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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 14:46

undefinedPrintemps de fin d’enfance. J’ai 13 ans et demi. En septembre prochain je vais rentrer en seconde, changer de lycée. Il fait froid dans la cour de récré, le vent soulève des brindilles et du sable, mais je ne les sens pas, je ne sens rien, que cette révélation : dans quelques mois, cette cour si familière où j’ai tant joué, couru, bavardé, sera un souvenir. Le temps, qui jusqu’ici me semblait souvent long a pris une vitesse insensée, une accélération qui ne se calmera pas, je le devine. Jusqu’ici, je cherchais à tuer le temps, ce jour là je réalise que c’est lui qui me tuera. Qu’avec toute la volonté du monde, plus jamais je n’aurais dix, onze ou douze ans. Et qu’il est donc hors de question de ne pas vivre intensément chaque minute. Même si comme les chats j’espère me réincarner plusieurs fois, dans le doute je préfère ne pas m’abstenir et m’attacher à apprécier assez ce voyage ci pour n’avoir aucun regret à son terme.

Deux ans plus tard, un copain meurt noyé dans l’Allier. Je l’ai raconté dans « Aimer plusieurs hommes » : En prenant conscience que l’on peut mourir à 17 ans, j’ai perdu ce jour là mon insouciance. J’ai su, de façon irrémédiable, que l’on n’est jamais sûre que l’homme qui vous tient dans ses bras un jour sera là le lendemain, que ce soit la mort, la lassitude ou une autre femme qui vous l’enlève. Cette conscience de la mort me pousse à consacrer beaucoup d’attention aux gens que j’aime tant qu’ils sont vivants et à peu me laisser atteindre par des conflits sans importance…. De là date certainement mon appétit de vivre, à la mesure de la conscience que j’ai de la brièveté de l’existence. » 

Conscience pas morbide du tout, au contraire, qui vous transforme en explorateur de la vie curieux de tout, comme un voyageur de passage : à l’échelle cosmique, une vie humaine, ce n’est rien. Je m’y balade avec passion et détachement, les deux ne sont pas incompatibles et mettent en évidence les effets de manche et les illusions de la comédie humaine. Conscience qui rappelle à tout instant que « ce qui ne tue pas rend plus fort » et incite à oser : oser demander sans crainte, oser refuser de même. Relativiser les peurs, les chagrins, les conflits… et goûter avec acuité les minutes heureuses.  Ne courir qu’après l’argent nécessaire, et renoncer au superflu contre du temps qui, lui, ne s’achète pas. Savourer les plaisirs du corps et du cœur, les livres, la musique…. Refuser de se laisser pourrir la vie par des gens toxiques.  Et lutter aussi contre la pire injustice, celle qui fait mourir, vieillir ou souffrir prématurément des humains : la guerre- sachant qu’à l’échelle cosmique, les ennemis d’hier seront bientôt des amis, mourir pour des idées…- la pauvreté (un enfant sur trois en Afrique n’atteint pas l’âge de 5 ans.) les conditions de travail : en France, les cadres vivent globalement 8 ans de plus que les ouvriers. Injustice suprême que celle qui réduit ou enlève le seul bien qu’on ne peut pas acheter : le temps de vivre.

Les « boomers » n’ont connu aucune guerre et peu de mortalité infantile. De quoi se sentir quasi invincibles, mais voilà que ça commence à dépôter fort du côté des copains : cancers, AVC, accidents. Carlos, Jean-François Bizot, Fred Chichin. Ceux qui restent se dépêchent de goûter la saveur d’une peau et le vin frais vermeil… de « profiter de la vie », comme ils disent, alors qu’ils s’étaient jusqu’ici englués dans le boulot, le paraître, les ambitions. Sauf qu’ils ne sauront pas quel goût cela aurait eu avec vingt ans de moins. Sauf que jamais plus ils n‘auront 40 ans, jamais plus ne verront leurs enfants grandir… C’est fait, et ils n’ont rien vu passer.

Alors je pense à ces quarantenaires qui soupirent quand je leur demande « Ca va ? » « Pfff… j’suis crevé ».  « Trop de boulot… » « On vit comme des cons, je voudrais changer, mais faudrait un déclic ». Un déclic du genre cancer ou accident dont ils réchapperont, amochés mais VIVANTS, pour enfin décider de savourer leur existence comme une gourmandise unique ?

ET POURQUOI PAS MAINTENANT ? 

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Published by Françoise Simpère - dans Humeur
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commentaires

lola 26/03/2008 12:52

bonjour francoise!alors cherchant une premiere approche dans mon questionnement je me suis rendue compte qu on ne pouvait pas laisser de commentaires tout seuls et qu il fallait les relier a certains de tes articles....Honte a moi qui ne les ai pas tous lu,mais c est en voyant le titre de celui-ci"le temps d apprendre a vivre" qu il m a semblé qu il devrait etre le plus recepetif a mon cheminement.Alors oui je n ai pas la quarantaine et je ne me plains pas d un trop plein de boulot, mais je cherche a comprendre!!!Seulement avant de pouvoir trouver les bonnes questions qui ameneront des reponses plus ou moins perspicaces a mes attentes - et je le sais bien-je dois trouver les bons mot qui forment cette bonne question.Cependant a l instant, je me dis qu finalement, les bons mots pour les bonnes questions sont logiquement dans les bonnes réponses....Me voila coincée, ou ai-je juste trouvé une excuse pour ne pas re-re-re formuler mes questions....?va savoir...Je sais pourtant pertinemment ce qui me trouble(comme tu le dis si bien!!)Alors voila je te propose de te démontrer ci-apres les differentes étapes de mon raisonnement pour que tu puisses peut etre un peu mieu comprendre comment tout cela se deroule.Donc, lorsqu on parle du fait que, bien sur, personne ne peut satisfaire quelqu un a 100%, et vice versa;J approuve, mais la culture politique de la france et son histoire judeo-chretienne empeche un passage plus fluide jusqu'a la pratique.Des mots, toujours des mots, encore des mots.Des lors, je me positionne pensant qu il ne faut pas qu avoir une vision theorique des ses idéaux de vie mais avoir le courage du passage a l acte.Cependant, moi qui refuse de m incliner devant la politique choisie et qui ne suis que victime de mon heritage judeo-chretien, comment faire faire?Tout renier, je m y refuse, c est mon histoire avec ses avantages et ses inconvénients, mais je la garde, et la politique est tellement variable qu elle n est pas vraiment un obstacle puisque nous ne sommes pas tellement plus que des pions.Alors, rien ne m enpeche de choisir un style de vie qui me convient et de prendre dans chacun des hommes que je rencontre ce qui me plait et de negliger le reste ou de faire avec.Je pourrais donc piocher qulques qualités par la et quelques defauts par ci(parcequ il en faut bien!)Mais deja (premier probleme) je trouve ca un peu facile, il est necessaire de se dire "simperien"avant de se lancder dans une telle aventure.D'accord.Que les hommes qvec qui j entretien ce genre de relation "libérée" aille faire de meme de leur coté, d un point de vue theorique je n y vois pas d inconvénient, et meme dans la pratique je ne me permettrais pas a haute de voix de commenter tout cela.Mais intérieurement je bouillonne...En effet, mon probleme principal est tout simplement et tout betement la jalousie!!Pourtant je me convins moi meme de la sottise d une telle reaction pour quelque chose que j ai moi meme souhaitée.Mais il m est impossible de passer totalement outre, c est la et je dois faire avec.Mais comment construire une relation des plus épanouies avec de la jalousie meme non prononcée?Je suis dépassée, et j attends une reponse si tu as un peu de temps.Merci et bonne journée, biz.

S@m 09/03/2008 00:27

Ah, je ne suis pas contre le fait de savourer la vie et même plutôt tout contre !?! Je me plaît ainsi à savourer autant que possible les contrariétés du quotidien comme des espiègleries, un défi pour l'imagination ! Ce que je déplore, c'est le fait de savourer l'existence avec des faux semblants...... que je n'ai nullement à vous reprocher puisque vous n'ignorez pas la mort et, d'ailleurs, je ne le reprocherais à personne : "Quelle certitude troublante que de se savoir mortel !" La seule chose que je voulais signifier, c'est que je déplore - sans accuser personne - de ne pouvoir cultiver cette certitude d'être mortel, cultiver le sens de la fête sur cette certitude.Je le déplore d'autant plus que les rares fois où je me le suis autorisé, je l'ai payé cher, très cher !?! Il n'y a que dans l'intimité des draps du sommeil, que je n'ai jamais eu - jusqu'à présent - à payer le fait d'y avoir invitéla mort ! Pour ma part, c'est dans le fait d'être mortel que j'éprouve toute l'intensité de mon existence et loin des regards, certaines personnes ont parfois la décence de se dévêtir des faux semblants, d'être plus nue que nue et de regarder au-delà de la chaire...Enfin, soit, vous devinez bien que je n'ai pas l'art de profiter de la vie, mais que voulez-vous que j'y fasse !?! Il est des réalités, même les plus certaines qu'il ne faut pas inviter à table et celle du festin de la vie semble en faire partie ! Comme si la vie et la mort était deux choses différentes... L'une, quelque chose style "MORTEL", "Trop GEANT" et l'autre, mor...BIDE !Notez que la fête et la joie festive de la chaire sont loin d'être les seules topiques de l'existence où le fait d'être mortel n'a guère droit de citer et qu'il en est des pires. Prenons ceux qui dirigent le monde à coup de chiffres, quel serait leur regard sur l'existence s'ils ne perdaient jamais de vue le fait d'être mortel qui est aussi intrinsèque que le squelette l'est à la chaire ?!? Un peu comme Salvador Dali à Amanda Lear : "T'as un beau squelette, tu sais !?!" - plutôt que le fameux... "T'as de beaux yeux, tu sais !?!" Qu'est-ce qui fait la beauté d'un regard ?!? Les yeux ou la manière dont se regard se porte ? Certains cancres collectionnent les zéros sur leur compte en banque comme s'il s'agissait de globes occulaires qui leur permettrait de tout a-voir... (Pas besoin d'en dire davantage, cela me semble parler de soi.)J'espère que vous comprendrez que même si je n'ai plus le sens festif, quelque part, il y a une longueur d'onde commune. Pour le reste, le jour où la mort m'est tombé sur le coin de la gueule, j'ai commencé à ressentir que vivre c'était mieux que rien, que de ne jamais avoir vécu... soit rien, d'où "Mieux que rien...", voire :TROP MORTEL !

françoise 08/03/2008 10:58

Sam, puisque vous aimez Brel, il a aussi parlé de profiter de la vie avant la fin:J'arrive j'arriveMais qu'est-ce que j'aurais bien aiméEncore une fois prendre un amourComme on prend le train pour plus être seulPour être ailleurs pour être bienJ'arrive j'arriveMais qu'est-ce que j'aurais bien aiméEncore une fois remplir d'étoilesUn corps qui tremble et tomber mortBrûlé d'amour le cœur en cendresBon week-end et merci pour vos autres commentaires.

S@m 08/03/2008 01:15

J'ai eu une fois l'occasion de rencontrer un militaire pensionné : 80 ans et quasi aucun de ses centres d'intérêts me parlait, mais...... sur une vie, il avait fait tout ce qu'il voulait...... jamais quand il le voulait :))) (Ainsi s'était-il mis à peindre - ah, si, centre d'intérêt commun - dans un camp de prisonnier en tant que prisonnier.)Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard ?!? Le fait d'être toujours en retard sur la vie a pour moi un effet comique : nous ne savons jamais ce que nous sommes en train de vivre !?! Comme dans cette chanson de Brel dédiée à la mort : "C'est pas toi qui es en avance, mais c'est moi qui suis en retard... J'ARRIVEEE !La mort est la seule certitude existentielle qui soi, mais visiblement, elle se trouve loin d'être au goût d'une immense majorité qui vit peu avec cette certitude et semble ainsi en chercher d'autres. Ferré le chante très justement dans NE CHANTEZ PAS LA MORT ! Ne chantez pas la Mort, c'est un sujet morbide Le mot seul jette un froid, aussitôt qu'il est dit Les gens du "show-business" vous prédiront le "bide" C'est un sujet tabou... Pour poète mauditLa conscience de ma propre mort m'est tombée sur le coin de la gueule à 8 ans. Ma chambre avait un vélux qui donnait sur les étoiles. Nous venions de voir le km/h comment calculer la différence de vitesse pour parcourir une même distance à pied ou en voiture lorsque je vis un reportage sur les étoiles et découvrai l'année lumière : quelle était la distance qui me séparait de la première étoile ?!? Tout ce que j'avais compris, c'est qu'une année lumière c'était une très longue distance ! Ainsi, le nez dans les étoiles avant de m'endormir, je pris l'habitude de m'imaginer parcourir à pied cette distance interminable jusqu'au jour où je compris qu'une vie de piéton ne me suffirait jamais pour atteindre la première étoile... JE SERAIS MORT AVANT !?! Quand ? La question me saisi d'effroi !?! A peine dans l'espace ! Il n'y a pas d'air pour respirer... Ayant à l'époque la phobie de m'étouffer dans l'eau - plus exactement de mon maître nageur de l'époque - je me sentis soudain suffoquer... Reste que ce qui m'étouffait le plus, c'était d'être si peu tant dans l'espace que dans le temps, plus exactement, que ma mémoire soit si peu et vouée à disparaître, soit le sentiment de vivre pour rien si c'était pour finalement ne plus pouvoir me souvenir de rien. De ce jour, l'idée du paradis m'a semblé un mensonge...... reste que je n'ai jamais songé à profiter de la vie. Quelque semaine plus tard, un vieil homme du village mourrait et j'allai le voir sur son lit de mort - finalement, ce n'était pas si terrible que cela de n'être plus rien : "Mourir, cela n'est rien !?! Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir..." (Brel) Avant 8 ans, la mort, c'était la chanson du moribond : "Je veux qu'on rie, je veux qu'on danse, je veux qu'on s'amuse comme des fous, quand c'est qu'on me mettra dans le trou." (Brel) - et ce l'est resté. Reste que je m'amuse rarement comme un fou... la mort n'est pas un sujet festif. Pourtant, c'est celui qui me fait le plus... poiler dès lors qu'au final, nous ne saurons jamais ce que nous avons vécu... tout en l'ayant eu sous le nez tout le temps qu'il nous aura fallut pour l'avoir vécu... comme si le temps n'avait de cesse de nous narguer !

lorent 05/03/2008 13:38

"Et pourquoi pas maintenant?"bonne idée, je vais commencer par une petite sieste.Raah Bizot, mon héros. Je gardais l'espoir de voir refleurir actuel ou un truc du même genre...

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