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Jeudi 31 mai 2007

Vu le documentaire « La cuisine des sondages » : le réalisateur a suivi le travail de l’Institut Ipsos entre octobre 2006 et mai 2007. Des moments drôlissimes, quand pour rentabiliser le travail des enquêteurs, on demande simultanément au quidam pour qui il pense voter au premier tour et s’il lui est arrivé d’utiliser des sex toys pour augmenter son plaisir. J’ai demandé à  Pierre Giacometti, directeur d’Ipsos, si la préférence électorale pouvait se corréler au comportement érotique. Il a eu l’air troublé par la question, il ne savait pasJ Moment surprenant, celui où les responsables d’études redressent les résultats en fonction d’équations étonnantes qui mêlent précision arithmétique, pifométrie évidente et intuition, avec un bon résultat cette année, et les erreurs que l’on sait en 2002 et en 2005 pour le référendum sur l’Europe.  

 

La vraie question, n’est cependant pas celle de la précision ou de l’exactitude des sondages, mais celle de leur rôle. La main sur le cœur, les instituts vous assurent que les sondages n’influencent en aucune manière les citoyens. Cependant, quand CSA a présenté François Bayrou à 24% (+7% par rapport au sondage précédent), les autres Instituts ont vu aussitôt la cote de FB monter. Non pas parce qu’ils ont bidouillé leurs chiffres pour imiter leur concurrent, non. Tout simplement parce que ce sondage avait influencé les électeurs.  La réponse « mais non, ça n’influence pas les électeurs, ils sont libres », me fait penser aux publicitaires jurant leurs grands dieux que la pub pour les cigarettes ou le coca ne pousse pas les consommateurs vers la malbouffe. 

Démonstration inverse : l’Institut français d’Education pour la Santé voulait faire des spots pour apprendre aux français à mieux se nourrir. L’ANIA, qui regroupe les industriels de l’agro-alimentaire, s’y est opposée par une lettre comminatoire, estimant que ces spots pourraient porter préjudice aux produits agro-alimentaires. (aveu flagrant au passage qu’ils sont incompatibles avec une nourriture équilibrée !!!)  Aveu aussi que la pub influence, puisque même les spots modestes de l’INPES sont redoutés. Que dire des spots brillants et coûteux de la vraie pub, celle des multinationales genre Nestlé dont je vous parlais récemment ?   

D’ailleurs, soyons sérieux : si la pub n’influençait pas les consommateurs, pourquoi diable les industriels dépenseraient-ils des milliards en publicité ? 

Si les sondages n’influençaient pas les votes, pourquoi diable les candidats en commanderaient-ils en permanence, au prix où c’est ? (de 5000 à 50 000 euros selon le type d’enquête).

Et c’est là que pèche la démocratie, car de l’aveu même des Instituts, seuls les candidats soutenus par de gros partis, avec de gros moyens, sont leurs clients, les autres n’ont pas les moyens.

Dans le cadre de l'aide aux petits candidats, j'ai donc choisi de faire de la pub, gratuite, à celui-ci qui a une bonne bouille.

L’élection fonctionne alors sur le même principe que la pub : matraquage et occupation du terrain. Le problème est que ça ne prouve pas que le produit soit bon, mais juste qu’il est bien marketé. Conclusion de Giacometti : « Vous savez, en France, on reste raisonnable. Aux Etats-Unis, il y a longtemps que la politique n’est que du marketing. »  Ben justement, c’est bien inquiétant quand on voit le résultat

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Jeudi 31 mai 2007

« Les riches vivent dans le luxe. Les pauvres vivent dans des banlieues tristes. Ils se fournissent dans des magasins pour pauvres où ils trouvent de la confiture Vitrac, de la viande sous cellophane… des pâtes, du riz, des patates, des souliers en carton et des pulls en synthétique. Il existe pour eux tout un système de distribution...  Bien sûr, leurs enfants ne connaîtront jamais le goût des confitures faites comme dans le bon vieux temps de chez Fauchon, du saumon de chez Petrossian, du chocolat fin… 

Les riches, eux, se divisent en deux catégories. Ceux qui sont vraiment riches. Il n’y en a pas beaucoup . Ceux qui font semblant d’être riches : il y en a pas mal. C’est ceux là qui dépensent le plus…  Ils sont médecins cadres, publicistes, commerçants, dentistes, avocats, négociants, scénaristes, hôteliers, ingénieurs, journalistes…. Ils ne travaillent que pour dépenser, à la différence des vrais riches qui ne travaillent que pour garder ce qu’ils ont. 

Comme pour les pauvres, un réseau de distribution s’est créé pour eux, scientifiquement étudié pour leur donner l’illusion qu’ils sont aussi riches que les riches. Pour cela, il suffit de posséder des objets bien reconnaissables… une montre de chez Cartier… un sac Hermès, des bagages Vuitton, une odeur de chez Guerlain… Toutes les grandes maisons ont leurs articles destinés à cette clientèle affamée de standing. Hermès vendra sans doute 1000 agendas et des milliers de foulards pour un nécessaire de voyage en cuir gros comme une caisse à outils, destiné à une richissime américaine du  Sud. Mais les milliers de propriétaires de l’agenda et des foulards se sentiront quelques chose en commun avec la vieille nabab.  

 

Le même mécanisme subtil a introduit le whisky dans les HLM. C’est le snobisme. 

Mais le snobisme froidement utilisé pour vendre en quantité industrielle ce qui était réservé à une élite. Les marques s’affichent sur les vêtements… mais il n’y a pas que les fringues ou les bijoux. Il y a le culturel, les voyages, les endroits à la mode, la bouffe, les spectacles qu’il faut avoir vus, les objets gags qu’il faut avoir chez soi pour prouver qu’on a de l’humour…

Bien sûr, quelques-uns s’échappent vers les bergeries, le filage de la laine ou la méditation. Mais le gros du troupeau est là, inquiet, touché par le chômage, se demandant de quoi demain sera fait car l’argent est de plus en plus rare, les objets de plus en plus chers, les riches de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. »  

 

Ce texte a été écrit par Wolinski dans la Gueule Ouverte (hebdo écologique)… en 1977. Il pourrait quasiment être publié tel quel aujourd’hui. Les bobos de gauche et les snobs de droite ne sont guère différents. 

C’est pourquoi le « changement » dont on nous abreuve me laisse bien sceptique. Changer, c’est un travail de réflexion beaucoup plus long et difficile que voter.

  

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Lectures
Mardi 29 mai 2007

 Depuis des années, un amoureux des livres, Jean-Louis Guérin organise des "cafés littéraires" pour le plaisir de faire se rencontrer auteurs et lecteurs (trices) au Café de la mairie, 8 place Saint-Sulpice, Paris 6è.

Il m'a demandé d'animer le prochain café sur le thème de l'écriture érotique, mardi 5 juin à partir de 20h30.

Au programme: causerie sur l'écriture érotique, pourquoi, comment, ce qu'elle apporte, ce qu'elle représente.

Lecture de textes par le comédien Pascal Massix, et dédicaces de livres. Tout le monde est bienvenu, ça se passe au 1er étage du café dans une ambiance généralement détendue et joyeuse. Je serai ravie de vous y rencontrer.

par Françoise Simpère publié dans : Publications
Dimanche 27 mai 2007

Une envie toute simple: que les amis qui me disent "c'est sympa d'appeler, je pensais justement à toi" me téléphonent les premiers, que celles et ceux qui soupirent: "Faut qu'on se voit, dès que j'ai une minute", trouvent la minute. Que ceux qui se plaignent: "Je mène une vie de con, je n'arrive plus à voir mes amis" décident de ne plus mener cette vie là. Les journées sont de 24h pour tout le monde, mais le nombre de journées qui nous échoient reste inconnu. Un jour, il y a presque 25 ans de cela, j'ai croisé le desinateur Reiser dans le métro: on s'est sauté au cou, il m'a dit " Faut qu'on se voie, on s'appelle?" et on s'est promis de s'appeler. Et puis les jours ont passé, on avait le temps, nous étions jeunes tous les deux... En novembre, à un kiosque, la couverture de Charlie-Hebdo m'a sauté au visage: "Reiser est allé à pied au cimetière". Le cancer des os, ça vous lamine un garçon au regard incroyable en 6 mois. Depuis, quand je pense à quelqu'un, je l'appelle. Pour rien, pas pour lui demander quelque chose, juste pour avoir des nouvelles et décider de se voir tel jour. Pour rire ensemble plutôt que d'apporter des fleurs le jour de l'enterrement. Mais j'aimerais bien n'être pas toujours la première à appeler.

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Samedi 26 mai 2007

Pour mincir, au lieu de faire un régime, allez voir « We feed the world », ça vous coupera l’appétit pour un moment. Ce documentaire un peu scolaire n’est pas un chef d’œuvre artistique. Cependant, on y découvre plein de choses édifiantes sur l’industrie agro-alimentaire.  Comment le Brésil, très gros producteur de céréales, les exporte quasiment toutes pour nourrir le bétail des pays riches, tandis que les pay sans brésiliens du Nord-Est crèvent de faim. On apprend aussi comment reconnaître un bon poisson et un poisson de pêche industrielle tout mou à l’intérieur, et la différence entre les semences hybrides et les semences naturelles sur le goût des légumes. 

La séquence volaillère, quant à elle, crée un vrai malaise. Bien sûr, je sais qu’il faut tuer les animaux avant de les manger ! Ce qui est glaçant, ce sont ces poussins entassés par milliers dans des cageots de fer, ces milliers de poulets déversés sur la chaîne d’abattage qu’ils tentent en vain de fuir, avant de réapparaître morts, suspendus à un crochet, puis morts plumés et les pattes coupées, puis encore plus loin sous forme de morceaux sous cellophane. Le malaise vient de cette industrialisation de la mise à mort, envisageable uniquement parce qu’on traite le poulet comme un objet et non un être vivant. Remplaçons les animaux par des êtres humains, on obtient la traite des noirs convoyés comme des marchandises dans des cales de navires, ou la déportation des juifs entassés dans des wagons à bestiaux.  A partir du moment où on tue massivement, la rationalisation indispensable de la mise à mort gomme l’ humanité. 

On entend alors le PDG de Nestlé, bronzé et propre sur lui, expliquer sans aucun état d’âme que « les ONG ont une position extrême en pensant que l’accès à l’eau doit être un droit pour chaque être humain. » Pour ce PDG, l’eau est une marchandise qui a un coût et qu’il convient donc de PRIVATISER.  La privatisation, explique t-il doctement, permettrait de faire de gros profits, de créer des emplois et même, une fois payés les actionnaires, de financer des actions humanitaires envers les plus pauvres qui manquent d’eau.  La fin du film est froide comme une armoire de congélation industrielle. Le PDG sourit : « Tout de même, nous n’avons jamais été aussi heureux ni aussi riches, nous vivons très longtemps, nous sommes en bonne santé… et nous aurions des états d’âme ! » Après les images de famine au Brésil, de pauvreté en Roumanie,  ce « nous » pluriel semble bien singulier… Le PDG montre un film d’entreprise : « Regardez nos usines comme elles sont belles, entièrement automatisées… avec presque pas de personnel. » Un monde rien que pour lui, en somme. Comme me disait un ami : « Pourquoi voudrais-tu que les riches et les hommes de pouvoir aient envie de changer un monde qui leur a si

bien réussi?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Deux milliards d’ hommes vivent avec moins de un dollar par jour, tandis que les européens dépensent 2,5 € par jour et par vache !

 

par Françoise Simpère publié dans : Images
 

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