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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 12:25


Avec ma double casquette scientifique et érotique, je reçois des lettres de femmes ou d’
hommes voulant savoir comment réussir leur couple, désespérés parce qu’ils (elles) ont été trompés, traumatisé(e) s parce qu’elles sont folles du livreur de pizzas et veulent tout plaquer pour lui ou parce qu’ils ont omis de se protéger lors d’une escapade et ne savent comment dire la chose à leur épouse et même s’ils vont la lui dire. Il y a aussi des lettres d’hypocondriaques m’envoyant l’ordonnance de leur médecin pour avoir mon avis, demandant des précisions sur  telle maladie, tel bobo, quémandant des adresses de médecins et de guérisseurs, des informations sur la recherche.  Sans parler de ceux et celles qui veulent me faire lire leurs écrits et me rencontrer « pour discuter », sans doute aussi pour voir à quoi ressemble une dame capable d’écrire les textes sur lesquels ils se sont fait plaisir (j’ai parfois reçu le kleenex garni ou la page souillée…)

A part aux cinglés dangereux et amoureux délirants- et encore, je me fends d’un mot distant pour les remercier de leur courrier-je réponds à tous, surtout lorsque je sens une vraie détresse. Côté « bon Samaritain » que je traîne depuis l’adolescence, même si je me suis améliorée depuis que j’ai réalisé que les gens tourmentés ne sont pas forcément « plus intelligents et profonds » comme on le croit romantiquement à 20 ans, mais presque toujours plus chiants. En fait, je réponds parce qu’il me semble inconcevable de négliger quelqu’un qui s’est donné la peine d’écrire et attend une réponse. Ca prend du temps. Parfois beaucoup, quand il faut de multiples échanges pour dissuader le mari trompé de trucider la femme et l’amant et de se suicider ensuite. J’ai sans doute évité quelques faits-divers…Ensuite, plus rien. Silence. Plus de nouvelles des désespérés une fois qu’ils sont sauvés, des couples inquiets une fois qu’ils sont heureux. Ce qui me donne la désagréable impression d’être un tube de Lexomil qu’on jette après usage. « Ben oui, résume placidement mon cher et tendre, tu fais psy ou docteur, on n’est jamais ami avec son psy ou son docteur. »  Et il conclut,  pragmatique : « La prochaine fois, fais toi payer. Ca rétablira l’équilibre dans l’échange. » Il n’a pas tort… J.

J’ai cependant remarqué une chose : la tendance à ne pas donner signe de vie- y compris chez certains potes ou amis- est essentiellement masculine. Mon camarade l’admet d’ailleurs. Pour lui, un coup de fil est utilitaire, pour demander quelque chose ou prendre rendez-vous. Appeler son meilleur ami juste pour prendre de ses nouvelles ne fait pas partie de sa culture. Chez les filles, si. On s’appelle pour savoir ce que l’on devient, entretenir le lien, bavarder. Sans utilité à la clé. On se découvre, et on aime poursuivre l’échange.  Ce qui nous donne une grande solidité, celle de savoir qu’en cas de blues on dispose d’une ou plusieurs oreilles attentives, alors qu’un homme, dans le blues, se trouve bien démuni. Pas un hasard s’ils se suicident davantage que les femmes. Plusieurs lectrices sont ainsi fidèles depuis des années : on se contacte périodiquement, et c’est bigrement intéressant de voir évoluer nos vies.
Je me demande si la différence essentielle entre hommes et femmes ne réside pas dans cette aptitude ou non à entretenir le lien. Si la majorité des guerres économiques ou militaires ne vient pas de cette inaptitude masculine à considérer l’autre en dehors de son potentiel utile (auquel cas un monde dirigé par les femmes serait forcément différent) Si la majorité des conflits entre hommes et femmes ne vient pas de ce que l’une attend de petites attentions alors que l’autre n’y pense même pas. Comme disait mon père à ma mère lorsqu’elle souhaitait des mots d’amour : « je t’ai dit je t’aime, et je t’ai épousée. Tant que je reste, c’est que je n’ai pas changé d’avis. » Ca va sans dire, mais ça va tellement mieux en le disant… Qu’est-ce que ça me ferait plaisir qu'on m'appelle simplement pour me dire : « Je voudrais savoir si tu vas bien. »

Lueur  tendre dans ce monde de brutes : beaucoup de mes lecteurs sont jeunes. Cette génération  20/trentenaire n’a pas peur d’exprimer des valeurs dites féminines, au contraire : elle revendique le droit aux sentiments, aux états d’âme et à la spontanéité des échanges, sans souci de conquête, juste pour le plaisir. Ceux-là prennent le temps de donner de leurs nouvelles et de me demander comment je vais. Ils donnent espoir dans un avenir plus sympathique.  Avenir qu’ils ont envie de se construire très différent du présent, mais ceci est un autre épisode.  

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans Humeur
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commentaires

S@m 14/06/2008 15:21

Je dois vous avouer que votre réponse me déroute, Françoise...Attendre les lendemains qui chante ?!? Vous savez qu'aujourd'hui chante ! Demain vous pourriez être triste qu'aujourd'hui soit hier... Puis il y a ce fameux "Je n'ai pas le temps !"C'est de ces représentations là que je parlais et vous rebondissez sur le sens figuré de la mort en la prenant au sens propre. Je n'ai pas connu ou je n'ai pas accepté de reconnaître que j'avais connu des morts précoces, voir trop précoces dans mon entourage. Je ne sais pas quoi dire, sinon que l'idée de simplicité volontaire me semble un contre poid à cette course après... le temps ?!? Le temps ? La course après le temps ressemble aux romans, à une recherche du temps perdu, à des histoires à raconter, des instants qui se déshabille de l'immédiateté du présent pour laisser apparaître les courbes du temps passé, pas à une fuite en avant. Trop intime peut-être ou simplement peur d'être sensible, l'insensibilité protège de la douleur, ou cacher ses douleurs comme quelque chose de honteux alors que sans épreuve, il n'y a pas de narration, juste de la description. Ce qui fait que nous avons une histoire, c'est que cette histoire nous vaut bien des histoires :))) Dont c'est plaisir de rire avec d'autres pendant et après :)Dommage pour votre ami, de ne pas avoir songé à la légèreté du rire face au poids de son quotidien et sachez que la première personne qui a du en être minée, c'est lui. Je suis du genre à me miner comme lui bien que j'essaie de me simplifier la vie. Notez qu'écrire, que l'écriture est l'un des modes de vie avec les autres auquel va ma préférence. L'écrit est un mode de présence qui ne nécessite pas l'immédiateté de l'instant, un mode disponibilité sur le mode de la patience, un mode de disponiblité prêt à saisir le premier moment venu.Petite question : "Est-ce que l'écriture, le mode de disponibilité de l'écriture n'a pas joué un rôle souterrain dans votre disponibilité au rencontre ? Une sorte de présent qui a la patience du temps, de présence qui n'oblige pas à l'immédiateté de l'instant et libère l'instant du poids des obligations ? Ou encore le fait d'exister avec la conscience que chaque instant fait partie d'une histoire comme un moment de suspens d'une histoire en même temps propre et propre aux autres ? Le vécu personnel d'une histoire est propre à chacun, mais toute histoire appartient à chacun de ceux qui la partagent ?"Petite question, pas si petite que çà, mais l'histoire commence avec l'écriture. Sur l'horizon du temps, du temps passé, l'instant apparait autrement ? Sur l'horizon du futur, reigne l'impression de ne pas avoir vécu, de n'avoir encore rien vécu et de ne pas avoir assez pour vivre, jamais assez pour vivre et sur l'horizon du futur, le présent représente la sécurité de demain à laquelle il faut tout sacrifier. Enfin, avec l'écriture et l'histoire, le présent me semble plus palpitant : "Qu'elle est la suite ? La suite ?!? La suite, c'est maintenant !"Je ne sais pas le nombre de fois j'ai entendu que je devrais plutôt penser à demain pour vivre dans le présent, mais demain, c'est comme des histoires sans suite. La suite de l'histoire, c'est maintenant que ça se joue et pas demain. Demain, c'est l'imaginaire de tous les possibles (les plus merveilleux et les plus cauchemardesques), mais c'est surtout le prétexte à tout car il n'y a rien de réel, sinon ce que nous projetons des réalités du passé. Demain sans le passé, c'est le goût de l'imagination sans le goût de la réalité.Bon WE !

françoise 10/06/2008 22:42

100% d'accord, Sam, quand on sait la brièveté de la vie, on ne traîne pas pour s'intéresser à ceux qu'on aime. Alors quand d'autres ne le font pas, on pense qu'ils ou elles n'aiment pas ou pas assez alors que, comme vous dites, c'est souvent qu'ils croient avoir une longue vie devant eux. Cette semaine, je vais à l'enterrement d'un ami mort rapidement et précocement, qui depuis 8 mois me disait "j'ai trop de boulot, mais dès que ça se calme, on se fait une petite fête". Eh bien c'est trop tard... Et ça, ça me mine sérieux, comme ceux qui attendent les lendemains qui chantent au lieu d'exiger que ce soit aujourd'hui.

S@m 10/06/2008 22:25

Je précise que mes propos ne se base pas sur les personnalités des personnes dont je parle, mais de la représentation qui se fait du temps et du vécu, de la place du récit des histoires personnelles. Et là, la représentation penche plus en faveur des femmes, ce qui fait que les hommes se l'autorise probablement moins...Si on ne naît pas femme, je ne pense pas qu'on naisse davantage homme pour paraphraser l'auteur mise à l'honneur, cette année, Simone de Beauvoir.

S@m 10/06/2008 22:22

Je crois que c'est simplement la question qui pose problème : "Comment ça va ?" - à ch... pour faire référence à un précédent commentaire. (La formule "Comment ça va ?", venant d'aller à selle.)Pour le reste, homme ou femme, beaucoup de personnes me laissent sans nouvelles et je l'ai plus d'une fois mal pris. Une fois tous les six mois, ce n'est pas la mort ? Non, ce n'est pas la mort, c'est l'obsession... J'ai plutôt l'impression que cela vient de l'idée que l'on se fait du temps, de la place qui est laissée au temps, de ce qui se dit ou ne se dit pas du temps passé. J'ai un jour émis l'idée à nombre d'amis d'écrire une chronique périodique de leur vie, d'envoyer de temps à autre un billet avec les changements de leur vie...J'ai jamais osé écrire quoi que ce soit avec les silences et les rares réponses que j'ai eu. C'est passé ? C'est même pas, ça n'existe plus, c'est ça n'existe pas et n'a jamais existé parfois.

V 07/06/2008 22:56

Rohlalalalala! Quelle affaire, je dois être un homme!Chériiiiiiiii? Tu ne voudrais pas venir vérifier un truc, là?

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