Fulgurante réponse de ce très éminent professeur devant qui je m'étonnais que tant
de gens soient atteints de cancers, et que tant en meurent encore: "Mais madame, tous les voyants sont au vert pour les cancers, on a fait des progrès immenses ces dernières années. Savez-vous
que la survie moyenne à un cancer du côlon est passée de trois ans à quatre ans et demi,? C'est énorme, 50% de plus!"
Compétent, vénéré par ses confrères, bosseur et très certainement dévoué à ses malades,
mais il n'habite pas la même planète. Selon l'expression d'un ami "il est du bon côté de la seringue". Il considère comme un immense progrès qu'un cancéreux vive 18 mois de plus- c'est
statistiquement vrai et ça permet de pondre des articles internationaux sur les progrès de la thérapeutique- mais côté malade, est-ce un si grand progrès de se dire: "Je vais mourir à 54 ans et
demi au lieu de mourir à 53 ans?" Je ne dis pas "vivre jusqu'à... au lieu de..." car en plus, durant cette année et demie, le patient devra l'être, patient, pour supporter les chimios qui rendent
malade, l'angoisse des contrôles, la fatigue... Tout ce qui fait du cancer une maladie pas comme les autres. Pendant des années, elle reste silencieuse, on se porte à merveille avec cette
saloperie en soi, mais quand elle s'exprime... patatras, la vie change du tout au tout, qu'on en guérisse ou pas. "Vous avez un cancer détecté au stade précoce, vous n'aurez qu'une petite
chimio... Tu parles! Tu arrives en pleine forme, tu ressors malade et tu le seras des mois avant d'être guérie. Et quand je dis guérie... Avec les contrôles tous les 3, puis tous les 6 mois, tu
vis avec une épée de Damoclès sur la tête." dit une femme atteinte d'un cancer du sein en rémission heureuse. L'épée de Damoclès, c'est l' angoisse qui saisit le malade atteint d'une tumeur au
cerveau apparemment guérie chaque fois qu'il a un mal de tête qu'il traitait autrefois avec de l'aspirine, la difficulté à admettre qu'on est fatigué longtemps après avoir cessé tout traitement,
le regard des assureurs et des banques avant de vous accorder un prêt.
Mais tout de même, ne guérit-on pas aujourd'hui un cancer sur deux? Oui, en incluant
tous les diagnostics, du plus précoce au plus tardif (progrès dus au dépistage) et toutes les localisations: on guérit environ 80% des leucémies juvéniles, les carcinomes aussi (cancers de le
peau qui ne métastasent jamais) mais moins de 20% de ceux du pancréas, la moyenne fait effectivement un sur deux. Avec la légère nuance que la guérison est réputée acquise par certains médecins
après cinq ans sans rechute, tandis que d'autres, plus prudents, préfèrent parler de rémission prolongée depuis qu'ils ont eu l'expérience de récidives après huit, dix ou même quinze ans. Et puis
un sur deux, ça en fait autant qui ne guérissent pas. Pas forcément des vieux: Brel, Brassens, Nougaro, Bashung, Bachelet, Chichin, Charden, Giraudeau,
Servan-scheiber et tant d'autres n'ont pas seulement en commun la célébrité, mais un cancer qui les a emportés avant 65 ans.
Alors, comme disait le Dr Geneviève Barbier, auteur de "la société cancérigène" "je préférerais dire à mes
enfants "vous n'aurez pas de cancer" que leur dire "vous aurez une très bonne chimiothérapie". Autrement dit, prévenir plutôt que guérir, garder en bonne santé plutôt que soigner, c'est la base
du serment d'Hippocrate et de la médecine chinoise, mais pas celle de la médecine telle qu'elle est aujourd'hui. (petite parenthèse récemment apprise: dans le serment d'Hippocrate prononcé aux
Etats-Unis, la phrase "je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera" est supprimée... )
La Ligue contre le cancer, organisme par ailleurs fort dévoué aux malades, organise un
colloque sur la recherche en cancérologie. La majorité des sujets de recherche financés par la Ligue concerne l'amélioration des traitements, quelques-uns la compréhension des mécanismes de
cancérisation (ce qui est déjà mieux) mais RIEN sur la prévention qui ne se résume pas aux discours sur le tabac et l'alcool. Quid de l'environnement délétère: pesticides, stress répétés, OGM,
polluants chimiques, ondes électromagnétiques dont Michèle Rivasi prévoit que ce sera le prochain scandale sanitaire?
"Le centre
international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, a récemment classé les ondes basses fréquences du réseau électrique et les radiofréquences de la téléphonie mobile comme
cancérogènes possibles pour l’homme. Comment se fait-il que ces risques ne soient pas pris en compte désormais? ».
Comment se fait-il, interroge Alain Lipietz dans une lettre ouverte aux associations de recherche sur le cancer, que l'étude de Gilles-Eric Seralini concernant l'effet cancérigène des OGM sur des
lignées de rats ait été vivement critiquée, puis occultée, alors qu'il eût été logique de la poursuivre pour vérifier, confirmer ou infirmer, mais pas de rejeter parce que contraire au dogme de
l'innocuité des OGM, dogme fondé sur des études bien moins sérieuses et longues que celle de Seralini.
Comment se fait-il que les conclusions du CIRC "peut être cancérigène pour l'homme" qui signifie que la substance est cancérigène- même si,
heureusement, ce n'est pas à 100%- est si souvent traduite en "peut-être" qui traduit un doute sur la cancérogénéité?
Je suis virulente, parce qu'en quelques années, une douzaine de proches et amis pas bien vieux sont morts d'un cancer et que
j'ai vu l'effet dévastateur de cette maladie qui tue chaque année plus de 6 millions de personnes dans le monde. 6 millions de morts, et on s'en accommoderait ?
Je suis virulente parce que les autorités de santé, l'OMS en tête, admettent que 80% des
cancers pourraient être évités en agissant sur l'environnement, mais se cantonnent à des recommandations sur les comportements individuels (alcool, tabac, obésité) en reculant face aux lobbys de
la chimie, de l'industrie pharmaceutique, du nucléaire et des opérateurs de téléphonie... comme elles ont reculé autrefois face au lobby de l'amiante.
Je suis virulente parce qu'on ne peut pas dire "on ne savait pas" au vu de tous les documentaires consacrés à ces cancérigènes,
mais que ça a autant d'effets sur les décideurs que faire des ronds dans l'eau tant ils habitent sur une autre planète, dominée par les intérêts d'argent et d'influence.
Je suis virulente parce que j'ai rencontré des cancérologues surmenés et malheureux
qui se disaient après 30 ans de pratique et un taux élevé d'échecs: "on a fait fausse route, il aurait fallu d'abord penser prévention, mais comment faire quand les études de médecine nous
prédisposent à prescrire plutôt qu'à prévenir?"
Un célèbre cancérologue- je ne sais plus si c'est Schwartzenberg ou un autre- avait
expliqué les échecs face aux cancers par cette phrase lapidaire: "Ce sera ainsi tant que le cancer fera vivre plus de gens qu'il n'en tue" et je me demande s'il n'avait pas
raison.
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