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Lundi 20 août 2012 1 20 /08 /Août /2012 20:18

 joueraumonde COUV4bis« Deux ou trois fois par an, Marine venait la voir pour de courts séjours illuminés de confidences et de fous-rires. Madeleine regardait sa fille et s’émerveillait à chaque fois que cette jeune femme indépendante et belle assise en face d’elle vînt de son ventre. Qu’on puisse fabriquer des êtres humains continuait à l’étonner, et plus encore l’idée que cette création soit à la portée du premier imbécile venu. Si Dieu existait, elle le trouvait bien inconséquent d’avoir permis cela.  « Tu as raison, riait Marine, naître, procréer et mourir sont les actes les plus importants de la vie et les seuls que tout le monde a le droit de faire sans contrôle, même un crétin abyssal, alors que dans n’importe quel autre domaine on te demande de prouver tes compétences. » (JOUER AU MONDE)

 b_b_.jpg« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris » écrivait Victor Hugo, dans un élan poétique où il décrit le nouveau-né comme un « corps où rien n’est immonde, âme où rien n’est impur » ce qui prouve d’une part sa méconnaissance totale de l’odeur des bébés (lait caillé + transpiration+ pipi/caca) d’autre part une pudibonderie funeste à penser qu’une fois adulte, le corps a quelque chose d’immonde… alors qu’il reste une machinerie absolument magique dont les réactions sont un mystère ravissant des milliers de chercheurs. Allez, Victor, mettons ton enthousiasme au compte de la poésie. Plus réaliste, mon père, avec humour et flegme- il a quand même élevé cinq enfants- complétait : « Le cercle de famille applaudit à grands cris… et les emmerdements commencent ». Encore eut-il de la chance, nous fûmes de braves petits, bons élèves et respectueux de nos parents, même quand ils nous semblaient, comme à tout ado, ringards ou « boloss faisant crari » (à l’époque on disait « croulants » ou « out »)

miroir.jpgVers la trentaine, à toute copine bêlant « je voudrais un bébé ! » je rappelais qu’un bébé, OK, c’est mignon- quoique l’odeur de lait caillé, parfois…- mais qu’elle devait avoir conscience que le bébé devient un enfant sujet aux maladies infantiles, aux chutes, aux doigts dans la prise électrique, aux questions incessantes, aux pleurs angoissants parce qu’inexplicables, aux résultats scolaires déprimants, aux goûters d’anniversaire qui laissent sur le flanc lorsqu’on a géré 15 gamins vociférant, aux réunions de parents d’élèves interminables et au festival de fin d’année du cours de danse (musique, théâtre…) où pour apercevoir son rejeton quatre minutes on doit se fader un spectacle de quatre heures !

punkette.jpgEnfin pubère, l’enfant devient ado et le parent exécrable, c’est la loi des hormones : si tu veux devenir adulte, mon fils- ma fille- tu dois te détacher de tes parents, ce qui implique, tant la perspective est dure, de les rejeter violemment en trouvant « nul » tout ce qu’ils font ou disent. Qu’ils soient parents classiques, baba-cools, hors normes, sévères ou indulgents, tu les provoqueras en étant insolent, boudeur ou marginal, en demandant qu’ils te conduisent au collège en voiture mais « gare-toi loin, maman, parce que si mes copains te voient … la honte ! », honte présente que la mère soit moche ou canon selon lesdits copains.

rockerTu adopteras des conduites à risques ou au contraire te retrancheras dans ta chambre non sans avoir levé les yeux au ciel pour signifier ton mépris du monde adulte et mis la musique à fond la caisse, ce qui ne t’empêche pas d’exploser ton forfait téléphonique en racontant à tes copines comment ton nouveau mec est « trop » !!! Bénis soient les forfaits illimités qui n’existaient pas à l’adolescence de mes filles, nos comptes bancaires s’en souviennent… Parent, on ne survit à l’adolescence de ses rejetons qu’en sachant que c’est hormonal et que ça dure en moyenne 6 ans. 13/19, les chiffres en « teen », d’où « teen-agers ».

Alors, copine, si tu veux un bébé, sache que tu en prends non pas pour 20 ans mais pour la vie, avec des moments de pur bonheur et fierté quand tu regarderas les adultes qu’ils (elles) seront devenu(e)s, mais aussi du souci, même si tout va bien pour eux, et pire encore lorsqu’ils n’iront pas bien, ce qui arrivera forcément car la vie ne peut faire abstraction de certains malheurs, qui font d’ailleurs mieux cerner la fragilité du bonheur et le devoir absolu de goûter, savourer, rechercher tous les instants de bonheur, quels qu’ils soient, sans jamais culpabiliser. Même si tu es championne du monde dans l’art de t’assumer et de ne jamais culpabiliser, tu te demanderas toujours, devant ce rejeton mal dans sa peau : « Aurais-je merdé quelque part ? » tout en te disant que zut, l’environnement d’un gamin n’est pas fait que de ses parents mais aussi des potes, des profs, de la TV, d’Internet, des voyages et surtout de son propre regard sur la vie. Une copine qui en voulait à son père de ne pas l’avoir aimée assez (illusion ou réalité, je ne sais pas, je n’ai jamais connu son père) s’est fâchée avec moi lorsque j’ai osé lui dire : « Ton père a sans doute fait des erreurs ou en tout cas tu l’as ressenti ainsi, mais devenir adulte c’est aussi faire la paix avec ton passé, même si tu ne l’oublies pas. La rancune éternelle te rend malheureuse et de plus, ton père étant mort, tu ne peux même pas lui casser la gueule ! » Elle avait pourri sa vie, celle des hommes qu’elle rencontrait et identifiait au père et celle de son frère qu’elle jalousait, persuadée qu’il avait été préféré parce que garçon. Comme quoi, certains enfants ne grandissent jamais…

P1020899« Tu fais tout pour en dégoûter les autres, mais tu en as eu quand même », répond la copine.

- Ai-je dit qu’il ne fallait pas en avoir ? Non. C’est un choix, tout comme celui de ne pas en avoir, mais qu’au moins il soit lucide, faute de quoi tu seras forcément déçue par le décalage entre le délicieux bébé décrit par Victor Hugo et la réalité d’accompagner un enfant jusqu’à la fin de ta vie avec de merveilleux moments, mais aussi de vraies difficultés. »

Heureusement, la majorité des parents acceptent l’enfant et le lot d’emmerdements qui va avec, et continuent de parler de chaque naissance comme d’un heureux événement et de leur progéniture avec amour et fierté, malgré les tempêtes traversées.

QUESTION: pourquoi la sagesse que ces personnes possèdent en tant que parents leur fait-elle  si souvent défaut dès qu’il s’agit d’amour au sens couple et sexuel du terme ?

Pourquoi exigent-ils des contes de fées et de l’amour fou ? A cause de son idéalisation (« Aimer, à perdre la raison ») par les poètes, qui les incite à vouloir que le leur soit tout aussi beau, tout aussi fort, tout aussi pur, pour les siècles des siècles, Amen… et les fait rompre à la moindre anicroche ? Ne seraient-ils pas plus heureux en étant conscients, dès le début d’une relation, qu’ils s’embarquent pour un rafting sur torrent agité mais justement passionnant à cause de cela, de ces moments où on se demande « qu’est-ce que je fous avec cet abruti(e) ? » alternant avec des instants magiques où, comme disait une amie après 35 ans de vie commune : « Parfois, Jean-Claude fait un geste qui me charme et à ce moment là je sais exactement pourquoi je l’aime depuis mes 16 ans. »Ce qui n’empêche pas qu’ils se soient, j’en suis sûre, disputés autant de fois qu’il le fallait… L’amour relève décidément davantage du goût pour la réalité des êtres que de leur idéalisation.

julien 94rogné

Tableau Julien Meunié.

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Dimanche 12 août 2012 7 12 /08 /Août /2012 23:49

paris-sur-mer.jpgDu 2 au 16 août, la planète « PARIS » est méconnaissable. Samedi, je me suis baladée de Maubert à Montparnasse en longeant la Seine et n’ai croisé que des gens souriants qui marchaient sans se presser. Passerelle des Arts, le nombre de cadenas d’amoureux ne cesse d’augmenter, du coup les bouquinistes vendent des cadenas, voici comment naît un nouveau marché. Bizarre tout de même que l’amour soit symbolisé par un cadenas, n’est-ce pas un peu… enfermant ? Rue de Rennes, les trottoirs étaient immenses et calmes… Simplement libérés des motos et vélos qui y stationnent d’ordinaire, et de la foule bruyante des piétons faisant du lèche-vitrines. A propos de lèche-vitrines, un couple d’aveugles à canne blanche marchait d’un bon pas en agitant leur canne devant eux. Leurs têtes tournaient avec un bel ensemble devant chaque vitrine. Brusquement, ils sont entrés sans hésiter dans une boutique. Comment ont-ils vu ce qui les intéressait ? Mystère. L’été génère décidément d’étonnantes planètes…

canard-enchaine-numero-specialAvant la rentrée, pour remettre joyeusement en marche vos neurones, je ne saurais trop vous conseiller la lecture du dossier d’été du Canard Enchaîné : « Bienvenue chez les riches », voyage ahurissant sur une planète sidérante. Qu’est-ce qu’un riche, direz-vous ? L’INSEE fixe les « très hauts revenus » à partir de 7350 € net par mois, seulement 1% des français en font partie. Voilà qui relativise grandement les cris d’orfraie qu’ont poussé certains lorsque JL Mélenchon voulait taxer à 100% la tranche de revenus située au-dessus de 30 000 € par mois, ça n’aurait finalement pas concerné grand monde.  Quant à la taxation à 75% pour la partie dépassant le million d’euros annuels annoncée par François Hollande, elle ne toucherait que 0,008% des foyers fiscaux. Pas de quoi hurler à la spoliation.

Cela dit, ces chiffres sont de la gnognotte à côté des fortunés dont le Canard Enchaîné raconte la saga argentifère. Sagas très différentes, entre des requins sans scrupules qui ont fait fortune à la limite de la légalité, de véritables bandits que les tribunaux ont condamnés et des capitaines d’industrie doués d’une solide intelligence,  du sens des affaires et d’un cynisme qui leur enlève tout état d’âme. Cela n’empêche nullement certains d’être artistes, mécènes, de gauche ou créateurs de fondations  écologiques…mais les rend tous gaspilleurs et pollueurs. Selon l’INSEE encore, les 20% de français les plus riches émettent 2,7 fois plus de gaz à effet de serre que les 20% les plus pauvres. Forcément, les voyages en Jet privé et les grosses cylindrées alourdissent la facture écologique.

nic_riche.jpgMais le vrai problème est qu’à un certain niveau de richesse, tout caprice est réalisable, il suffit de payer. C’’est un autre monde, inimaginable pour 99% des français, et un réel danger pour la société et la démocratie. Certains s’imaginent que seuls des haineux, des jaloux « qui n’aiment pas les riches » peuvent défendre l’idée d’écrêter les plus hauts revenus. Pas le moins du monde ! C’est une question de santé mentale… pour les riches eux-mêmes. Parce que leur argent leur rend tout possible, y compris les comportements les plus extrêmes, ils évoluent dans un monde irréel, sans limites, où ils ne se sentent nullement tenus par les règles élémentaires de la vie en société. Le sentiment de surpuissance qui coupe l’individu de la réalité est une pathologie psychiatrique, une vraie. Littéralement, trop d’argent rend fou et incapable d’empathie avec autrui. Et comme il donne aux riches un pouvoir immense, ce pouvoir est détenu par des personnes coupées du réel,  pour qui licencier 5000 personnes reste une notion abstraite. Quant à ceux qui ont trop d’argent mais pas de pouvoir, comme les footballeurs ou certains « people », le sentiment de surpuissance se transforme en arrogance, avec moult dérapages et excès en tous genres qui font les délices de la presse spécialisée…

Le dossier du Canard Enchaîné rappelle aussi quelques affaires financières dans lesquelles les magistrats ont condamné de riches contrevenants à de lourdes amendes et parfois même de la prison. Ce qui satisfait les citoyens et leur fait croire « qu’il y a tout de même une justice ». Sauf qu’à de rares exceptions près, la majorité de ces condamnations n’ont pas été appliquées. Impunité et inégalité de traitement (par rapport au citoyen lambda) parfaitement non démocratique.

 

paris.jpg

 

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Lundi 6 août 2012 1 06 /08 /Août /2012 12:53

epou3Les copains, j’ai plein d’idées, comme Gotlib dans la rubrique-à-brac que les moins de 20 ans devraient tous lire, c’est une encyclopédie, une Bible et une source de fous-rires inextinguibles. Plein d’idées de billets, donc, nées au fil des conversations entendues ça et là dans mes périples vacanciers. C’est pour cela que j’aime les bistrots de campagne, les apéros en famille élargie, les discussions au clair de lune… Ca sent bon le foin coupé, le vin robuste, la viande grillée au feu de bois et l’air tiède des soirées d’été si rares où on peut se passer de petite laine jusqu’à plus de minuit.

verneuil2Les gens se saluent paisiblement et échangent des recettes, des idées de promenades, des kilos de fruits cueillis dans leur jardin On touche la vie au lieu des touches d’ordinateur. Les échos de vacances sont unanimes : le bonheur et les bonheurs simples font tant de bien qu’on se demande pourquoi on vit si mal le reste de l’année. Question importante car pour changer le monde, vivre mieux et préserver un peu plus longtemps les ressources de la planète, il est salutaire de réaliser que moins consommer et ralentir son rythme de vie loin des compétitions imbéciles et de la course à une croissance illusoire ne signifie pas vivre moins, au contraire.

A propos de compétitions imbéciles, la façon dont les journalistes et même son entraîneur traitent Yannick Agnel « d’intello » parce que ce garçon a eu mention Bien au bac, cite Montesquieu et apprend le russe avec plaisir est particulièrement imbécile. Il paraîtrait même que son entraîneur considère que cette image de marque pourrait lui nuire. Un sportif de haut niveau devrait-il être systématiquement décérébré ? Si oui, on comprend mieux les salaires démesurés des footeux, mais j’avoue préférer l’élégance des nageurs. C’est fluide, c’est puissant, c’est esthétique…

épou1Comme d’habitude en été, le moindre bourg ou village foisonne d’activités culturelles qui montrent ô combien le patrimoine et l’histoire de France sont une richesse. Histoire que de doctes professeurs se demandent comment enseigner aux jeunes qui, comme chacun sait, sont ignares et totalement désintéressés par le passé de leur pays. Qu’ils aillent faire un tour dans les châteaux qui organisent des expositions et des spectacles, ils verront des gamins passionnés par le Moyen-Age demander des précisions sur les chevaliers et les guerres de religion, des jeunes s’inscrire à des chantiers où l’on rénove les lieux historiques selon des techniques traditionnelles pour lesquelles ils se passionnent. Voir de  près ce patrimoine, toucher des outils traditionnels, entendre des musiques du 17ème siècle jouées avec les instruments d’époque,  goûter des recettes d’autrefois, se costumer… familiarise avec l’histoire mieux que n’importe quel manuel ou DVD.

paradisA Paris, je suis passée pendant 28 ans à côté d’un paradis sans le voir, honte sur moi. « Le Paradis », c’est un petit restaurant fondé par Georges- aujourd’hui disparu- puis repris par le fils avec toujours la maman aux fourneaux. Accueil chaleureux, sangria de bienvenue,  cuisine familiale tout à fait correcte, menu du jour à 8 € avec entrée, plat et dessert, sans oublier le couscous quotidien qui commence à 7 € (couscous légumes) pour aller jusqu’au royal à 12 €, sourire inclus. Des prix qu’on n’imaginait plus possible à deux pas de Montparnasse. Résultat : une foule d’habitués et un établissement qui fonctionne malgré la crise, ouvert 7 jours sur 7.

verneuil4Pour ne pas troubler la quiétude estivale qui ne durera que jusqu’au 16 août, je garde donc mes billets caustiques pour la rentrée, il y en aura. Car bien que le départ du malfaisant dont tout le monde a oublié le nom m’ait à la fois grandement soulagée et privée de sujets d’indignation, le monde est loin d’être devenu idyllique pour autant.  Mais pour l’instant, je me tiens une flemme, une flemme… bienfaisante.

verneuilToutes les photos, sauf celle du paradis, ont été prises à Verneuil en Bourbonnais, (proche de St Pourçain sur Sioule). Dans ce village médiéval,  l’Association des amis du vieux Verneuil a réalisé une exposition consacrée au gemmail, art du verre feuilleté et du vitrail sans plomb ouverte jusqu’à fin août chaque après-midi. Egalement à Verneuil une collection d’épouvantails qui ponctuent la promenade.

 


verneuil1

 

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Dimanche 15 juillet 2012 7 15 /07 /Juil /2012 21:10

P1000456.jpgAprès l’ornithorynque et le kangourou, poursuivons nos chroniques animalières australiennes avec l’émeu, volatile de la classe des dromaiidés, sans aucun rapport avec les dromadaires bien que le chameau sauvage - en réalité un dromadaire- soit devenu un fleuron d'Australie. Non seulement l’animal originaire d’Afghanistan s’est adapté, on ne peut faire autrement lorsqu’on débarque dans une île-continent dont une ville se nomme Darwin, mais il s’est pourvu de bosses géantes lui permettant de parcourir l’immensité aride du bush  sans boire une goutte d’eau. Je n’ai connu qu’un seul autre animal capable d’en faire autant, c’était un charmant allemand croisé un soir dans un pub au cœur du bush, qui avait décidé de traverser le désert à vélo. Lui non plus ne buvait pas une goutte d’eau mais affectionnait la bière…

émeuRevenons à l’émeu, qu’il ne faut pas confondre avec l’autruche, oiseau de la famille des Struthionidae comme chacun sait, bien que les deux  volatiles aient en commun un regard d’une ineffable intelligence qui fait dire aux connaisseurs que l’autruche a les yeux plus grands que le cerveau, et aux aborigènes que le filet d’émeu est décidément très savoureux, aussi respectueux de leurs frères animaux soient-ils, ce qui prouve qu’il y a toujours des arrangements avec l’amour du prochain.  

 

L’autruche a une espérance de vie pouvant atteindre 70 ans et une vitesse de pointe de 70km/h, ce dont il ne faudrait pas conclure à une dimension de 70² car 70 quoi et de quel carré, je vous le demande !   L’émeu avec ses 20 ans d’espérance de vie et 55km/h maximum au pas de course ne fait pas le poids, et d’ailleurs pèse beaucoup moins.  Les deux sont cependant exploités par les humains pour leurs œufs, leur viande, leurs plumes et leur cuir dont les décoratifs pointillés, si jolis en incrustations de vestes haute couture, ne doivent rien à John Galliano et tout à l’empreinte laissée par la tige des plumes. L’émeu fournit également une huile réputée localement pour ses propriétés anti-inflammatoires.     

émeu2Malgré l’incontestable suprématie de l’autruche pour la taille et la vitesse, l’émeu affiche une tout aussi incontestable supériorité en matière de savoir-vivre. Cet animal endémique d’Australie (et de Nouvelle-Zélande) a développé un système de climatisation interne genre pompe à chaleur réversible, qui lui permet en respirant de rafraîchir l’air sec et torride en été et de réchauffer l’air glacé et humide en hiver, les merveilles de la nature n’ont décidément pas fini de nous subjuguer, ce qui explique peut-être la propension de l’humain à la détruire, haine et amour étant des sentiments souvent liés quoique ambivalents.

Si l’on dit « une » autruche, on dit souvent « un » émeu, ce qui n’empêche pas madame Emeu d’exister et d’être féministe.  Ca tombe bien, le mâle Emeu mal aimé est papa poule. Il couve les œufs, les retourne régulièrement pour leur assurer un réchauffement uniforme et  ne mange pas, ne boit pas et ne défèque pas durant toute cette période, plus consciencieux tu meurs et on s’étonne d’ailleurs qu’à un tel régime il survive mais si, puisqu’il assure ensuite les premiers soins aux bébés émeus jusqu’à ce que ceux-ci soient capables de se débrouiller. J’aperçois d’ici quelques lectrices émues par l’émeu … Pendant ce temps, la femelle Emeu surveille les alentours pour chasser d’éventuels prédateurs, mais bien plus souvent, elle s’en va toute pimpante à la recherche d’un autre mâle à « engrosser », la bougresse!

autruche mâleRien de tel chez l’autruche dont le mâle est polygame malgré une allure quelque peu équivoque genre collants roses et je te tortille du croupion. L’œuf d’autruche, qui peut atteindre 1,6kg, doit échapper à la convoitise de l’homme- une omelette pour 12 avec un seul œuf, c’est tentant- et à celle de l’artiste, tout heureux de peindre la coquille et de la décorer avec des lanières de cuir pour fourguer cet objet typique à des touristes qui se demanderont au retour où caser cet objet si  pittoresque sur place mais totalement incongru dans un salon occidental moderne.

autruchon grisL’autruche a donc moins de raisons que l’émeu de souhaiter donner naissance à un petit du reste peu pimpant avec son duvet gris, car l’autruchon gris, chacun le sait, a provoqué bien des conflits, dont le plus sanglant fut la guerre de 14/18.


P1000488.jpg

 

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Mercredi 11 juillet 2012 3 11 /07 /Juil /2012 18:56

dieux1.jpgElle le rencontra dans un bar. Un dealer propre sur lui, qui lui inspira sur le champ confiance. Après quelques verres de bon vin et une petite fumette partagée, il lui souffla à l’oreille qu’il avait quelque chose de meilleur à lui proposer, du genre qui fait planer non seulement pendant mais après… avec la décharge d’adrénaline, d’endorphines, de dopamine, bref de tous les trucs en « ine » qui signent le very good trip.

feux d'art1Il n’avait pas menti. Une seule dose de sa came suffit à la faire planer si fort qu’elle réclama « encore ! » mais il rit : « Pas ce soir, j’ai à faire, je te promets de revenir demain. » Il était à peine parti que déjà elle rêvait au lendemain, regrettant dans le vertige qui l’avait saisie de ne pas avoir pensé à lui demander son numéro de mobile.

homme4.jpg Le second jour, il doubla la dose et ce fut dantesque. Elle ne savait plus qui elle était ni où elle habitait, tout ce qu’elle savait c’est qu’il lui faudrait désormais sa dose quotidienne, tant le manque la saisissait quelques minutes à peine après son départ. Avant, elle avait pourtant goûté à l’herbe, de la bonne rapportée par un ami d’Afghanistan, elle avait testé des comprimés qui font rire lors d’un festival techno, bref elle n’était pas une débutante, mais jamais encore elle n’avait été aussi intensément et rapidement addict. Elle appela des copines pour leur raconter cette merveille et toutes l’envièrent. Seule sa meilleure amie, Polly Sirène, fronça les sourcils. « Fais gaffe, t’es en train de partir en vrille. »  Elle pensa que son amie était une rabat-joie, et ne voulut pas entendre l’avertissement, passant les dix jours suivants dans l’attente éperdue du dealer et ne se ranimant que lorsqu’il sonnait à sa porte.

Un soir, il ne vint pas. Elle connut une nuit blanche où elle se tordit de douleur sur son lit, en proie au manque qui lui creusait le ventre et la laissait en sueur, en larmes en désespoir… Le cinquième jour, il arriva comme si de rien n’était : « Désolé, j’étais en voyage et n’ai pas pu te prévenir. » Elle se précipita sur lui, il l’écarta de ses deux mains tendues, sourit : « Une seule dose pour te réhabituer, ou tout de suite deux ? » La question ne se posait même pas. Elle en voulut, une, deux, trois, avec la sensation de ne vivre pleinement que durant ces minutes là.

Elle lui dit qu’elle avait besoin de sa came quotidienne, qu’il devait la lui fournir, après tout c’est lui qui l’avait rendue addict, il ne pouvait pas la laisser tomber. Il ne répondit pas et elle fut prise d’une angoisse intense à l’idée d’avoir été trop insistante. Elle lui proposa une grosse somme d’argent, il la refusa. « Plus tard, rien ne presse. »

cerise_sensuelle.jpg Une fin d’après-midi où l’orage donnait à la ville des lueurs de crépuscule, elle l’aperçut dans un café, parlant à l’oreille d’une femme qui riait en l’écoutant. Elle en fut offusquée. Ce sale type dealait partout ! Elle appela Polly pour lui crier son indignation. Polly essaya de calmer le jeu : « Réfléchis : il te fournit tes doses, n’est-ce pas ? Alors pourquoi te mettre dans un état pareil ? – Mais Polly, c’est insupportable, je ne veux pas qu’il deale ailleurs. -C’est sa vie, tu ne peux pas l’enfermer chez toi, tout de même ! »  Elle en convint, tout en se disant intérieurement que si, c’est ce qu’elle aurait voulu : l’enfermer et qu’il devienne son dealer attitré. Elle ne supportait pas l’idée que d’autres qu’elles goûtent cette drogue exquise. Il ne lui suffisait plus d’en profiter, elle en voulait l’exclusivité. 

lego_monstre2.jpgLe soir, après sa dose car elle aurait été incapable de lui parler avant, elle lui révéla qu’elle l’avait vu dealer dans un bar et qu’elle ne le supportait pas. Il se leva pour partir, elle se traîna à ses pieds, il se dégagea, elle tenta la froideur : « Fiche le camp, je trouverai d’autres dealers, tu n’es pas le seul à avoir de la bonne came. » Mais quand il ouvrir la porte, elle hurla : « Reviens, sinon je vais mourir ! ». Elle écouta décroître le bruit de ses pas dans l’escalier et crut effectivement qu’elle allait mourir tant le manque se faisait aussitôt sentir.

Elle  se procura une arme, guetta le dealer à la sortie du bar où il officiait ce soir là. A peine avait-il franchi la porte qu’elle tira deux fois. Elle visait bien, il s’écroula, elle s’enfuit en courant et monta quatre à quatre chez elle.

Quelques jours plus tard, averti par son employeur qui s’inquiétait de son absence et n’avait pu la joindre au téléphone, les pompiers enfoncèrent la porte et la trouvèrent morte sur son matelas, un flacon de comprimés ouvert sur la table de nuit. A défaut de sa dose, elle avait avalé une overdose de somnifères.

« Encore un drame de la drogue, soupira le flic qui les accompagnait.

-Ou un chagrin d’amour, suggéra le jeune pompier ému par la beauté de la jeune femme.

- Rien à voir avec l’amour, fit le flic en haussant les épaules. La drogue dont je te parle est hyper dangereuse et pourtant non seulement tolérée, mais encouragée par la société. On l’appelle la passion dite abusivement « amoureuse » qui rend les gens fous et peut les amener au crime ou au suicide, à s’avilir et à devenir dépendants pire que des cocaïnomanes. A part l’argent, je ne connais rien d’aussi addictif. Enlève la passion et l’argent, la jalousie et l’avidité, tu élimines 80% des faits-divers. D’ailleurs, étymologiquement, passion signifie souffrance. » (ce policier cultivé avait fait du latin).

Lyrique, il leva les yeux au ciel : « Seigneur, délivre-nous de la passion et apprend nous l’amour. »

 

img_0109.jpg

 

Je ne résiste pas au plaisir de faire connaître cette chanson aux jeunes générations, c'est un monument!

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