C’est une infirmière dévouée travaillant dans un service de soins palliatifs, présidente d’une association de parents d’élèves, militante contre la misère sociale et qui trouve encore le temps d’aider ses voisins et de faire la quête pour diverses ONG. Une femme solide, mère de deux fils, mariée à un militant aussi actif qu’elle. Qui un jour la trompe avec une étudiante rieuse et écervelée dont elle dit : « Ce n’est pas qu’il la baise qui me navre, il a connu d’autres écarts, c’est de penser qu’il a craqué pour une écume de fille qui ne lui apporte rien que du vent léger. Est-ce donc cela dont il avait besoin ? »
Et elle ajoute : « Je travaille dans un service où il meurt deux patients par semaine, je m’occupe de cas sociaux à la mairie où je côtoie d’épouvantables misères, je lis le bulletin d’Amnesty International où on raconte d’horribles atteintes aux droits de l’homme. Tout ça me hérisse, me révulse, me révolte, mais la seule chose qui m’a fait mordre mon oreiller en pleurant, avec l’envie de mourir là, tout de suite et sans regrets, c’est l’idée que mon mec en aime une autre. Non, même pas, je dis une bêtise. C’est l’idée qu’il a manqué de quelque chose que je n’ai pas su lui apporter. Dérisoire, non ? On ne souffre vraiment que lorsqu’on a son petit ego mis en cause. »
J’ai créé ce personnage dans un roman (non encore publié) à force d’entendre ce genre de récits. Le chagrin d’amour a ceci de particulier, me disait le dessinateur Reiser, qu’on souffre comme un malade sans l’avoir mérité. On ne comprend pas pourquoi on a été aimé et pourquoi on ne l’est plus. Parce qu’il n’y a aucune explication. On n’a rien fait de merveilleux pour être aimé, rien fait d’épouvantable pour ne plus l’être. Généralement. (Il y a des exceptions).
« Le premier chagrin d’amour est une abomination parce qu’il oblige à faire le deuil de l’absolu à un âge où on est généralement épris d’idéaux. Certaines personnes poursuivent cet idéal impossible toute leur vie. Pour l’adolescente que j’étais, ce fût comme lorsqu’on révèle à un enfant que le Père Noël n’existe pas. Il n’y croit plus jamais mais continue d’aimer Noël, la fête et les cadeaux. Au sortir de ce chagrin, je ne croyais plus au Prince charmant, mais j’ai continué à aimer l’amour et ses cadeaux…. Je suis en fait tombée très vite amoureuse d’un autre, puis d’un autre, et d’un autre encore… et cela me ravissait à chaque fois de constater que le cœur, que l’on croit blessé à mort au moment du chagrin, ressuscite si vite, avec un enthousiasme intact… Je me suis émerveillée de ma capacité à rebondir et au fil des chagrins, j’ai appris à ne pas lutter contre le désarroi, à le laisser m’envelopper comme un manteau d’abord très lourd, puis de plus en plus léger, jusqu’à ce que tout simplement il s’envole…. (Aimer plusieurs hommes p. 19/20)
Voilà Caroline, ce que vous pouvez dire à votre amie : « On croit souvent mourir d’amour, mais on
survit généralement ». Et dans un mois, dans un an, elle se demandera comment elle a pu se mettre dans un état pareil pour un homme qui ne LA
méritait pas.
Commentaires
Donc oui, on survit très bien au chagrin d'amour, et on y gagne certainement quelque chose si on se sert de cette souffrance pour mieux comprendre ce que l'on trouvait dans cette relation. Mais ce qu'on a perdu manquera longtemps, très longtemps. Même si on accepte cette perte.
Il y a une grande diversité dans les façons d'aimer, mais je crois que certains amours atteignent des dimensions telles qu'ils ne passent pas en quelques mois. Quant à la question de savoir pourquoi ils prennent autant d'importance, c'est un autre sujet...
Caroline
Quelqu'un qui me dit "je ne t'aime plus"... je n'ai pas de regrets à avoir, il ne m'a jamais aimée, que lui-même.
Je n'ai connu que deux fois une réelle douleur née d'une rupture amoureuse. Ces deux fois sont les seules où j'aimais vraiment l'autre, et où je crois l'autre m'aimait vraiment.
La douleur venait du fait que je ne comprenais pas le pourquoi de la rupture, puisqu'on s'aimait. C'était incompréhensible.
Les hommes que j'ai aimé, je les aime toujours aujourd'hui, le sentiment ne s'est pas éteint, et il ne s'éteindra pas.
Les relations courtes permettent de connaître l'autre superficiellement, sur une facette. J'admets que cela puisse être agréable, si on aime partager juste un temps une partie de soi-même avec un être qui partage une partie de lui-même. C'est comme passer une demi-heure à discuter sur un banc avec une mémé qu'on ne connaît pas qui fait sa promenade du dimanche : quelques instants agréables à partager, tout simplement.
On peut appeler ça de l'amour si on veut, mais c'est un amour d'une autre sorte que celui qui nous fait parcourir des milliers de kilomètres pour vivre avec une personne unique qui est et demeurera toujours, irremplaçable.
à Pierre: on 'oublie pas l'autre, on oublie la douleur, c'est différent, et on se demande effectivement pourquoi elle avait été si forte. En ce qui me concerne, sauf deux exceptions, tous les hommes que j'ai aimés, même après rupture douloureuse, sont devenus des amis. Il m'a fallu patienter parfois des mois, jusqu'à deux ans même, mais je les ai retrouvés, parce qu'en fait, si je peux me passer de la passion amoureuse quand elle disparaît, je ne peux pas me passer des êtres aimés, et souvent même, cette deuxième phase d'amour est infiniment plus satisfaisante que la première. C'est pour cela que j'ai des amours plurielles: parce que j'en perds peu et les aime opur la vie.
à Caroline: je vous l'avais promis.
à longues jambes: je te retourne le compliment, ne change surtout pas!
à la Poule: 100% d'accord, je suis aterrée par le zapping amoureux de mecs- et de filles aussi- capables de dire "je t'aime le lundi et "je ne t'aime plus" le mercredi. Sans raison, sans même une dispute parfois. Il doivent confondre amour et désir et penser qu'une petite panne de désir signifie "je ne t'aime plus". Les hommes que j'ai aimés, je les aime toujours aujourd'hui, comme vous, et j'ai cet immense bonheur d'enr evoir certains et de me dire "on s'aime depuis 10, 15, 20, 25 ans.... et même plus. En amour, même si cela semble paradoxal, je suis d'une absolue fidélité.... plurielle.
la poule a dit , je cite :"J'ai du mal à entendre l'idée qu'on puisse aimer, puis ne plus aimer" je trouve cette idée de l'amour magnifique, lorsqu'on a réellement aimé, on ne peut pas ne plus l'aimer, c'est déjà une immense avancée dans les consciences aujourd'hui..et lorsque vous dites françoise que vous pouvez vous passez des passions mais pas des êtres , c'est aussi admirable comme sentiment, n'est ce pas la une des plus grandes beauté de l'amour... pourtant parfois et malheureusement même l'être aimé on ne peut plus le voir..
à pierre : à la question de savoir pourquoi ils prennent tant d'importance...
à françoise : oui nous nous offrons parfois corps et esprit à des êtres que nous ne méritent pas, immense illusion d el'amour, qui au fond est simplement en nous et dont on certi le front de l'autre..mais cela peut laisser d'invisibles fatigues dans son énergie à aimer..
la poule a dit "Les hommes que j'ai aimé, je les aime toujours aujourd'hui, le sentiment ne s'est pas éteint, et il ne s'éteindra pas." je tiens à souligner cette phrase ..elle me semble vraiment l'expression de ce que vous désirez exprimer françoise, dans sa plus simple intimité ..son plus simple appareil, sa nudité..la nudité de votre pensée deshabillée dont il ne reste que sous la peau la pensée..
Le "ça" est intentionnel, pour en faire bondir certaines, et certains !
Je suis tout à fait de l'avis de la Poule... Car je suis intimement convaincu que pour Dieu, le pire des péchés, ce n'est pas de commettre le péché de chair (comme essaient de nous le faire croire depuis la nuit des temps tous les prophètes et les théologiens qui se succèdent...) mais c'est de dire à une personne que l'on a aimé : "Vas, je ne t'aime plus!".
Et effectivement, losque l'on réfléchit un peu, on arrive irrémédiablement à la même conclusion : Lorsque l'on est capable de répudier ainsi quelqu'un de son cœur, c'est qu'en fait, on ne l'a jamais aimé.
Ce qui me fait aussi rejoindre la remarque de Françoise qui est atterrée comme moi à la vue de ce spectacle des jeunes qui pratiquent cet incroyable zapping amoureux. Il s'agit bien là du signe le plus évident d'un manque total de maturité affective et de maturité tout court. C'est le résultat de s'engager beaucoup trop vite et beaucoup trop jeune dans des relations "exclusives", ce qui a pour effet de les couper du groupe, donc d'autrui, avec ce long travail de maturation des relations sociales, d'amitiés et affectives qui ne se fait pas ou plus. Avec pour conséquence ces zombis solitaires à qui tout est dû, égoïstes, incapables de réflexion, incapables de mesurer la portée d'une décision responsable d'engagement sur le long terme et incapables de comprendre que lorsque l'on aime vraiment, c'est pour toujours. Et que dans ce domaine plus que tout autre, abondance de bien ne nuit pas. Car parmi les tares majeures de nos sociétés modernes, c'est bien le manque d'amour, d'attention et de respect envers autrui qui porte la responsabilité de bon nombre de dérèglements dans les relations sociales dans nos temps modernes.
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..est ce que c'est notre existence, notre conscience d enous même, ici sur la terre qui est blessée ou est notre petit ego, est ce notre angoisse d'être au monde seul, avez vous déjà ressenti cette angoisse d'être au monde là, n'avez vous jamais senti ce vertige d'être au monde, dans un monde violent qui plus est , et n'avez vous jamais essayé de conjurer cette angoisse ce dasein, avec un autre dasein,
bien sûr nous sommes tous des daseins, bien sûr que nous ne pouvons pas apporter tout à un dasein, bien sûr que les daseins se séparent, et partent écrire leur histoire ailleurs, mais au lieu de toujours voir un petit ego blessé, et prendre en légéreté ces blessures, essayez plutôt de voir une conscience qui comme toute les consciences est angoissée à l'idée d'exister seule, et qui peut vivre de forts vertiges ..à certains moments ,et que lorsque la conscience qui partageait son existence, sa sensation d'être au monde, d'exister tout simplement, part , cela peut être douloureux..même si vous ne connaissez cette angoisse d'exister , d'exister seule..peut être devriez vous quand même avoir plus de respect pour ce que vous ne connaissez pas..
mais bien sûr vous avez raison les blessures se referment et nous rencontrons, d'autres personnes, mais il faut quand meme avoir du respect pour le chagrin des autres..de ceux qui perdent les personnes qui partageaient leur vie, avec qui ils ont eu de plus parfois des enfants..