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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 15:21

La soirée avait mal commencé, périphérique bloqué et au final vingt minutes de retard au théâtre dont nous trouvâmes les portes closes. Repli vers le quatorzième, nous passons à l’Entrepôt, pas emballées par le groupe Funk programmé ce soir là. Cent mètres plus loin, un grisonnant costaud aux cheveux dans le cou s’apprête à enfourcher sa moto. Nous l’abordons. Bonne pioche, il nous indique un bar (l’Utopia) en nous disant « Si ça n’a pas changé, vous ne serez pas déçues. »

 

Ca a changé mais nous ne serons pas déçues. Le bar public s’est mué en club privé. A l’entrée, on s’inscrit (3€ pour un soir, 10 € pour l’année) et on signe une déclaration indiquant en substance qu’on est conscient des dangers du tabac, qu’on n’emmènera pas un mineur dans ce lieu et qu’on s’emploiera à ne pas gêner les autres clients. Charte de savoir –vivre, en somme, et de fait, les gens ici savent vivre. La lumière est tamisée et chaude, la serveuse virevolte d’une table à l’autre avec grâce et sourire, le patron se la joue bourru mais cool.  Il a installé des extracteurs de fumée si puissants que pas une minute nous ne serons incommodées par la moindre volute et d’ailleurs, les gens ne clopent pas comme des malades compulsifs.  Une cigarette ou deux, juste pour le plaisir. Dans un angle qui tient lieu de scène minuscule, un groupe de rockers country (deux guitares électriques, une basse, une batterie) nous transporte dans une atmosphère d’avant. Avant quoi ? Avant la main basse sur notre libre arbitre.

Je pense à ce que m’a dit ma fille : « Tu te rends compte maman, tu as vécu à une époque où vous pouviez rouler sans ceinture (en vérité, je la mettais toujours, pas par obligation mais PAR CHOIX, ça change tout), fumer dans les bars,  vous balader la nuit sans subir de contrôle d’identité,  faire du sport sans certificat médical et malgré cette liberté, vous n’avez pas fait plus de conneries que nous, non ? » Oui, et peut-être même moins. Quand on est responsable de sa vie, on y tient. Au bord du lac d’Auvergne sauvage où je vais en été, un écriteau mentionne simplement « baignade autorisée mais non surveillée ». Ca descend à pic à trois mètres du bord, et il n’y a quasiment jamais d’accident parce que les gens font gaffe, sachant qu’aucun pompier ou CRS n’est là pour les prendre en charge.

Le rocker chantait d’une voix éraillée et puissante des ballades d’aventurier des steppes et des villes, d’amour et de désespoir. Un de ses guitaristes arborait un sourire craquant en regardant courir ses doigts sur les cordes, le plaisir des musicos est contagieux, autour de nous les spectateurs de tous âges semblaient heureux. Instant de grâce…

Quelques jours plus tard, concert des Têtes Raides au Bataclan. Tandis que ses musiciens déversent des frissons sur la foule, Christian Olivier chante d’une voix de cathédrale qui pénètre jusqu’au ventre. Passion, lyrisme cet homme semble habité, son corps et son regard chantent autant que sa bouche. Sincère ou talentueux acteur? Les deux sûrement.

 

Depuis 2002 « Têtes Raides » s’est associé aux mouvements qui se battent pour nos vies, et pour tout ce qui peut les rendre belles et joyeuses : la liberté d'aller et de nous installer où nous voulons ; le droit à un revenu décent, qu'il soit ou non lié à un emploi ; un logement; un système de santé de qualité pour tous et toutes ; l'égalité effective entre les hommes et les femmes ; un usage intelligent de toutes les ressources de notre planète ; la visibilité et les droits de tous ceux et celles que, parmi nous, on appelle « minorités » ; la libre circulation du savoir, des progrès techniques ou scientifiques ; l'art, etc. Le chanteur se lance dans un texte parlé, une interrogation lancinante sur le sens de la vie, écrit par un poète nordique qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Autant dire que ce n’est pas follement gai, mais les mots, bien écrits, bien scandés, bien dits, transmettent au public une émotion forte. Quinze minutes au moins, il faut tenir la distance. Les spectateurs sont restés debout tout le temps de cette déclamation, muets et attentifs. A la fin, ils applaudissent longuement, réclament un « bis », nous en aurons trois, passionnés et jubilatoires. L’époque manque singulièrement de lyrisme et apparemment les gens en ont soif.  Je me le dis souvent : en rentrant de sa chasse au mammouth, l’homme préhistorique prenait le temps de graver des fresques sur les parois de sa caverne, sans souci de les montrer, sans espoir de les vendre, juste parce que…

Parce que l’art, la poésie, le lyrisme, le rêve, toutes ces choses pas rentables sont vitales, et pourtant si rarement évoquées par ceux qui nous gouvernent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans bonheur
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commentaires

Lung Ta 14/04/2008 20:45

Faut que je trouve un endroit comme cela sur Nantes ! Moi qui une ou deux fois par mois fume un Habano une ou deux fois par mois, mon quasi seul luxe (et encore je les achète dans une petite Principauté voisine) y'a plus moyen de le faire ! Avant nous allions dans un Pub qui (vendait aussi des cigares) avait une super ventilation et c'était très cool pour tout le monde.Maintenant il ne me reste plus que mon jardin qd il fait beau sans vent !Sûrement qu'il y a des clubs de fumeurs de cigares, mais j'ai bien qu'on ne joue pas dans la même cour sociale ! C'est pourquoi 10 € à l'année ! C'est top !Bises Havanesques (et je vais chercher :-) )

françoise 14/04/2008 10:35

à Andiamo: c'est encore plus époustouflant pour une nulle en dessin comme moi, toi tu sais faire...à Bernard bel: mais avec quoi les aurochs tiennent-ils le pinceau, c'est ûs facile pour les éléphantsà Arnaud: et encore, ils sont joyeux par rapport aux titres des journaux en ce moment!à TB: 1000% d'accord, le rêve et la poésie, la mer, de beaux paysages, des sons, des couleurs, des mots doux et des mots forts, que ça fait du bien!

Tant-Bourrin 14/04/2008 05:32

Oh oui, on a besoin, de rêve et de lyrisme ! On veut de l'Apollinaire, on veut du Ferré, on veut du Baudelaire, on veut du Brel... pas du Gates ou de la Parisot ! :~)

arnaud 13/04/2008 22:53

vos billets sont de plus en plus déprimants...

Bernard Bel 13/04/2008 20:44

J'ai la preuve que les peintures rupestres n'ont pas été peintes par des humains mais par des aurochs :http://it.youtube.com/watch?v=_LHoyB81LnE:-)))

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