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Vendredi 31 août 2007

Contribution aux commémorations du 10è anniversaire. Pas de fleurs sur la flamme du Pont de l’Alma, pas de souvenirs éplorés, mais un test genre magazine féminin : 

« Etes-vous plutôt Camilla ou Diana ? »   

Côté Diana la jeunesse, la beauté, l’élégance, la princesse qui épouse le Prince Charmant, tous les ingrédients du conte de fées. Avec, bien évidemment, une fin tragique, c’est le lot de toutes les grandes histoires d’amour. Roméo et Juliette, Paul et Virginie, Ariane et Solal, tous ont la même destinée : beau prince, charmante princesse, union miraculeuse et fragile qui s’achève dans la mort …Icône figée dans un sourire qui jamais ne se ridera. 

Côté Camilla une femme ni belle ni laide mais sympa, une allure de girl-scout capable de pique-niquer de saucisses grillées dans un pré d'Ecosse trempé par la pluie ou de grimper à cheval avec un talent certain et une gaieté communicative. Une femme énergique et sensuelle. Si sensuelle qu’elle gagne peu à peu le corps et le cœur du Prince. Si énergique qu’elle lui donne la force qui lui manque. Si aimante qu’il y panse ses blessures d’enfance. Si discrète que jamais elle n’a tiré avantage de cette situation exceptionnelle. Sûre d’elle, de ses désirs et de ce qu’elle refuse, entre autres se soumettre au protocole de la cour. Elle veut Charles , elle ne veut pas devenir reine. 

Au bout du compte, cet amour commencé comme une liaison sans avenir, s’achève dans le cœur après plus de 30 ans: à la raison d’Etat le Prince a opposé la partie « non négociable de sa vie » son droit à choisir celle qu’il aime et qui l’aime non comme un Prince mais comme un homme, y compris un homme vieillissant. Ces deux là s’adorent et ont dû vivre ensemble des plaisirs bien terriens, bien  charnels pour qu’ils leur donnent le courage de s’opposer à l’establishment. Ils ont préservé leur histoire malgré les lazzi, les cruautés des tabloïds et la vindicte populaire. Au passage, saluons le fair-play du major Parker Bowles, époux de Camilla durant des années, qui sut tirer avec élégance son épingle d’un jeu où il aurait pu se sentir ridicule. 

Au test, je choisis sans hésiter « Camilla » :  pour l’intelligence qu’elle a mis à tisser son bonheur, pour son refus d’être l’épouse soumise du jeune Charles lorsqu’il lui a demandé sa main, pour sa solidité face aux attaques mesquines,  pour sa liberté d’esprit, en somme, nullement incompatible avec un amour qui a de quoi, finalement, faire rêver toutes les femmes du monde parce qu’il se joue de l’âge et de la beauté.   Encore que... je ne la trouve pas si mal, Camilla :)

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Jeudi 30 août 2007

Je reçois une proposition d’abonnement à Charlie-Hebdo, avec réduction de 23%  pour fêter les 15 ans du journal 1992/2007 et je suis outrée (vive Zoutrée ! dirait Pierre Dac)  

 

J’ai connu toute l’équipe de Charlie-Hebdo  en 1973/74 et ai assisté à moult réunions de bouclage du temps où ce journal savait œuvrer dans la créativité, l’insolence et la bonne humeur. Ca travaillait dur jusqu’à ce que le dessin de couverture soit trouvé : « Je crois qu’on le tient » disait rituellement Cavanna. Ensuite, place à la fête : saucisson, vin  rouge, fromages, ripailles diverses, les jeunes filles en fleur comme moi étaient courtisées avec gentillesse et paillardise. Je me souviens d’une immense tarte aux fraises qu’ils avaient commandée (surprise) pour mon anniversaire, et sur laquelle ils m’avaient assise, avec l’intention évidente de savourer fraises et chantilly là où elles se trouvaient alors J  

Je me souviens du Pr Choron me disant « tu bois trop », et alors que je le plaisantais sur le thème « c’est l’hôpital qui se moque de la charité » compte tenu de sa capacité à picoler, il m’avait répondu : « J’ai 50 ans, je peux abuser à mon âge, mais toi tu en as 20. Si tu continues comme ça, tu seras hideuse à 50 ans. » C’est drôle, mais cet homme m’a sans doute incitée à mieux gérer mes excès, lui qui en faisait tant, et c’est sans doute grâce à lui qu’il y a cinq ans, au Salon du Livre, j’ai croisé Cavanna qui m’a dit : « Le temps est galant avec toi »… Jolie expression, galante aussi. 

Je me souviens évidemment de Gébé, si talentueux, si discret, si sensible et génial dans sa capacité à saisir les détails infimes de l’existence et à en traduire la merveilles ou l’absurdité. Gébé, avec qui j’ai déjeuné chaque année jusqu’à sa mort et qui me disait sa tristesse de voir le nouveau Charlie devenu une entreprise où des « notes de service » ordonnaient à chacun ce qu’il devait faire alors qu’autrefois on se disait les choses en face, tout simplement. 

L’existence du Charlie d’aujourd’hui est bienvenue, certes, dans un paysage de presse sans intérêt. Mais à mon goût il se prend trop au sérieux, il a perdu l’activisme joyeux qui fait les révoltes efficaces. Son insolence est faite de mots plus que d’actes.

 

 

Sa pire insolence ? Cette note : « 1992/2007 Charlie a 15 ans », qui gomme toutes les années des fondateurs/créateurs du journal, qui gomme les seventies exactement comme Nicolas Sarkozy veut faire table rase de mai 68.

 Alzheimer ou quoi, Philippe Val? Il a oublié qu'il a signé un livre intitulé: les années Charlie: 1969/ 2004

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Mercredi 29 août 2007

Plongée dans des archives familiales, j’ai retrouvé des coupures de presse datant de 1964- il y a 43 ans !- où des députés s’interrogent sur l’utilité de l’aide au Tiers-monde tandis que d’autres estiment que cette aide est indispensable pour empêcher le déferlement dans les pays nantis de deux milliards d’affamés. 

D’autres penseurs s’interrogent sur le choc des cultures et l’opportunité d’imposer à tous le modèle occidental de développement.  

Les mêmes questions, toujours sans réponse, que l’on pose aujourd’hui .  

 

Autre archive: 1969, il y a 38 ans, autre écho familier : l’eau est un bien à préserver, les ressources forestières s’épuisent, cette gestion désordonnée nous mènera au désastre. Les mêmes questions, et toujours aucune action vraiment résolue pour limiter ces risques écologiques. 

« L’homme n’est pas un animal monogame. Si choquant que cela puisse paraître, je dirai qu’on peut aimer à la fois plusieurs personnes avec une tendresse à peu près égale… la fidélité absolue n’est pas dans la nature humaine. » Georges-Anquetil, 1922, il y a 85 ans, dans un livre intitulé « Essai sur le mariage polygamique de demain, qui a connu 573 éditions !

Les mêmes questions agitent aujourd’hui de multiples sites libertins sur le Net. (avec une nuance essentielle pour les femmes: l’homme a été remplacé par « l’être humain » dans sa revendication d’amours plurielles)  

 

Sommes-nous donc très doués pour poser les bonnes questions mais trop conservateurs pour y apporter des réponses qui risqueraient de modifier le statu quo ? Comme on dit à la campagne  : « Grand diseux, petit faiseux ». 

Ou alors pense t-on que la meilleure façon de supprimer un problème est de n’y apporter aucune réponse, ce qui a assez bien réussi jusqu’ici. ?  

 

Mais dans ce cas, jusqu’où ira-t-on ? Quand se passera le Big bang qui imprimera dans le cerveau humain une programmation différente de celle qu’il utilise depuis vingt siècles pour répéter les mêmes erreurs ? 

La crise du pétrole n’y suffira pas. L’homme peut se passer de pétrole, il l’a fait pendant 19 siècles.  La prochaine crise, celle de l’eau, sera plus cruciale : sans eau, on ne survit que quelques jours. Avec trop d’eau , on meurt : les moussons, cyclones et inondations de cet été l’ont montré. Peut-être que la planète en furie obligera enfin les humains à apporter des réponses en actes à leurs interrogations récurrentes. 

Mais peut-on y croire encore alors que tout se passe comme si tout le monde savait que le désastre est inévitable et que personne n’y croyait vraiment?  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : CHANGER
Samedi 25 août 2007

Entendu récemment un commentateur dire à propos des opposants aux OGM  : « C’est curieux comme en France on refuse le progrès. » Quel progrès ? En quoi les OGM sont-il un progrès, en quoi améliorent-ils la vie des gens, alors qu’ils suscitent bien des réserves :

 

 

Les inconnues sur leur impact environnemental, l’absence de contrôle de la contamination par les OGM des cultures bio ou traditionnelles, les risques éventuels pour la santé, le coût de cette technologie, le risque d’augmenter la pollution par les pesticides : quand un OGM est résistant à un herbicide, cela signifie que le paysan peut traiter larga manu ses mauvaises herbes  sans crainte d’abîmer son maïs ou son soja. Vous pensez bien qu’il va être heureux de gagner du temps en vaporisant à tout va !

 

 

 

 

Autre raison  de refuser les OGM  : il existe des espèces naturellement résistantes aux parasites ou à la sécheresse, qu’on devrait utiliser pour préserver la biodiversité au lieu de l’appauvrir. Enfin, argument majeur : les OGM sont une appropriation du vivant. Les sociétés qui possèdent les brevets ont seules le droit de vendre des semences (il est interdit aux agriculteurs de se fournir en-dehors de leurs catalogues, et ce monopole concerne les semences hybrides comme les OGM ) Elles peuvent fixer les prix, organiser la pénurie et donc affamer ou ruiner qui elles veulent, quand elles veulent. La faim est une arme de guerre, d’autant plus préoccupante quand on connaît les liens étroits entre notamment le président Bush et Monsanto.

 

 

Il y a dix ans, j’avais écrit un papier dans AVANTAGES intitulé « Dix raisons de dire non aux OGM  » où je détaillais ces arguments. .  Mon papier n’avait pas plu. La chargée de com’ de Monsanto m’avait conviée à déjeuner pour me demander d’écrire un autre article en faveur des OGM . Je l’avais écoutée gentiment, lui avais expliqué mes raisons, puis proposé : « Trouvez-moi un argument, un seul, prouvant que les OGM sont bénéfiques pour les consommateurs, et je vous promets de le diffuser dans le magazine sans états d’âme. Je ne suis mariée ni à Monsanto, ni aux anti- OGM , je suis journaliste. »

 

 

La jeune femme avait réfléchi puis soupiré : « Je ne trouve pas. Vous avez raison, c’est intéressant pour les semenciers, pour les financiers, mais aucunement pour les consommateurs. » Elle m’avait demandé de ne pas ébruiter cette phrase : « Je ne voudrais pas perdre mon boulot ». Mais aujourd’hui, elle travaille ailleurs.

 

 

par Françoise Simpère publié dans : CHANGER
Jeudi 23 août 2007

Ca se discute,  l’Arène de France, et d’une façon générale toutes les émissions de plateau fonctionnent sur le même schéma : une question, et des intervenants « pour » ou « contre ».  Sur le mode « Faut-il… ne faut-il pas ? »

 

 

Faut-il avoir peur des pédophiles, faut-il investir dans l’immobilier, faut-il croire à l’amour, réformer l’éducation nationale, interdire la prostitution, expulser les immigrés …  En deux temps, trois mouvements- sur certaines émissions particulièrement peuplées, chaque intervenant dispose d’environ deux minutes trente pour trancher - on demande de prendre position et de dire la norme, qu’elle soit classique ou iconoclaste, mais surtout d’asséner une réponse !

Lundi dernier, on m’a demandé de répondre en deux minutes à la question « Pour ou contre la distinction entre jouissance clitoridienne  et  vaginale ? » l’essentiel étant de choisir entre les deux. Ma première réaction, vous vous en doutez a été de dire « Pourquoi choisir quand les deux existent et se complètent si bien ? »

Mais non, il fallait prendre position, c’est le cas de le dire, et c’est en pensant aux positions que j’ai opté pour la clitoridienne, plus commode à mettre en œuvre partout, discrètement au bureau si on ne tape que d’une main sur son clavier d’ordinateur, au restaurant sous la nappe,  dans le métro contre la barre centrale, j’en passe et de plus osées J .  La clitoridienne a aussi l’avantage de permettre de jouer avec des hommes réfractaires à la capote ou des hommes à la virilité défaillante mais plein de doigté.».  Elle est aussi l’amie des vibromasseurs ( le terme sex-toy m’insupporte, osons dire gode et vibro), la camarade des ébats saphiques.

 

 

D'ailleurs, pourquoi choisir ???? Je veux le beurre, l’argent du beurre et le cul du crémier,  le menu fromage ET dessert,  et même, comble de l’ambition, plaisir ET tendresse, jouissance ET caresses. Bref, on n’est pas des bêtes ni des ordinateurs en mode OU/OU.  Et s’il est si difficile de trancher (aïe !)  cette question simple, imaginez combien les grands débats de société précités mériteraient un traitement plus nuancé que les sempiternels « Faut-il… ne faut-il pas. »

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
 

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