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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 23:07

undefined « Travailleurs pauvres », « Travailler à en mourir », deux documentaires poignants et toujours cette question : pourquoi certains préfèrent-ils se suicider au lieu de casser la gueule à leur patron en lui expliquant courtoisement qu’il n’a pas le droit, PAS LE DROIT, de traiter les gens comme des étrons ?  La peur et la dépression nerveuse plutôt que la révolte… Avec pour lubrifier cette société qui va mal des psychotropes, vitamines, drogues en tous genres ou cours de relaxation, qui aident à supporter l’insupportable au lieu de le refuser.

L’affaire de l’UIMM a mis au jour  un autre fameux lubrifiant, qui « fluidifie » les relations sociales. 19 millions d’euros grâce auxquels, on l’imagine, on évite que les grèves ne dérapent en révoltes imaginatives. « Reprenez le travail, on vous paie une partie de vos jours de grève et vous la fermez ».

« On a vécu 150 ans en pensant que le progrès allait faire diminuer les inégalités. Et puis, il y a 15 ou 20 ans, du côté de Thatcher et de Reagan, un courant de pensée a pris le dessus, qui était que non seulement le progrès ne devait pas faire reculer les inégalités, mais que les inégalités étaient la condition la cause, le moteur du progrès. Et ceci entraîne un bouleversement du projet de société énorme : matérialisme, inégalités « peopolisation » croissants ».

La mondialisation malheureuse n’est pas le fait du hasard ou de la fatalité mais d’une idéologie parfaitement maîtrisée. Dommage que celui qui ose le dire sans lubrifiant soit François Bayrou dans un entretien au magazine GQ.  Non pas que je n’aime pas cet homme - il a de la culture, c’est fort appréciable- mais ses stratégies électorales n’ont hélas pas la fluidité et la clarté de la pensée ici exprimée. (pour être juste, celle des autres candidats non plus J )

Les associations humanitaires ne sont-elles pas aussi des lubrifiants de notre bonne conscience ?  J’y pensais en recevant une de ces lettres émouvantes dont m’assaillent les ONG depuis que, donatrice régulière de plusieurs d’entre elles,  mon nom circule dans leurs fichiers. Il s’agissait cette fois de donner des sous pour la réinsertion d’adolescents et adolescentes contraints à se prostituer. L’argent, expliquait la lettre, servirait à leur construire des hébergements et à leur apprendre un métier, ainsi qu’à informer les familles du danger que courent leurs enfants. Rien que de très louable, sauf que l’argent, si bien utilisé soit-il, n’a aucune action contre les trafiquants de chair fraîche, ni contre les clients adipeux et malsains qui vont se taper des gamins et des gamines à l’étranger. Donner pour les victimes sans interpeller vigoureusement les politiciens qui tolèrent ces réseaux maffieux, n’est-ce pas se résigner au pouvoir des trafiquants de chair fraîche ?

La pièce que nous donnons  au SDF pour ne pas nous sentir trop coupables d’avoir un toit n’est-il pas un lubrifiant de la misère, qui élude la question de la répartition des richesses produites ? Faire des dons aux associations de commerce équitable qui ne représentent que 2% environ du commerce mondial, n’est-ce pas se résigner à ce que 98% du commerce soit inéquitable, alors qu’il faudrait boycotter les produits inéquitables ou nuisibles à l’environnement et exiger de l’OMC  des règles de commerce mondial équitable ? Soutenir les associations pour la recherche médicale, n’est-ce pas admettre que les salaires des chercheurs et les crédits de la recherche restent misérables au lieu d’exiger que soient revues les priorités budgétaires ? Les caisses ne sont pas vides, le coût d’une seule campagne présidentielle tous partis confondus pourrait renflouer largement le Ministère de la Recherche. Etc, etc.

Mais tout en me disant que l’humanitaire et la solidarité émotionnelle sont les cache- misère de notre manque de courage, je donne quand même, en rêvant d’un refus collectif de tout ce qui nous indigne individuellement, en me reprochant de céder à la perversité du lubrifiant qui donne meilleure conscience et panse les révoltes.

Le lubrifiant, à mon sens, ne devrait servir que des perversités beaucoup plus intimes et savoureuses. 

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Published by Françoise Simpère - dans Humeur
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commentaires

Lung Ta 19/03/2008 11:40

mis en tribune ouverte sur http://inventerre.canalblog.com/MERCI & bises

isophe 19/03/2008 10:54

Bien intéressante réflexion sur laquelle je m'en vais me pencher et penser... (merci aux blogbos par chez qui j'arrive ici)

Andiamo 18/03/2008 11:06

Dernier "lubrifiant" à la mode : la presse people, qui s'ingénie à nous étaler la  "misère" de ces pauvres petites filles riches, ou des pauvres petits garçons riches. Vous voyez bien que l'argent ne fait pas le bonheur. Mai$ €nfin £l vaut  mieux être rich€ €t €n bonne $anté qu€ pauvr€ €t malad€ !

françoise 18/03/2008 10:06

@SF: on ne saura jamais exactement où allaient ces millions. Ceux qui les ont touchés, côté patronat ou syndicat jouent entre eux à "je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier qui dira aura une tapette".@Philippe:en Allemagne, en Norvège, en Belgique aussi les ministres ( et même le roi de Norvège) vivent simplement, ce doit être latin, ces goûts d'Imperator! Bémol: les gaines de latex ne sont pas une mode, mais une nécessité, hélas...@ TB: comme toi, j'attends ce fameux moment "nous sommes au bord du gouffre mais nous avons fait un grand pas en avant", il me semble impensable que l'humanité continue dans cette direction...@Denis: effectivement, je crois qu'on ne peut changer le monde sans changer soi-même, sans travailler sur les notions de pouvoir, de possession, de respect. Sans doute pour cela que les polyamoureux, qui ont fait ce travail sur leur vie privée, sont très souvent critiques d'une société basée sur le pouvoir et la possession.

seignez denis 18/03/2008 07:59

Eh oui Françoise , pour moi la réponse à ces questions  est essentiellement spirituelle . Seule la responsabilité individuelle apportera des amélioraton durables. On ne peut pas continuellement rejeter la faute sur les autres tout simplement car cela n'apporte pas de résultat valable. Amitiés aux polyamoureux.

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