Mercredi 24 janvier 2007
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23 janvier, 23h. France-Info diffuse de véritables communiqués d'urgence. « Des routes sont coupées, mille véhicules bloquées sur une autoroute, il faudra de longues heures pour déblayer la neige, demain dans l'Allier, le Puy de Dôme et la Haute Loire, pas de transports scolaires, plus de 12 000 foyers privés d'électricité et autant de lignes téléphoniques inutilisables. Déjà un SDF mort au centre d'Avignon... »
J'hallucine : deux jours de mauvais temps et c'est la Bérézina ! Il neige et il fait froid en janvier. Quoi de plus normal après des semaines d'une douceur suspecte, presque inquiétante au regard des alarmes sur le réchauffement de la planète (lequel réchauffement, on ne le dit pas assez, pourrait aussi amener des hivers très rigoureux, par exemple par déplacement de courants chauds, comme le Gulf Stream. Voilà qui enthousiasme nettement moins que la perspective de déjeuner en terrasse à Noël !)
Je ne veux pas jouer l'ancienne combattante, et pourtant si, j'ose : quand j'étais étudiante, dans le Puy de Dôme, le froid avait atteint jusqu'à -22° pendant quelques jours, et -10° durant des semaines. C'est simple, le tuyau d'eau de mon évier (je n'avais que l'eau froide et pas de salle de bains) avait gelé ! Bref, on se caillait, mais la vie ne s'arrêtait pas soudainement parce qu'il faisait froid.
Comment se fait-il que dans ce monde technologique d'aujourd'hui, le moindre aléa climatique devienne un drame ? Parce que si en janvier on vous fait le coup du : « Il fait froid, la vie s'arrête », l'été prochain, on vous fera celui de : « Il fait beau, restez chez vous, ne respirez pas l'ozone, arrosez vos vieux, donnez à boire aux bébés », et on vous contera l'horrible aventure des naufragés de l?A6 coincés dans des embouteillages polluants
sans même une bouteille d'eau pour se réhydrater, mais que font donc les Pouvoirs publics ?
Ben, les Pouvoirs publics, justement, on n'arrête pas, notamment en
campagne électorale de droite, de dire qu'il en faut moins. Il y aurait trop d'Etat, trop d'impôts, trop de fonctionnaires, trop d'agents dans les entreprises publiques dont il faudrait rapidement « dégraisser » les effectifs pour les rendre plus rentables avant de les privatiser. Trop de fonctionnaires nantis et paresseux, mais qu'on se dépêche d'appeler à l'aide dès qu'il y a problème? Allo, Etat, bobo !
Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! L'hiver seventies, dont je vous parle, les agents EDF nombreux (aujourd'hui on dirait « en sur effectifs ») dépannaient très rapidement les lignes enneigées et mettaient un point d'honneur à intervenir même en pleine nuit, certains renonçant même à leurs congés pour assurer « la continuité du service public ». Les services de la voirie dégageaient les routes en quelques heures avec la même conscience. Bref, le service public était un devoir sacré- je le sais, j'ai été fonctionnaire- qu'on a vidé de son sens à force de dénigrer la Fonction Publique et d'en réduire les effectifs, qui restent suffisants quand tout va bien, mais manquent cruellement dès qu'il se passe quelque chose d'aussi incroyable que de la neige en janvier !
Que voilà un bon sujet de réflexion avant que le redoux ne vous fasse oublier que les SDF hébergés, le bébé à 39° de fièvre soigné aux urgences à minuit, les trains qui arrivent à l'heure (majoritaires) et le courrier dans votre boîte à lettres sont aussi l'oeuvre de ces feignants d'agents de l'Etat.
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