d’une évidence  : cet autre entre en vibration avec moi, créant des harmoniques imprévisibles d’une beauté à rire et pleurer à la fois, musique de l’inconscient qui se révèle.

img_0127.jpg

Justesse de la musique soumise à des lois rigoureuses sous ses oripeaux d’artiste, ses fantaisies colorées, ses accords plaqués, ses arpèges glissant sur la peau comme des perles de nacre. Les notes parlent à nos cellules un langage précis. Selon les moments on sera d’humeur jazzy ou Schubert, assoiffé de rock flamboyant ou alangui par un fado où se mêlent sur le fil de la mélodie la joie et la mélancolie. Pure émotion, la musique touche parfois si fort qu’il faut l’arrêter avant que le cœur n’éclate, plonger dans le silence pour retrouver son calme.

 

 

Justesse encore, le silence et le temps. En cette ère bruyante et pressée, ils sont devenus un luxe d’autant plus absolu qu’ils ne s’achètent pas. A savourer très vite avant que quelqu’un, désemparé que les mots se soient tus, ne murmure  : «  un ange passe  ».

(fragments d'un texte écrit il y a plusieurs années. Avec des images pour le plaisir...)

 

la-havane2.jpg

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Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 17:25

Comme beaucoup d'entre vous sans doute, j'ai vu ce reportage sur France 2 :

http://www.dailymotion.com/video/xtswb8_jt-france-2-stage-non-remunere_news

avec la conclusion du juriste interrogé : « Ces agissements sont passibles de 3 ans de prison et 45000 euros d'amende. » J'espérais que ce reportage allait susciter des réactions en haut lieu, et puis rien. Pas de remous côté Ministère du travail ni Inspection du travail. Un ami auprès de qui je m'en indignais m'a répondu qu'avec 1 Inspecteur pour 28 000 salariés, les inspecteurs du travail sont débordés et ne se saisissent d'un dossier que si on les alerte.

Qu'à cela ne tienne, alertons. J'ai donc écrit une première lettre à Michel Sapin, Ministre du travail :

http://srv07.admin.over-blog.com/index.php?id=1344833694&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=251351341037

lettre que vous pouvez librement copier et adapter pour l'envoyer à votre tour. Plus il sera alerté, plus il y aura des chances qu'il réagisse.

J'ai envoyé la même, adaptée à sa fonction, au Directeur Général du Travail en charge des Inspecteursdu travail :

jean-denis.combrexelle@dgt.travail.gouv.fr

Là encore, vous pouvez copier et envoyer...

On me dira : « Pourquoi fais-tu cela, tu n'es ni stagiaire ni en recherche d'emploi ? »

Parce que, tout simplement, je crois qu'il ne faut jamais laisser passer des agissements contestables, voire illégaux et que les outils existent pour cela, non violents et parfaitement légaux. Certes, on peut s'indigner, défiler dans la rue, regretter le temps d'avant qui était tellement plus social, s’inquiéter pour ses enfants et les aider... Tout ceci est bien, indispensable même, mais il arrive un moment où au-delà de l'indignation il faut défendre la dignité et cela passe par plusieurs choses :

  • prisonnier.jpgRefuser que soient banalisés les « emplois »pas ou trop peu rémunérés et les attitudes de mépris de certains employeurs. Le rapport de travail est un rapport d'échange : mes compétences contre un salaire décent, rapport sain et équilibré qui existe encore, mais de moins en moins. Du management par le stress à l'esclavage de clandestins, les rapports de travail tendent à se déshumaniser pour une raison simple même si parfois inconsciente : on a moins de scrupules à exploiter un être déshumanisé. D'où l'importance de s'affirmer en tant qu'être humain. Si vous acceptez le mépris, on vous méprisera, si vous mettez des limites courtoisement mais avec fermeté, on vous respectera. Je garde en mémoire le souvenir d'un greffier africain de notre père, qui avait lancé à un procureur général (blanc) entré en trombe sans frapper ni saluer dans son bureau : « Quand bien même vous seriez le Président de la République, ça ne vous dispense pas d'être poli ». C'est le Procureur qui s'est trouvé gêné et obligé de s'excuser...

  • Cesser d'avoir peur : la peur paralyse et fait le lit de la dépression. Par ailleurs on vous respecte d'autant plus que vous affirmez et défendez vos droits sans crainte. Deux fois dans ma vie professionnelle j'ai saisi les Prud'hommes. Tout le monde m'avait prédit que j'allais perdre mon emploi et ne plus jamais trouver de travail sur la place de Paris, le monde journalistique étant petit. Non seulement j'ai gagné les deux fois, mais je n'ai pas perdu une seule pige à cause de ces actions, et plutôt gagné le respect du DRH...

En France, nous disposons d'un Code du Travail et d'institutions qui permettent de faire respecter la loi... à condition de les utiliser, faute de quoi ces outils deviendront obsolètes, le Conseil des Prud'hommes a déjà été menacé de disparition à l'ère Sarkozy.

mai68.jpgTant que les gouvernants cèdent au chantage à l'emploi et accordent des réductions de cotisations sociales, tant qu'à l'autre bout de la chaîne, des jeunes qualifiés acceptent de bosser pour rien ou Peanuts, les entreprises n'ont aucune raison d'embaucher normalement. Difficile de forcer la main aux gouvernants, encore que... si nos ancêtres avaient raisonné comme ça, on n'aurait ni congés payés ni repos du dimanche. En revanche, si les stagiaires et autres précaires refusent en masse ces faux emplois, ils se feront entendre.

J'entend déjà les lamentations sur « la crise et l'absence de travail » Foutaise ! Sur le site Profilculture, à la rubrique « audiovisuel », j'ai relevé plus de 300 offres de travail de moins d'un mois, dont certaines marqué « urgent », preuve qu'il existe un vrai besoin. Mais sur ces 300 offres, il y avait 290 stages s'adressant pour beaucoup non pas à des étudiants mais à des diplômés, voire à des personnes ayant déjà quelques années d'expérience dans le secteur. Idem dans le secteur de la restauration et sans doute dans bien d'autres.

Les syndicats, les associations et les internautes peuvent soutenir et conseiller les précaires, mais c'est aussi à eux de relever la tête.

bandeauGénération Précaire, ne vous cachez plus derrière des masques quand vous défilez, montrez vos visages, affirmez que vous êtes l'avenir et que les entreprises ont besoin de vous et refusez les stages dès que vous n'êtes plus étudiant. C'est un risque? Quel risque? Les stages à répétition ne garantissent nullement une embauche prochaine comme on vous le fait miroiter : quand à 30 ans vous avez enchaîné 5 stages, l'employeur ne vous reconnaît aucune expérience mais sait en revanche que vous êtes docile et corvéable à merci... Pourquoi vous embaucherait-il ne serait-ce qu'au SMIC si vous acceptez de travailler pour 0 à 417 euros par mois ? Inutile de huelr à la mort, il suffit d'exiger le respect du droit commun, à savoir un vrai contrat de travail (CDI ou CDD selon les besoins de l'entreprise) sur la base minimum du SMIC non exonéré de cotisations sociales. Enregistrez discrètement vos entretiens d'embauche, ça peut servir...

_nergie.jpgSi tous les stagiaires de France cessaient le travail une semaine entière (c'est faisable, on n'a pas grand chose à perdre quand on gagne au mieux 417 euros par mois), bien des journaux ne sortiraient pas, des restaurants ne pourraient accueillir leurs clients, des sociétés de service tourneraient au ralenti... Leur impact économique serait aussitôt valorisé, évident, tout comme on s'aperçoit lors d'une grève de la Fonction Publique que ces fonctionnaires soi-disant inutiles sont indispensables. ( alors que l'absence de gouvernement en Belgique pendant 18 mois n'a nullement empêché le pays de tourner...)Ce serait jouissif, et diablement efficace pour retrouver l'estime de soi et la confiance indispensables pour s'en sortir.

 

 

 

 

P1000302.jpg

 


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Samedi 27 octobre 2012 6 27 /10 /Oct /2012 14:28

Monsieur le Ministre,

Comme des millions de téléspectateurs et peut-être vous-même, j'ai vu ce reportage montrant les abus des employeurs en matière de stages non rémunérés et utilisés pour remplacer des emplois et non dans le cadre de stage emploi/formation.

http://www.dailymotion.com/video/xtswb8_jt-france-2-stage-non-remunere_news

A ma connaissance, la société incriminée n'a fait l'objet d'aucune poursuite alors que l'agissement du responsable du magasin est totalement illégal, passible de peines pouvant atteindre 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende.

Il n'est pas besoin de proposer de nouvelles lois pour assainir le marché du travail, il suffit d'appliquer strictement le Droit du travail, sans céder au chantage à l'emploi. (d'ailleurs, quels emplois à propos de boulots précaires et non payés?). En revanche, si les employeurs qui utilisent les stages pour ne pas embaucher ont un sentiment d'impunité, ils n'ont aucune raison de changer de comportement. Ils ne peuvent dire qu'ils n'y a pas de travail, puisqu'ils ne cessent de recruter. J'ai vu le même cas sur le site Profilculture (rubrique audiovisuel) où 314 emplois étaient proposés en un mois... mais moins de 5 CDI ou CDD sur le total, que des stages! Or beaucoup des entreprises concernées sont loin d'être de petites structures précaires...

Je compte sur vous, monsieur le Ministre, pour demander à vos services de tout simplement faire appliquer la loi, et je vous serais reconnaissante de bien vouloir me faire part de la suite donnée à ce courrier, qu'en ma qualité de journaliste, je vais rendre public.

Recevez, Monsieur le Ministre l'assurance de ma considération.

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Lundi 22 octobre 2012 1 22 /10 /Oct /2012 19:38

Il est né en 1948, enfant du baby-boom amorcé dans l'euphorie d'après-guerre et qui se poursuivra pendant plus de dix ans. Trois ans après l'armistice, les restrictions alimentaires sont presque oubliées, la France est dans une dynamique de reconstruction, de croissance, et le bébé de 1948 bénéficie des acquis du Conseil National de la Résistance: prestations sociales, assurance-maladie, suivi médical des enfants qui font des baby-boomers une génération pléthorique et costaude.

enfant 1958Grâce aux antibiotiques et aux vaccinations obligatoires et gratuites, grâce surtout à l'amélioration de l'hygiène, à une meilleure alimentation et aux logements enfin équipés de salle d'eau et de chauffage, la mortalité infantile tombe en flèche. Bien avant le vaccin, la rougeole qui tuait des milliers d'enfants chaque année (comme en Afrique aujourd'hui) devient une maladie infantile bénigne, avec une cinquantaine de décès par an pour 800 000 cas. Les vaccins n'amélioreront jamais ces statistiques de mortalité: ils feront baisser les cas de 90%, mais la mortalité restera scotchée à 30 à 50 décès annuels, il y a des chiffres incompressibles... Les parents des baby-boomers seront les premiers à ne pas considérer la perte d'un enfant comme un événement hélas courant.

de gaulle 51 (1)Baby-boomer va vivre le début de la 5ème république en 1958, les événements de mai 68, l'échec de l'Union de la gauche en 78, la seconde élection de François Mitterand en 1988, l'offensive Serbe au Kosovo en 98 et la crise financière en 2008. Parfois, il se demande pourquoi les années en “8” sont si importantes, mais il regarderait les autres, il s'apercevrait qu'elles sont toutes porteuses d'événements historiques, le “8” ne lui importe que parce qu'il est né en 48, le baby-boomer a une tendance narcissique qu'exacerbe le sentiment de faire partie d'une génération bénie mais si nombreuse qu'il va lui falloir se démener pour sortir du lot.

Dans sa première dizaine, c'est un enfant heureux, qui mange du chocolat au lait ou à croquer- pas encore de dizaines de variétés dans les linéaires- que des parents savourent après les horribles succédanés des années d'occupation. Il joue dans la rue sans crainte, se fabrique d'improbables véhicules avec un cageot et des patins à roulettes à lanières, se passionne pour le meccano, lit Bibi Fricotin et les Pieds Nicklés et fréquente la communale.

A quelques années près, il va échapper à la guerre d'Algérie et au service militaire qui, pour ses aînés, a duré 30 mois dans les Aurès. Il est la première génération à ne pas connaître l'angoisse de mourir au front.

Lalonde3 mai 68 AFPpour webMai 68 lui fait prendre conscience de sa puissance, quand quelques milliers de jeunes de son âge font trembler le pouvoir et impriment pour les années à venir d'autres façons de penser, de s'habiller, de faire de la musique et d'aimer. Il connaît la “parenthèse enchantée” avec pilule et sans SIDA. C'est la première génération- et la seule pour l'instant- à connaître une sexualité joyeuse et sans risque en compagnie de jeunes filles qui ont jeté le soutien-gorge et la virginité par dessus les barricades. Les magazines pour jeunes l'encensent et en font le modèle de référence. Dans les années 70, être jeune et révolutionnaire se porte bien, les baby-boomers s'emparent des moyens d'expression qu'on appelle bientôt les medias et ne les lâcheront plus, ils y sont encore aujourd'hui... Ce faisant, ils s'arrangeront pour ne jamais vieillir, présentant à chaque décennie les valeurs de leur génération comme la norme suprême.

99f2.jpgDans les années 78/88, décennie “fric” des années 80, les baby-boomers rendent populaires les “golden boys” qu'on n'appelle pas encore traders. Les jeunes politiciens de l'époque sont issus pour beaucoup des mouvements contestataires des seventies mais savourent sans complexes les délices de l'argent et des paillettes présentés comme modernes et innovants. “Vive la crise!” Baby-boomer est partagé entre la nostalgie des généreuses seventies et l'attrait des sunlights qui boostent les carrières. Entre les boomers de la capitale et ceux de province se crée un fossé, certains sont tiraillés entre les deux.

Il passe la quarantaine en 1988, un peu fatigué... Il a fondé une famille très jeune, a divorcé, s'est remarié, ou au contraire a convolé sur le tard et eu son premier enfant à 35 ans. Entre famille recomposée ou couches-culottes, baby-boomer a besoin d'une pause. C'est la décennie du “cocooning” que les medias- toujours babyboomés- présentent comme le nec plus ultra de la modernité dans des articles où d'anciens fêtards alcoolisés font l'apologie des “pasta-parties à la maison avec les copains.” Il est la première génération où les papas portent leurs bébés en kangourou avec fierté. Puisque les journaux parlent des “nouveaux pères”, ils en sont, c'est tendance... En jean et chemise blanche comme BHL, ou en total look de d'jeun's, c'est la première génération qui se sent ado à mi-vie, quasi immortelle puisqu'elle n'a jusqu'ici guère côtoyé la mort.

(il y a des exceptions, évidemment...)

images1998: fin du millénaire, guerre au Kosovo, naissance de l'Euro et premières rides marquées. Baby-boomer connaît son premier toucher rectal: “A votre âge, faut surveiller la prostate” explique laconiquement le praticien en retirant son doigt. A votre âge... Pour la première fois de son existence, baby-boomer réalise que le temps passe et il déteste cela. Heureusement, ses co-générationnels en place en politique et dans les medias gomment cette fâcheuse réalité, les uns en affichant à leur bras de jeunes donzelles, les autres en affirmant haut et fort que “la vie commence à 50 ans”. Même les femmes, vieilles à 30 ans chez Balzac, revendiquent la jeunesse du haut de leur quinquagénérité, des traitements contre la ménopause (qui n'est pourtant pas une maladie) et des bébés après 45ans. L'écart se creuse entre les babyboomers de condition modeste et les autres: les premiers ont vieilli plus rapidement que les seconds, le chômage les touche en premier.

nucl_aire.jpg2008: krach financier, panique à bord de la planète. Baby-boomer de 48, une fois encore, s'en tire bien. Il a juste assez de trimestres validés pour prendre sa retraite avant que la loi ne change, ce qui ne l'empêchera nullement de poursuivre une activité annexe pour “rester dans le coup” dit-il, sans aucune considération pour les 40/50 ans chômeurs qui piaffent à l'entrée de Pôle Emploi, attendant que babyboomer laisse la place. Il s'inquiète tout de même pour ses enfants, plus diplômés qu'il ne l'a jamais été et relégués dans des emplois précaires. Sa génération pléthorique a tout de la génération Attila. Après elle ne pousse pas un brin d'herbe. D'ailleurs l'herbe, l'eau et les ressources naturelles se raréfient, il en a profité et oublié qu'elles n'étaient pas inépuisables malgré ses défilés d'écolo des années 70 qu'il regarde aujourd'hui avec attendrissement et une certaine mauvaise conscience.

Mais voici que le ciel se couvre. Autour de lui, comme il dit, “ça dépote”: il apprend la maladie de l'un, le décès de l'autre. Pas vieux, souvent. Cancers, AVC, suicides... à 60 ans ou à peine plus. Mort démocratique qui touche les célébrités comme les inconnus. Il lui semble que sur le gâteau que la vie a toujours été pour lui, les bougies s'éteignent une à une. Avant de souffler la sienne, il aimerait bien se dire qu'il n'est pour rien dans le chaos d'aujourd'hui, mais il est honnête: qui d'autre que lui, que ceux et celles de sa génération, ont tenu aussi longtemps les rênes? Qui a laissé faire? Qui a profité, sinon cette génération qui voulait pourtant changer le monde et le rendre meilleur? 

fou3.jpgIl a de temps à autre des douleurs au réveil, s'inquiète d'une urine trouble, d'une toux qui s'éternise, d'une érection moins fringante... Il fait attention à son poids, à sa forme, fait du jogging, nage, a cessé de fumer et ne boit plus que du vin, autant dire plus d'alcool! Ses parents âgés de 85 ans ou plus le trouvent timoré: “A ton âge, on ne se trouvait pas un pet de travers tous les matins...” Il se demande comment font ses vieux pour ne pas être paniqués à l'idée de mourir sans doute bientôt. Lui y pense de plus en plus, il se dit que les quinze ans à venir seront celles de la décrépitude, il ne veut pas, il n'a jamais été préparé à l'idée de sa propre finitude ... Il se demande si ses anciens compagnons de route toujours au pouvoir ont les mêmes angoisses que lui et pourquoi ils mènent cette vie de fous, toujours le nez dans le guidon. “Justement, lui répond l'un, ça nous évite de penser à tout ça.”



Publié dans : Humeur
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