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Vendredi 25 avril 2008

«  C’est quoi, être riche ? »  A cette question Jacques Chirac, qui a le sens de la formule, avait répondu « C’est prendre le Concorde pour passer un week-end à New-York et ne pas éprouver le besoin de le raconter à tout le monde en rentrant ».  Le vrai riche est discret. Le nouveau riche, plutôt enclin à remuer ses poignets pour faire entendre le « bling-bling » de ses colifichets à plusieurs milliers d’euros. Mais comme il serait désobligeant de le traiter d’indiscret ou d’ostentatoire, il a transformé la discrétion, qualité appréciable, en complexe, à la connotation péjorative. Et donc, lorsqu’il exhibe ses signes extérieurs de richesse, le nouveau riche n’est pas arrogant ou peu discret : il s’affirme « décomplexé »… Lorsque Christine Lagarde a affirmé sans rire : « Il faut réhabiliter l’argent », comme si le malheureux était persécuté, ce seul mot de réhabilitation absolvait par avance tout ce qui se ferait au nom de l’argent. Tous ces jeux sans scrupule qui ont mené aux scandales des subprimes, délits d’initiés, prises de positions risquées : décomplexés, vous dis-je !  

Autre glissement : durant des décennies, la réduction du temps de travail  était un progrès social.  Les machines permettant de produire plus en moins de temps, le travailleur récupérait en partie ce gain de productivité par du temps de loisirs et d’épanouissement. On est passé de 48h hebdomadaires à 45h, puis 42, 40, 39 et enfin 35h, tout en continuant à produire plus. Notre courbe de croissance n‘a jamais cessé de monter depuis la fin de la guerre, même après les 35h. Ce qui n’empêche pas la sémantique actuelle de parer les 35h de tous les maux du monde  et de proclamer que faire des heures supplémentaires pour arriver à boucler ses fins de mois est le fin du fin du progrès social !

Quant aux cotisations sociales, imaginées après la guerre par le Conseil de la Résistance qui regroupait des gens de tous bords politiques, elles nous ont apporté les soins remboursés, les retraites et diverses allocations. Cette solidarité par la redistribution a l’avantage de réduire partiellement les inégalités. Mais aujourd’hui, autre pervers glissement sémantique, on ne parle plus que de « charges insupportables pour l’entreprise » (rappelons que les salariés, eux aussi, cotisent !) avec en corollaire l’idée que tout irait mieux en les réduisant. Ce qu’on fait depuis vingt ans, ce qui n’a pas empêché que le chômage augmente- preuve que plus ou moins de charges n’influent guère sur l’emploi- mais a creusé les déficits des organismes sociaux.

Le nucléaire, dont on n’a toujours pas résolu le problème de stockage des déchets radioactifs, ni celui de la dissémination possible de l’arme atomique via la vente de centrales, il est miraculeusement devenu une « énergie propre » sous prétexte qu’il ne produit pas d’effet de serre, tandis que tournent dans certains pays des réacteurs aussi vétustes et dangereux que celui de Tchernobyl. Même certains écologistes se sont fait prendre à ce véritable tour de passe-passe…

Vous en voulez d’autres ? Les acquis sociaux sont surnommés « privilèges »… Les pauvres, les chômeurs, les handicapés et les vieux ne sont plus des défavorisés qu’il importe d’aider, mais des assistés qui pèsent sur la société, dont on occulte la misère avec des mots politiquement corrects : Rmistes, allocataires, Cotorep ou 3ème âge.

Méfions-nous des mots…

( extraits de ma chronique « humeur » dans le Nouveau consommateur n° 24) 

 

par Françoise Simpère publié dans : Humeur
 

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