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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 23:43


Jeudi dernier, jour de manif, j’étais en province. Soleil radieux, temps doux.
Cent mètres avant l’arrivée au point de rendez-vous, des jeunes, des vieux, des avec drapeaux, des avec banderoles, des les mains dans les poches, convergent vers la place où règne cette atmosphère très particulière des jours de manifestation, faite de sourires et de gravité, de regards qui s’éclairent en reconnaissant tel ou tel, du plaisir de voir que nous sommes nombreux, très nombreux (13 000 apprendrons-nous le lendemain), de la sono qui  grésille tandis que les couplets entonnés au micro sont repris par la foule.

J’écoute distraitement les slogans qui défendent les retraites, les salaires, les sans-papiers ou réclament plus de justice, moins de précarité, plus d’avenir pour les jeunes. « C’est étrange, me disait avant-hier un ami : plein de gens ont envie de vivre autrement, plein de gens en ont marre de ce monde de folie, mais il manque la petite étincelle pour que ça explose ». Je revois les images d’un documentaire récent sur les paradis fiscaux : rien qu’en France, 50 milliards d’euros placés par des particuliers échappent à l’impôt, plus que la dette du pays.  Du côté des banques, entre Crédit Agricole 5,7 milliards, Société Générale 5,4 milliards, BNP/Paribas, 3,7 milliards d’euros… Presque 15 milliards d’euros ont été perdus dans la crise des subprimes tandis que des milliers de gens rament dans des boulots sous-payés. Travailleurs pauvres, la nouveauté de la décennie. Pourquoi supporter un tel gâchis ?

Me revient brusquement à l’esprit cette phrase que m’avait dit en 1977 Michel D’Ornano, Républicain Indépendant (= Giscardien) donc pas précisément dangereux gauchiste :
« Tout système a une capacité limitée à absorber des réformes. Si on veut changer de système, il faut une révolte ou une révolution. »
J’avance vers la blonde militante qui marche derrière le camion sono du syndicat Sud- la gauche de gauche-  en scandant ses slogans au micro : «Pourquoi ne dis-tu pas tout simplement : « Une seule solution, la Révolution ? » 

Elle me regarde, stupéfaite : « La Révolution ? Je ne sais pas ce que c’est. »
« C’est quand ce que tu demandes ne PEUT PAS être obtenu parce que c’est contraire à la logique du système existant. Quand un système est tellement  pourri qu’il vaut mieux en
changer La fille me regarde, hésite, puis me tend brusquement le micro comme s’il la brûlait : « Tiens, dis-le toi-même. » Ce que je fais une fois, deux fois, dans un curieux silence autour du camion. Mais à la troisième, puis la quatrième fois, des dizaines de personnes reprennent en chœur.
C’est pas que ça enrichisse, mais ça soulage.

 

 

 










                                                Révolution chez les souris.

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

françoise 29/05/2008 11:44

à SF: merci de la comparaison, mais promets-moi de ne jamais me proposer de cigüe au motif que "c'est naturel, c'est rien que des plantes" :)à Bernard: l'accouchement sera douloureux parce qu'il nécessite de bouleverser nos habitudes et nos références, et que c'est douloureux pour beaucoup de remettre en question leurs certitudes. Par ailleurs, ce système a réussi à ceux qui en profitent aujourd'hui, ils n'ont donc aucunement envie d'en changer.

bernard goye 27/05/2008 21:01

oui, il faudra un jour que ça change...mais l'accouchement sera douloureux car nous avons oublié les petits bonheurs, les vrais, ceux qui sont basés sur les contacts humains authentiques.Colorés ou non de séduction...ils sont beaucoup plus enrichissants que la course aux biens matériels.La pub nous gave, retrouvons le chemin des petits lieux sympa où nous pourrons échanger et faire ainsi notre propre révolution.

Saoulfifre 25/05/2008 22:49

Cette anecdote de la militante est revigorante. Tu es vraiment la réincarnation féminine de Socrate, qui d'une phrase, accouchait les gens d'eux-mêmes q:^)

Quand à donner du sens à une simple allitération entre les mots libéralisme et liberté, on est dans le ridicule et le superficiel le plus total !!

Tout à fait à l'image de ce système qui a l'instar de la publicité, prend les gens pour des cons et arrive à connoter positivement des concepts aussi dégueus que le mondialisme sauvage et cynique et la démolition assumée des dernières valeurs qu'il nous reste comme la solidarité et la compassion.

françoise 25/05/2008 19:40

à TB: souhaitons que l'incendie soit un feu de joie et non un sinistre...à Patrick: la révolution nécessaire est plus mentale que politique, on ne peut pas changer le monde sans changer les pulsions de domination des uns sur les autres, d'où l'échec des "révolutions" communistes et socialistes qui ont plaqué un système sur des mentalités qui n'avaient pas ou peu changé, sans compter que le Pouvoir a le pouvoir de corrompre à peu près tout ce qu'il touche. Quant à l'Ordre moral...tous les régimes, quels qu'ils soient, tentent de régenter la sexualité de leurs sujets, y compris le libéralisme qui plaque sa logique marchande sur la sexualité, qui devrait être un espace de liberté et de gratuité. Le libéralisme, meilleur système? Quand on voit les dégâts actuels, permettez moi d'en douter. Le libéralisme productif modéré par l'Etat, ça allait encore, mais le libéralisme financier sauvage, quelle catastrophe! à Longues jambes: sur les idéaux anarchistes au sens noble, je souscris évidemment, mais en pratique, pour avoir tenté l'autogestion dans les communautés où j'ai vécu, force m'est de constater que tout le monde n'est pas prêt à partager avec autrui et que les plus réticents sont souvent ceux qui ont le plus. L'impôt est donc un moyen de forcer les réfractaires à partager, une façon de redistribuer les revenus. Si tout le monde le faisait naturellement, il n'y aurait pas besoin d'impôt, mais on en est loin. Par ailleurs, l'impôt finance aussi de grands travaux- routes, hôpitaux- qui sortent du domaine individuel. L'Etat n'est pas un mal en soi tant qu'il reste un simple régulateur des excès individuels, tout comme l'individualisme non égoïste est un garde fou contre les idéologies globalisantes et le formatage des citoyens. Arghhh, la vie n'est pas simple.à Anne: 360°, ça nous ramène au point de départ, alors optons plutôt pour un 180° :) Seule la Terre boucle chaque année une révolution sans qu'on y prenne garde.

Anne 25/05/2008 18:30

La révolution, complète, à 360 degrés ?Plutôt changer de direction, non?

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