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Jeudi 30 novembre 2006

Réapprendre la grammaire, c’est essentiel. Si ce qu’on conçoit bien s’énonce clairement, ce qu’on énonce clairement a été en général bien conçu. La « langue de bois » en politique est souvent le cercueil d’une réflexion inaboutie ! 

Mais outre la grammaire, il faut réapprendre la ponctuation qui donne du souffle à la pensée et permet de s’apercevoir que les mêmes mots, écrits dans le même ordre, peuvent signifier deux choses opposées. 

EXEMPLE: 

« Sarkozy, dit Dominique de Villepin, est un imbécile. »  est l’inverse de  

Sarkozy dit : « Dominique de Villepin est un imbécile. »  

 

CQFD

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Jeudi 30 novembre 2006

Avec un ami grec, nous parlions un jour de la différence entre amitié, intimité, sexualité, complicité, connivence. Souvent, je suis davantage comblée par l'intimité que par le plaisir (par intimité, j'entends cette impression, avec de très rares personnes, d'être là où je dois être, comme une éblouissante évidence qui n'a pas besoin de mots pour se définir). Le désir me transporte mais peut aussi être douloureux. Les amis sont indispensables, mais la solitude, si décriée, donne aussi une grande sérénité (notamment en regardant la mer dans une odeur d'Hélichryse italienne, cette fleur si odorante des rivages méditerranéens).  Dans l'écriture aussi, je trouve la plénitude.

Je crois de plus en plus que ce n'est pas une personne ou un modèle de vie qui peuvent combler, mais plusieurs, vu la diversité et la complexité de nos personnalités, de nos existences. Les schémas affectifs sont là pour rassurer, mais la réalité de l'affectif, elle, n'est pas rassurante pour deux sous : c'est d'ailleurs ce qui en fait la richesse, la souffrance et aussi les joies.

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Lundi 27 novembre 2006

Débordée, je n’avais pas envie de faire de post aujourd’hui, mais j’ai un coup de colère, là : passant à la Gare Montparnasse, j’avise dans la vitrine d’un Relay, donc particulièrement mis en valeur, un DVD dont je ne vous dirai pas le titre pour ne pas lui faire de pub, mais présenté comme un film « culte » en ces termes (« culte », aujourd’hui, ça veut dire qu’on cherche à vendre aux jeunes) :

 Violent, excessif, pervers 

La torture ? Une jouissance

La violence ? Un plaisir. 

Alors merde, et je pèse mes mots. Alors qu’on nous bassine avec l’insécurité et la violence, on présente cette dernière comme un plaisir, on la donne en exemple ? 

Je croyais que l’incitation à la violence (et a fortiori à la torture) était un délit ? 

Quand je pense qu’on a dérangé un procureur de la République pour quatre mômes de 5 ans se tripatouillant à la récré, quand je pense qu’une bite en érection en couverture d’un magazine fait scandale alors que ça n’a jamais tué personne (sous réserves de capote, of course), je me dis qu’on déraille, là.

 Est-ce que je vais être la seule à m’indigner ? Dites moi que non !!! 

SEGO, SARKO laissez nos petites culottes tranquilles et occupez-vous des gens qui gagnent du fric en exaltant les instincts les plus dangereux, les plus mortels. (je leur demande à eux, mais ça vaut pour les autres candidat(e)s).

Chat perplexe devant le cynisme et la bêtise des humains

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Dimanche 26 novembre 2006

Hier, vu « Shortbus » avec un ami. Plus profond que la « comédie de sexe libérée et légère » décrites par certains critiques.

Oui, le sexe y est libre, en ce sens qu’il est montré tel qu’il est, sans aucune connotation morale ou esthétique. Léger, pas tant que ça.  Tout simplement parce que le sexe, même libre et joyeux, est toujours signifiant, jamais anodin (à mon avis, et apparemment à celui du réalisateur). Il y a de beaux moments « Peace and Love" dans ce film. Comme dit la tenancière du club « Shortbus », créature  masculo-féminine avec un charme fou et une voix à mouiller toutes les petites culottes: « On dirait les années soixante, l’espoir en moins ». 

En sortant, mon pote, toujours assez compassionnel me dit : « Il y a quand même de la souffrance dans ce film. - Non, pas de la souffrance, des interrogations.  – Ben justement, ils ne sont pas heureux. –  Pas totalement, et c’est là l’intérêt du film : montrer que le sexe, si libre soit-il, et l’amour (car  certains des personnages s’aiment très fort) ne suffit pas au bonheur, ne supprime pas les interrogations.  Le bonheur, peut-être, c’est en soi qu’il faut le trouver. – Et alors, me dit-il, qu’est-ce qui te rend heureuse ? – Moi? Ma curiosité, qui me fait me réveiller chaque matin avec un pétillement au coeur, parce que même dans des journées apparemment ordinaires, il y a toujours quelque chose à apprendre »

"Shortbus » m’a aussi confirmé  ce que je savais : voir des hommes s’aimer me trouble profondément. Il y a dans l'homosexualité masculine (la féminine aussi, sans doute, mais je préfère le corps des hommes) une gourmandise, une absence de tabous et de dégoûts, un goût du jeu, une sensualité et une tendresse qui sont tout ce que j’aime dans le sexe.  Même si certains hétéros étaient fort beaux dans leurs ébats, aucun ne m’a troublée comme les trois hommes ensemble.

Autre scène forte : le baiser échangé entre le jeune homo et le vieux maire de New York après une longue conversation où tous deux ont les larmes aux yeux. Un baiser entre un jeune et un vieux, a fortiori du même sexe, c’est sans doute le tabou le plus fort... 

Dans la collection que je dirige ( coll. SENSO, éditions BLANCHE)  un seul titre « Avoir du plaisir à tout âge » a du mal à décoller. Parce qu’il parle de sexe et de plaisir chez les personnes âgées. C’est un bon livre, Jacques Labescat, l’auteur, en parle très bien, tous les directeurs de maisons de retraite savent que les vieux et les vieilles ont des désirs qu’ils ne subliment ni dans le tricot ni dans la lecture, mais c’est ainsi : c’est le dernier tabou.

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Dimanche 26 novembre 2006

Ca me gonfle quand j’entends « Il faut remettre la France au travail » (côté Sarkozy), ou « Ségolène a gagné parce qu’elle a osé parler de la valeur travail pas souvent défendue par la gauche » (sur LCP), ou « Ils travaillent jour et nuit ces chinois… Il faut arrêter cette décadence du travail chez nous. » (Bernadette Chirac.) En gros, ces gens accréditent l’idée que les français sont des flemmards. Les chômeurs qui cherchent du travail apprécieront...

Par ailleurs, soyons clairs : le travail est une valeur lorsqu’il épanouit l’individu: 

Soit parce qu’il est correctement payé. 

Soit parce qu’il le valorise (notoriété, célébrité, autorité…) 

Soit parce qu’il est passionnant. 

Soit plusieurs de ces facteurs.

Par contre, un travail mal payé, peu valorisant et/ou inintéressant n’a rien d’épanouissant.

Or c’est tout de même ce qu’on propose à de plus en plus de gens, du « zy-va » sans diplôme au quadragénaire licencié en passant par des bac+2 à +7, payés de 0 à 300 € par mois pour un travail tout ce qu’il y a de réel.  

Qui donc ne reconnaît plus la valeur travail, qui contredit l’adage « toute peine mérite salaire » ? Les employeurs qui considèrent les salaires et les cotisations y afférentes comme des « charges » (alors qu’il s’agit d’un simple échange: tu travailles et je te paie) et les décideurs politiques qui veulent encore « baisser le coût du travail. » 

Comme disait Jean-Pierre Mocky à propos de son prochain film sur ce sujet: « D’un côté 3 millions de chômeurs, de l’autre 12 millions de bénévoles qui travaillent gratuitement,  cherchez l’erreur. »  

 

Ce n’est pas le travail, ni l’envie de travailler qui ont disparu, c’est l’envie de payer le travail qui a disparu. 

La preuve : les délocalisations vers les pays où les salaires sont les plus bas. S’extasier devant la croissance économique de la Chine qui se fait au prix de misères, famille s déplacées, pollutions, urbanisation désordonnée, suicides (le plus fort taux du monde) exécutions, spéculations financières périlleuses pour les économies du monde entier…  est quasiment une perversion.

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
 

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