Debout sur le trottoir, le jeune homme faisait remplir à d’accortes mères de famille des questionnaires sur
les produits laitiers. Je me suis approchée : « Puis-je vous offrir un
café ? »
Il a sursauté, crayon à la main. Perturbé dans sa logique de sondeur qui pose
les questions. J’ai reformulé la mienne : « Quel effet cela vous ferait si une femme vous
proposait de prendre un café avec elle ?
-Une femme ? Quelle
femme ?
-Moi, par exemple. Je viens de vous le proposer.
- Ca me fait drôle. Jamais une fille ne m’a abordé.
-Et à l’inverse, vous arrive-t-il de proposer un café à une fille ?
Il a rougi, souri, finalement intéressé : « Non. En fait je ne l'ai jamais fait.
-C’est pourtant la meilleure façon de faire connaissance: leur parler. »
Il en a convenu, a reconnu l’absurdité qu’il y a à discuter des heures sur Internet avec des filles qu’on ne verra
jamais, le côté convenu des lieux libertins où l’on fait l’amour sans ambages avec de parfaites inconnues et l’aspect « entretien d’embauche » assez glaçant des speed dating où l’on se
doit de séduire une fille en 7 minutes chrono sans rien connaître d’elle.
« C’est étrange, vous ne trouvez pas, de faire si compliqué au lieu de tout bonnement dire à une fille qui vous plaît « puis-je vous offrir un café ». Ou qu’une fille vous le
demande.
- C’est vrai, mais ce n’est pas facile de parler aux inconnus. »
- Sauf si vous vous souvenez que tous vos amis ou vos amantes
étaient des inconnus la première fois où vous leur avez parlé. »
Il m’a finalement donné son numéro de téléphone. Je voulais juste observer sa réaction à mon invitation à la fois simple et incongrue. Je ne sais pas si je l’appellerai, mais je proposerai d’autres cafés à d’autres inconnus.
Sur ce, je vous abandonne pour quelques jours.