JOUER AU MONDE

 

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Jeudi 29 novembre 2007

J’ai reçu un jour une lettre virulente d’une femme persuadée que j’étais la maîtresse de son mari. Elle avait trouvé dans ses affaires un de mes livres, dédicacé. « Tu la connais ? » Oui,  on se voyait pour raisons professionnelles et, ayant acheté un de mes livres, il m’avait demandé de le lui dédicacer un jour que nous prenions un verre.  Dédicace en l’occurrence très neutre … Nous avions discuté d’érotisme, puis pris congé. Mais au lieu de raconter ces faits tout simples à sa femme, le mari honteux (de quoi) et confus (pourquoi ?) bredouilla, s’emmêla, bégaya et finit par lancer : « Ne te fais aucun souci, de toutes façons c’est un thon ».   

Le hasard voulut que cette jeune femme me vit lors d’une émission télévisée, et constata que  pour un thon j’avais encore de beaux filets. En conclut que si son mari lui avait menti, c’est qu’il y avait forcément anguille sous roche (cette histoire sent décidément le poisson)  et que moi, perverse diablesse, j’avais forcément capturé le malheureux dans mes griffes perverses. Je vous passe les mille et une malédictions que m’adressait cette dame. 

Eberluée, attristée aussi d’une telle diatribe, je lui répondis en lui expo sant l’exacte teneur de mes relations avec son légitime, précisant que vivant dans un foyer délicieux où je conjuguais rare tendresse et totale liberté, je ne convoitais aucunement celui des autres et n’avais par ailleurs aucune envie de relation amoureuse avec un homme-le sien- trop occupé pour s’offrir autre chose qu’une sauterie sans âme entre deux rendez-vous.  Je terminais en lui demandant si elle était plus affectée par l’idée que je pouvais être la maîtresse de son mari- en ce cas je pouvais la rassurer : il n’en était rien, ou affectée de découvrir que je n’étais pas un thon : en ce cas, elle devait s’interroger sur sa confiance en elle et sur les raisons qui avaient poussé son mari à lui asséner ce bobard. 

La dame me répondit fort gentiment, s’excusa de sa violence, fût rassurée et, j’imagine, en profita pour régler ce qu’il fallait avec son compagnon. (à qui, dans l’intervalle, j’avais vertement reproché sa goujaterie…) 

Les hommes sont bizarres… Aux dires de certains, un dîner avec moi, une carte postale « Bonjour de Grèce, la mer est bonne, l’ouzo aussi », voire un simple texto professionnel de ma part seraient de nature, si « elle » savait, à bouleverser leur compagne, briser leur couple, et attirer sur leurs têtes de mâles les pires ennuis : « Tu comprends, comme tu écris des livres érotiques, elle se méfie forcément!  »  « Bon Dieu, mais c’est bien sûr : une écrivaine érotique ne peut que sauter sur tout ce qui bouge !  Si j’écrivais des romans policiers, ta compagne penserait-elle que je passe mon temps à braquer des banques ? » 

Et surtout : est-ce que ça t’écorcherait la langue de dire que tu me connais, que nous sommes amis , que ça n’a rien de honteux et que je ne viole pas tous les hommes qui passent à ma portée ? 

Quant à ceux qui pratiquent l’adultère coupable- je veux dire qui lutinent mais tiennent au secret, ce qui est fréquent et concevable-  qu’ils assument leur double jeu avec élégance et gèrent eux-mêmes leurs relations conjugales sans en faire porter le poids à leur maîtresse.  Que leurs femmes sachent une bonne fois pour toutes que la majorité des maris adultères ne sont pas « tombés dans les rets » de créatures maléfiques… ils sont allés à la pêche sur Internet, dans la rue, ou dans des cafés, comme des grands.  En proposant l’œil allumé des jeux de grandes personnes à des femmes tout aussi adultes qu’eux.  Alors, qu’ils se conduisent ensuite comme des grands et non comme de petits garçons fautifs et assument leurs actes!  Quant aux épouses, qu’elles se rassurent : leurs maris ne sont pas si irrésistibles et les autres femmes ne rêvent pas toujours de leur voler.  

 

Même pour un simple emprunt, je reste très sélective J  

 

 

 

 

Thon de différentes années (1973/2007)

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Lundi 26 novembre 2007

Rangeant des papiers bancaires, je tombe sur une chemise cartonnée marquée PER, qui me rappelle que j’ai versé sur un Plan d’Epargne Retraite 300F par mois (environ 46 euros) de 1986 à 2006. Et maintenant, ça me rapporte quoi, ce truc qu’on m’a vendu en me disant : « Le journalisme, c’est précaire, constituez-vous donc un complément de revenus pour vos vieux jours. » ? 

J’interroge mon banquier. Galamment, il me fait remarquer que je suis trop jeune pour penser à la retraite, mais accepte de faire une simulation pour savoir ce que je toucherai à partir de 60 ans. Deux jours après il me dit, un poil honteux : « J’ose à peine vous le dire: votre rente s’élèvera à 57 euros par mois, calculée sur une espérance de vie de 83 ans. » (Celle des françaises actuellement.)  

En gros, si j'ai la chance de vivre jusqu'à 83 ans, je serai remboursée de mes cotisations, augmentées du loyer moyen de l’argent. !  Mon banquier tente de se justifier : « Les PER sont intéressants pour les déductions fiscales, pas pour la rente. » Pas de chance, celui-ci n’en bénéficiait pas. « Ca vaut le coup si vous l’ouvrez quand vous êtes jeune et cotisez longtemps ». Il se trouve que je l’ai ouvert jeune et que j’ai cotisé le maximum autorisé : 20 ans ! Je suis même estomaquée d’avoir songé à prendre un PER à une époque où je vivais comme une cigale.  « C’était un PER sans risques, donc sans gros rendement » tente ultimement le banquier. Aujourd’hui, nous avons des fonds de placement plus intéressants ». Du genre des fonds à risques basés sur les subprimes qui s’effondrent aux Etats-Unis, avec à la clé des milliers de retraités sans le sou ? 

Et puis, lui dis-je pour l’achever, quand vous me l’avez vendu, ce PER, vous m’aviez promis monts et merveilles et avenir douillet, non ? »

C’est la différence entre répartition et capitalisation. Avec une retraite par répartition, deux ou trois salariés et leurs patrons cotisent ensemble en ce moment pour une seule personne à la retraite. Avec la capitalisation, un travailleur épargne seul aujourd'hui pour sa retraite dans vingt ou trente ans, sans visibilité sur l’avenir. C'est plus risqué et moins intéressant. Comme quoi, la solidarité a du bon.

Idem pour les assurances privées par rapport à la sécurité sociale : aux Etats-Unis, si vous n’avez pas la "couverture maximum" finançant le traitement efficace pour votre cancer, on vous en fait un « adapté à votre contrat » mais pas forcément à votre cancer. (ça paraît dingue, mais c’est vrai). En France, la collectivité vous prend en charge et fait les comptes après.

" Vous trouvez les charges sociales élevées, dis-je à mon banquier,mais quand votre femme aura un cancer du sein ou votre fils un accident de voiture, vous serez rudement content qu’on les hospitalise sans leur demander leur carte de crédit. 

Ce chantre bancaire de l’économie libérale me prédisant l’inévitable privatisation des services publics cinq minutes plus tôt a reconnu, lorsque je lui ai parlé de sa femme et de son fils, que la solidarité nationale, somme toute, ça a du bon.   

Jusqu’ici, avec un sourire en coin et de fines allusions, il me prenait  pour une écrivaine vaguement érotomane. A présent, je suis à ses yeux une redoutable gauchiste. Pas grave, il y en a que ça excite. J

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                    Casterman/l'Internaute 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : CHANGER
Samedi 24 novembre 2007

photo Pierrick Bourgault

 

Ce moment où l'on se retrouve, longtemps après. On ne s'est pas quitté, il n'y a eu ni rupture, ni dispute, juste l'effilochage presque naturel d'une relation qui hésite entre routine et... rien. Tout, donc rien, plutôt que la routine, que l'habitude de se voir parce qu'il faut se voir. « Il faut que je l'appelle », phrase terrible. Donc, peu à peu on cesse d'appeler et on se perd de vue. On s'étonne de ne pas même en souffrir. 

Puis un jour on se croise par hasard. Coïncidence de calendrier, de lieu.  Ou vrai hasard. Mais est-ce le hasard qu'une foule anonyme un après-midi glacé d'hiver dans laquelle, tout à coup, se détache une silhouette?  Le coeur l'a vue avant les yeux, sinon comment expliquer son accélération soudaine? 

Deux sourires volent  au-dessus des arômes blonds d'un verre du soir,  goût fruité de raisin vert, excitant comme un baiser très longtemps désiré. Du bout de l'index, il dessine les contours de ses lèvres : « Je suis content de te voir ».  Elle lui caresse la joue.  Instant surprenant où se renouent des sensations familières après des semaines, des mois, des années. Il a changé, elle a changé. Premières strates. Au-dessous, un regard infrarouge infaillible détecte les strates d'avant, visage et voix, reconnaît la grâce d'un geste, le grain d'une peau. Déferlement d'images, que les plus intenses, comme des cartes postales amoureuses qu'on effeuillerait à toute vitesse pour revivre en trois minutes trois siècles de sensualité brûlante, joyeuse,  unique évidemment. Tous les amants ont vécu une aventure unique. 

Dans la chaleur de la chambre, bienvenue après le brouillard givrant du dehors, savourer du bout des doigts et à pleine bouche son désir, sans qu'il soit besoin d'en parler, sans qu'il soit besoin de le chercher : il est là,  tapi dans un coin de  mémoire, familier et nouveau à la fois.  S'enivrer d'odeurs, de goûts, de convoitise gourmande. Il a changé, elle aussi, mais leurs corps n'ont rien oublié.

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : EROS
Jeudi 22 novembre 2007

Occupée par un livre à écrire, j'ai pas trop le temps de rédiger ici. Heureusement, un pote réfugié au sud de la loire m'a envoyé la diatribe d'un des piliers de bar du bistro de son village. A lire avec l'accent du sud du Massif central et un chouïa de gros rouge dans la voix, genre rocaille:

Môssieur, les grèves, ça coûte cher, alors pourquoi pas les éviter ? Pourquoi prendre une position dictatoriale, du style:" nous ne céderons pas » sans rien négocier avant? C'est une déclaration de guerre ouverte. 

Supprimer les privilèges ! Ca c’est un concept qui excite la hargne du peuple.  Sauf que les privilèges qui coûtent à la France, ne sont pas ces histoires de retraites. C'est du pipo ! Bientôt on reprochera aux balayeurs le coût exorbitant des manches à balais. 

Combien ont coûté les déplacements du président et de ses ministres pour aller serrer la cuillère à l'autre bout de la France à la mère Michu qu'a perdu son mec dans un affreux règlement de compte, ou au chat de la voisine qui s'est pris un pot de fleur sur la tronche, combien ça a coûté Ernest? Seulement en un an, tu peux me le dire? Tout pour que le mec Président puisse montrer sa tronche compatissante au JT de 20 heures( et moi je te le dis il en a rien à foutre, mais rien du tout…) C'est la politique cinéma, comme papa Bush, le mensonge à l'état pur. M'étonne pas qu'ils soient potes!  

 

Des bouchons de plus de 500 kilomètres....Au moment où le prix du baril pète le plafond. Ce serait intéressant de calculer combien l’Etat a encaissé en taxes sur les carburants pendant les grèves. Pain béni pour son déficit ! Plus ça dure plus ça rapporte. Personne n'en parle, c’est tout de même pas innocent, merde alors! Autre calcul à faire: inventaire de tous les matériels volants, terrestres et maritimes, des voitures de fonction, en passant par les motards de la gendarmerie, voitures de promenades pour pervenches en mal de PV, camions des gardes mobiles, Crs, police nationale, police régionale, l'armée de métier et ses deux chevaux à chenilles, les tests AD N, les cameras en vue de nous protéger contre une invasion massive des luxembourgeois, ça coûte combien, tout ça ? 

Voilà ce qu’il faut : chiffrer les dépenses inutiles organisées par ceux qui nous gouvernent et cesser de faire porter le chapeau à ceux qui gaspillent l'eau en prenant une douche, contre l'énorme gaspillage de l'eau par l'agriculture ou l’industrie, notamment l'armement. A quand les vérités chiffrées? Pas celles diffusées sur les chaîne s de TV. LES VRAIS CHIFFRES. 

Ah putain tout ça me donne soif. Remets nous ça, patron! Les Français sont des veaux! De Gaulle l'avait bien dit. On devrait tous être en grève, même toi l'aubergiste, tu devrais, au nom de la France et de tous les Français, refuser de nous servir à boire! Pas vrai les gars? Bon d'accord, je vais me présenter aux élections.  Voilà mon programme : Les économies proposées touchent exclusivement la classe dirigeante: tous à bicyclette, aucun voyage en avion, on remplace les déplacements par les e-mails, les politiques payent leur bouffe, salaires coupés en deux, tous logés dans des HLM, ils vont chercher leur mômes à l'école à pied, et font la queue dans les grandes surfaces. Suppression de la moitié de l'arsenal militaire...On verra si ils continuent à aimer la France, ces enfoirés de mes deux!!

 

 photo empruntées à mon ami Pierrick Bourgault sur son site "Bars du monde", sans rapport avec le diatribeur des montagnes.

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
Mercredi 21 novembre 2007

Le numéro novembre/décembre du Nouveau Consommateur est paru. Avec toujours une foule d’infos sur comment acheter mieux, moins et meilleur. (ouaip, je viens de trouver ce slogan, je vais le vendre à mon vénéré rédac chef !) et comme c'estun numéro pré-Noël, on y parle même de chocolat super bon. Plus des interviews sympas de gens chaleureux. Plus des articles pour comprendre comment on en est arrivé à cette société à la fois si riche de biens et si pauvre en bien-être, pour ne pas dire bonheur. Quelques extraits : 

Page 20 : « Le mal-être au travail comme les catastrophes climatiques relèvent de la même logique : on sait que ce mode de vie est destructeur et pourtant on le poursuit. Car changer suppose de s’affranchir du conditionnement idéologique, psychologique et social. La seule question valable : « Dans quelle société avons-nous envie de vivre ? »  

Page 31 : IS GREEN SO BEAUTIFUL ? (est-ce que l’écologie est si belle ?) 

Green is beautiful… c’est le slogan qui déchire aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley où de nombreuses sociétés bossent à présent sur le « développement durable ». L’écologie prend la délicieuse couleur du dollar…

On roulera vert, on se chauffera vert, on mangera vert, on s’habillera vert, mais toujours autant. Green ne sera réellement beautiful que si que l’écologie instaure plus d’équilibre et d’harmonie. Pas une mode ou une nouvelle addiction, un autre mode de vie. Je laisserai le mot de la fin à un vieil oncle, découvrant Internet : « C’est extraordinaire tout ce qu’on y trouve ! Mais tant d’infos qu’on n’aura pas le temps de lire… tu ne crois pas que c’est trop, est-ce qu’on a besoin de tout ça ? » 

ET POUR FINIR SUR DU GROS : 

Page 10 : COMMENT LA BANQUE DE L’UNION EUROPEENNE FINANCE LE PILLAGE DE L’AFRIQUE 

La BEI est l’institution financière de l’Union Européenne. … En Afrique la BEI est censée intervenir en faveur du développement mais semble l’oublier : ces six dernières années elle a accordé plus de 600 millions d’euros à de grands projets miniers en Afrique, et pas un centime pour l’éducation ou la santé. 

Son unique critère : la rentabilité, sans prise en compte des impacts sociaux ou environnementaux du projet. L’économie africaine ne profite pas du développement de ce secteur, tandis que les populations en subissent les conséquences très lourdes.   

Ce dernier papier est signé Anne-Sophie Simpère. L'aînée des deux filles.

J’aurais bien mis sa photo pour vous donner encore plus de raisons de l a lire , mais je pense qu’elle n’aimerait pas J Son papier vaut la peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Françoise Simpère publié dans : Publications
 

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