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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 12:02

paris.jpgJe suis allée voir « Paris », le dernier film de Cedric Klapish.  Le pitch : un jeune homme (Romain Duris) atteint d’une grave malformation du coeur attend une transplantation cardiaque. Du coup, il regarde plus intensément la vie. » Sa vie, c’est Paris, pas le Paris bo-bo (comme dit la marionnette de Delanoë dans les Guignols « Honteux, ce film, on n’y parle pas de Paris-Plage, on n’y voit pas un Velib’ ! ») Effectivement. On y voit Paris et des gens qui ne sont ni dans la com’, ni dans le cinéma, ni dans la presse : une assistante sociale, un prof de fac, un sans-papiers camerounais, un architecte, une étudiante, des forts des Halles, un marchand de légumes, une boulangère, un SDF, etc. Tout ce monde se croise comme dans un film de Lelouch où d’un puzzle éparpillé surgit finalement l’histoire.  Dans « Paris », il n’y a pas d’histoire, plutôt des histoires. Comme me dit une cousine : « Des gens simples qui vivent des choses compliquées ». En fait, pas si compliquées, juste le menu fretin de nos vies, avec leurs contradictions et leurs émotions. Cedric Klapish l’a-t-il fait exprès ou inconsciemment ? Les hommes qui se veulent forts apparaissent fragiles, souvent un peu cons, les femmes qui assurent énergiquement au quotidien laissent affleurer une solitude poignante dès qu’elles se lâchent. Et par dessus tout cela, deux constantes : le désir qui surgit n’importe où en regards, en étreintes brèves, en séduction (sublime strip-tease de la merveilleuse Juliette Binoche,  assistante sociale dans le film, qui dégage plus d’érotisme en s’effeuillant de son jean, son pull et ses baskets qu’une danseuse du Crazy !) désir qui reste la seule parade à la grisaille quand le reste fout le camp. Pourquoi les hommes et les femmes sont-ils encore à se désirer ? Parce que, sans doute, c’est le seul moment où rien n’a plus d’importance que l’autre, que son corps, ses regards et la lumière qu’on essaie d’allumer dans ses reins. undefined
Moment magique, bref, selon l’expression d’un de mes potes, grand séducteur : « D’abord elles exultent, très vite elles exigent. »

L’autre constante, après Eros, est forcément Thanatos : le regard et le sourire de Duris partant à l’hôpital en taxi et se disant (en substance, je n’ai pas la phrase exacte en tête) : »Ils ne se rendent pas compte la chance qu’ils ont de simplement flâner dans la rue, marcher où ils veulent, râler… » Un tel message, répondant à mon billet « Le temps d’apprendre à vivre » ne pouvait que me toucher…

undefinedEncore quelques lignes pour parler de l’enquête sur la sexualité des français qui fait grand bruit. D’abord pour en souligner les écarts de commentaires. Sur France 2, on nous affirme que l’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas changé en 30 ans : un peu plus de 17 ans, pour les filles comme pour les garçons.  Je le crois volontiers, en 1972 une enquête avait donné ces chiffres... que le Nouvel Obs a zappé, puisqu’il affirme que l’âge moyen a baissé de plus de 3 ans chez les filles !

Ce sont d’ailleurs les filles, les femmes, que l’enquête présente comme de nouvelles Amazones, à l’aise dans leur petite culotte comme d’autres dans leurs baskets, en citant des chiffres sur le nombre de partenaires, leurs pratiques, etc.  Ce genre d’enquête me laisse sceptique : où faire la part de la vérité et celle de la mode ? Autrefois, si j’en crois un certain nombre de biographies intimes et de confidences de vieilles dames (j’ai travaillé plusieurs années dans un magazine pour « vieux »), les femmes avaient des amants et des enfants adultérins dont elles faisaient prudemment porter la paternité au mari. Cela ne se disait pas, on affirmait haut et fort être fidèle. Aujourd’hui, il est mieux porté de s’affirmer libérée. La parole s’est incontestablement « décomplexée », donc avouer quelques amants, ça le fait. Je suis presque sûre d’ailleurs qu’elles en ont avoué moins que la réalité, non pas parce qu’elles ne s’en souviennent pas comme elles le prétendent, mais parce que, aujourd’hui encore, s’il est bon de paraître à l’aise avec le sexe, mieux vaut ne pas  sembler trop salope… Des « salopes », les hommes en rêvent lorsqu’ils écrivent des textes sexuels ou parlent sur les forums du Web, mais pas chez eux.

Pour obtenir la parité dans la sexualité considérée comme un sport de combat, écrit le Nouvel Obs, les femmes souffrent d'un lourd handicap : les hommes paniquent dès qu'elles se montrent performantes. «C'est moi qui ai dragué mon mec, dit une Lyonnaise. Je lui ai pris la main au cinéma. Il me le reproche encore cinq ans après. Il a peur que je fasse ça avec d'autres.» Les prédatrices ne font pas recette. Malgré les progrès de l'émancipation, le temps n'est pas encore venu. 

Une petite analyse de texte montre ô combien le temps n’est pas venu.

La sexualité considérée comme un sport de combat : ne vient-il pas à l’idée du journaliste qu’on peut « Aimer plusieurs hommes » undefined
avec des sentiments et une qualité relationnelle et pas forcément pour aligner les conquêtes, consommer du sexe ?

Les hommes paniquent dès qu’elles se montrent performantes : que vient faire ici la performance, sinon conforter l’idée que le sexe- idée ô combien mercantile et macho- est une activité à rentabilité obligée. Ne vient-il pas à l’idée du journaliste d’écrire « dès qu’elles se montrent spontanées ? »

Les prédatrices ne font pas recette : une femme qui exprime son intérêt ou son désir pour des hommes n’est pas sensuelle ou sympathique, c’est une « prédatrice ». Au secours !

Un peu plus loin dans l’article, le journaliste considère que la difficulté des femmes âgées à trouver des partenaires vient des préjugés sur l’âge. Sans doute en partie. Mais aussi- eh oui, mon bon monsieur, vous êtes fragiles- parce que passé 70 ans, il y a un net déficit d’hommes, ceux-ci étant plus enclins à mourir prématurément.

Ces enquêtes m’amusent d’autant plus qu’il m’est arrivé d’y répondre n’importe quoi, au point d’être rappelée par le directeur d’enquête, affolé à l’idée que j’ai pu avouer tant de perversions (que je ne pratiquais d’ailleurs pas toutes…).

Certaines ambiguïtés sont aussi très réjouissantes, comme celle-ci. Pénétration anale : 37% des femmes ont essayé, ainsi que 45% des hommes. Mais essayé comment ? Comme pénétrants ou pénétrés, par un homme ou par une femme ?

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Published by Françoise Simpère - dans EROS
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commentaires

Philippe 11/03/2008 15:19

Ayant tout de même lu attentivement votre billet, il ne m'avait pas échappé que votre regard sur les résultats de cette "enquête" était nettement plus approfondi que le superficiel qui tient lieu de réflexion à ceux dont le métier serait plutôt de nous éclairer en toute objectivité. Je conçois bien que l'on ne puisse pas parler sérieusement de ces chose-là sans établir cette corrélation entre le statut économique et social des femmes et leur comportement sexuel. Et j'admets que malgré l'âge et l'expérience, il me reste encore beaucoup à découvrir dans ce domaine. Il va donc me falloir lire entre autre "Ce qui trouble Lola"... :-)

françoise 11/03/2008 14:19

Rassurez-vous Philippe, je ne me suis pas précipitée sur le nouvel Obs, je suis allée lire une partie de leur "dossier" mise en ligne, c'était plus rapide. Quant à l'enquête, elle est beaucoup plus nuancée et complexe que l'article de l'Obs, et met notemment en valeur la corrélation entre le statut social et économique des femmes et leur comportement sexuel, ce qui n'apparaît guètre aux yeux des journalistes plus friands de gadgets et de conclusions + ou - graveleuses. C'est ce qui m'a fit bondir et a suscité mon commentaire. Cela étant, je reste perplexe sur ces enquêtes, sur la franchise des enquêtés, je l'ai déjà dit, et aussi parce que je me demande s'il ne vaudrait pas mieux ne pas trop décortiquer le sexe. Comme dit la Lola de "ce qui trouble Lola": "Il n'a rien à gagner à perdre son mystère."

Philippe 11/03/2008 12:51

Un commentaire que j'aurais aussi aimé écrire... mais que je n'aurais peut-être pas écrit, de plus en plus rattrapé par la vanité des choses servies en ce bas monde...Je ne me suis pas précipité sur le Nouvel Obs, malgré les affiches racoleuses, car n'étant ni enseignant, ni bobo, ce n'est pas mon hebdomadaire de référence. :-) Pour me faire une opinion, il me faudrait plutôt lire l'ouvrage de référence. Cela nécessite du temps, car je ne peux passer mon temps à lire des bouquins parlant de sexe. L'essentiel est de se cantonner aux "bons", ceux qui donnent à réfléchir... Un rapport d'enquête, un de plus ?Non, le temps est trop précieux, lorsqu'approche le rendez-vous fatidique avec la camarde. Utilisons-le à bon escient. Par exemple en prenant rapidement connaissance de vos commentaires.

Georges 11/03/2008 10:29

J'ai vu Paris hier et je partage entièrement votre avis. Vous me dispensez d'écrire un billet, dont je n'aurais pas changé un mot. Quant à l'enquête, c'est drôle, je m'apprêtais aussi à y réagir, mais j'attends d'avoir lu le livre pour me lancer. (Personnellement j'ai aimé le regard désirant du prof de fac sur son élève)

S@m 08/03/2008 01:29

Toute langue est une fieffée salope qui offre ses plaisirs à toute bouche qui veut bien d'elle !?! Reste que la mort est bel et bien la pire des salopes : un tableau de chasse sans égal ! Elle fait languir tout un chacun et finit toujours par ouvrir sa couche à chacun...Les s...

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