A 10 ans- il était né en 1904- René Dumont apportait aux soldats des tranchées, parfois au péril de sa vie,
les chandails que tricotaient sa mère et ses tantes. Un soir, on amena des blessés dans sa maison, qu’il entendit hurler toute la nuit avant qu’ils
meurent. Il décida alors, définitivement, que la guerre est un massacre que rien ne justifie. On l’envoya au service militaire et il en revint, selon ses propres termes « fou pendant six
mois ». Il refusa dès lors de vivre quoi que ce soit de contraire à ses convictions. Dumont était un écologiste précurseur, un réel humaniste, insolent,
audacieux, plein d’humour mais capable d’affronter des dictateurs pour leur démontrer leurs aberrations. Pas le genre à s’excuser auprès des Chinois, et il avait raison : ces derniers
méprisent l’adversaire qui s’humilie devant eux. La dernière image du documentaire de Bernard Baissat « René Dumont, citoyen de la Terre » montre ce malicieux agronome escaladant à 88
ans une barrière avec l’aisance d’un jeune homme. Il est mort à 98 ans. Vivre en accord avec soi-même préserve la santé. Souvent, la dépression vient du décalage entre vie rêvée et vie
vécue.
Chaud week-end en Auvergne. J’y
ai appris d’un sculpteur qui m’a hébergée chez lui la recette de la liqueur de Verveine, fraîche au palais, exquisément parfumée, et juste assez
titrée pour favoriser un sommeil profond mais serein. Je crois que je vais planter quelques pieds de verveine dans mon jardin… Des fèves aussi. La compagne du sculpteur m’a fait découvrir leurs
fleurs blanches et noires, superbes. Des plantes qui se mangent, et de surcroît décoratives ! Nous avons cueilli des radis et de la roquette
sous l’œil inquisiteur d’un chat blanc tout en nous racontant des histoires de filles.
De retour à
Paris, discuté une heure à une terrasse avec un homme charmant. Libertin tendance marshmallow, goûtant le plaisir comme une gourmandise tendre. Il vit avec curiosité et un naturel quasi enfantin
des escapades coquines dans des lieux que d’aucuns trouveraient glauques et que son sourire rend sympathiques. Délicieux de parler aussi intimement
avec un inconnu …
Le soir, autre projection, puis retour
par les quais de Seine dans une tiédeur de printemps presque été. Nuit de Chine.
Le lendemain matin, infos radio, concentré de catastrophes : Nicolas an 1, cyclone en Birmanie, traque de chômeurs, une femme violée et séquestrée pendant 28 ans par son beau-père qui lui a fait six garçons souhaite rencontrer son homologue autrichienne, violée et séquestrée par son père pendant 24 ans. Mon père, instruit par sa profession de magistrat, avait raison : la famille, valeur refuge, est aussi le lieu de toutes les abominations, violences, incestes, querelles d’héritage… Encore n’avait-il pas connu les bébés congelés …
J’ai éteint la radio. La vraie vie est ailleurs.