

L’humour, politesse du désespoir ? Ou façon de mettre une juste distance avec l’événement pour éviter que les indignations
quotidiennes ne conduisent à l’infarctus ? Sourire, jouer, au lieu de s’énerver. Au lieu de répondre à une insulte en disant « Casse toi alors, pauvre con ! »- premier degré,
pas une once d’humour- se souvenir qu’à un badaud qui hurlait sur son passage « Mort au con », le Général de Gaulle répondit : « Vaste programme… ». Qu’entendant
quelqu’un crier « Connard » sur son passage, Jacques Chirac se précipita, tout sourire et main tendue : « Enchanté, moi c’est Jacques Chirac ». La classe…
Pourquoi s’énerver contre les représentants en salle de bains qui téléphonent deux fois par semaine, alors qu’il est si jouissif de les harceler de questions sur le matériau de la baignoire, la garantie attachée aux robinets et le débit de l’eau avant de conclure « C’est passionnant mais voyez-vous, j’ai décidé de ne plus me laver par solidarité avec les peuples qui manquent d’eau ».
J’ai déjà écrit ici mon agacement devant l’ostracisme contre les hommes seuls dont font preuve tant de clubs libertins. M’agace aussi le « dress code » qui interdit le pantalon aux femmes, dress code extrêmement ringard, car sur la plupart des sites, les femmes sont photographiées en guêpière ou « haut sexy », porte-jarretelles et bas résille occultant totalement l’érotisme délicat de la jupette de tennis et des socquettes blanches, de la blouse d’infirmière ou du treillis militaire (si, si, l’uniforme sur une femme excite certains hommes). Occultant en fait toute imagination, tout jeu…
A quoi bon s’énerver contre ce conformisme ? J’ai préféré téléphoner à un club pour demander si, faute d’hommes seuls, une femme seule pouvait accaparer trois maris sans que les épouses ne s’en offusquent, si en kilt écossais et ballerines vernies j’avais mes chances, si je pouvais réaliser tel ou tel fantasme (choisis parmi les plus étranges J ) le tout d’un ton badin comme si je discutais du prix des yaourts et des céréales. Plaisir exquis de déstabiliser l’interlocuteur, peu habitué à ce naturel. Le sexe en club est sécuritaire : la pub ne cesse de rassurer l’éventuel client en lui expliquant que tout est fait pour éloigner les importuns, garantir le chic de la soirée, sélectionner une clientèle choisie, permettre de réaliser en toute sécurité ses fantasmes les plus fous. C’est un peu comme le tourisme de masse, l’aventure en car climatisé et hôtels 4 étoiles all inclusive dans lesquels les seuls indigènes présents sont le personnel de service.
On s’imagine la société libérée, tolérante, mais elle l’est au sens où l’entendait
Clémenceau (ou Claudel, les avis divergent) : « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ». Hors les lieux consacrés, jouer au monde dans la vraie vie, débusquer les
peurs, se libérer des schémas, c’est autre chose ! Je rêve d’inverser les rôles en abordant des messieurs pour leur proposer un verre. J’en ai parlé à quelques copains qui, quasi
unanimes m’ont dit qu’ils détesteraient être abordés de la sorte. « Une fille qui m’aborderait comme ça, naturellement, je me dirais qu’elle doit le faire tout le temps, qu’elle est un peu…
spéc… enfin, tu vois… » Oui, je vois.
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