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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 00:16

Je délaisse ce blog pour apprivoiser mon premier appareil photo numérique. Pas par envie, à vrai dire, j’adore mon argentique que je maîtrise bien, mais vu la difficulté à trouver de bons labos pour développer les pellicules, vu quelques projets où j’aurais besoin de mitrailler, le numérique s’est imposé. Cependant je conserve l’argentique, l’un et l’autre ne font pas plus double emploi que les 33T vinyl et les CD. ( Concerto n°1 de Tchaïkovski dirigé par Karajan  sur vinyl et sur CD :  l’un a plus de rondeur, l’autre plus de claquant). Apprivoiser la bête nécessite de lire le mode d’emploi. 118 pages détaillent des perfectionnements dont l’utilité m’échappe parfois, comme les menus différents selon qu’on photographie- je cite- un bébé, un grain de peau, un paysage de jour, de nuit, au crépuscule, un animal domestique (et pour les animaux sauvages, on fait quoi ?) de la nourriture, du sable, de la neige, une fête, et j’en passe. Génial, mais le temps de tourner la molette adéquate, le sujet a disparu. J’en sais quelque chose, j’ai pris hier trois photos de queue de chat ! Le temps de régler le programme, la bête avait fui.
En plus de ces multiples réglages, moult avertissements « Warning ! » rappellent qu’il ne faut en aucun cas verser de l’insecticide sur l’appareil, le plonger dans une baignoire pleine ou poser dessus des bougies allumées ! Une notice moderne est un texte quasi surréaliste et une bonne évaluation de la connerie humaine, puisque chaque conseil « Warning » suppose un risque contre lequel la firme veut se prémunir pour ne pas risquer de procès.

Mon tout premier appareil photo, milieu des années soixante

Reste heureusement la photo. Magique. Je m’esbaudis de recevoir en quelques secondes sur Skype des photos venues du bout du monde, mais c’était également magique, quand je développais des pellicules noir et blanc dans l’obscurité d’un placard que nous avions transformé en labo, de voir apparaître l’image dans le bain de révélateur. Avec parfois des détails inattendus, comme dans le film « Blow up ». Magique de retrouver, coincée au fond d’un tiroir, un cliché dont on se demande qui est cette belle femme dansant le tango, qui sont ces gens qui lèvent leur verre et sourient ? Comment ont-ils laissé une trace chez nous ? Sont-ils vivants ou morts ? 


1965: ma petite soeur sur les épaules de ma grande soeur, mon grand frère, et moi à gauche. Les parents en avaient fait une carte de voeux. Z'étaient modernes!




Les trois mêmes soeurs en 2008, et leur nièce





Les romans de Patrick Modiano débutent souvent par une photo sur laquelle le héros se penche en se demandant qui est la belle jeune fille qui… ou en se remémorant cette ancienne, si ancienne histoire d’amour que l’héroïne doit être à présent bien chenue. Est-ce plausible avec des photos sur écran ou CD ? Pas sûr.  Le contact charnel, tactile avec les photos sur papier les rend différentes des photos virtuelles. Exactement comme on a un rapport de lecture différent avec un texte sur écran ou un texte imprimé. C’est pourquoi je continue à  écrire sur des carnets et à faire des albums de photos sur papier… Feuilleter ces albums, c’est prendre le temps de réaliser ce qu’on a vécu, les gens que l’on a croisés, avec qui on a vécu, aimé, travaillé, voyagé… dont la seule photo fait ressurgir des tranches de vie datées d’après le format des clichés, la qualité des couleurs, la marge blanche ou crantée autour, le sépia ou le noir et blanc.  C’est renouer avec le fil du temps, avec la conscience de l’éphémère comme de la durée.
Hier, je parlais avec un homme des choses que l’on ose ou non faire. Chaque rêve réalisé, me dit-il, devient un fragment de notre patrimoine de vie. Patrimoine immatériel, certes,  mais léguable à travers des photos ou des écrits.  On photographie les bébés et on a raison, car ils n’auront nul souvenir conscient de leurs deux ou trois premières années alors qu’elles sont essentielles pour leur futur affectif.  J’ai écrit pour chacune de mes filles le journal de leurs trois premières années, au jour le jour, à la première personne comme si c’était elles qui parlaient. Histoire de leur léguer la mémoire de leurs débuts, que nul autre que nous ne pouvait leur offrir.  

J'ai trente ans aujourd'hui 8 décembre 1998 mardi
J'ai trente ans et je n'ai jamais eu d'accident de voiture
Je n'ai jamais suivi une vraie prostituée dans une chambre d'hôtel
Je ne me suis jamais laissé pousser la barbe ni déguisé en femme
Aucun de mes parents n'est mort
Je n'ai jamais volé d'article dans les magasins
Je ne suis jamais allé en Afrique
Personne ne m'a agressé physiquement dans la rue
Je n'ai jamais tué un animal pour le manger
Je n'ai jamais fait l'amour avec deux femmes à la fois
Je n'ai jamais tué personne même si j'en ai eu envie souvent
Je n'ai pas construit de maison
Je n'ai participé à aucune guerre
D'ailleurs, j'ai même pas fait l'armée
J'ai trente ans et je suis un enfant
(chanson de Philippe Katerine) 

Amusant de voir ce qu’on a fait dans cette liste… et d’y ajouter la sienne.

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Published by Françoise Simpère - dans bonheur
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commentaires

élise 24/08/2008 09:56

capter et essayer de conserver tous ces instants de souvenirs, par l'écriture, par les photos et le dessin..ces instants de vie qui ont formé tout doucement dans le temps, notre conscience...mais françoise que fait on lorsque le passé nous brûle, que des souvenirs trop intenses, chargés d'émotions nous dévoent dès lors que nous tournons les yeux vers ces instants,  si bien qu'on ne peut plus les évoquer? je suppose que vous aussi françoise vous avez dû vivre des instants si forts dans le passé de vos passions,  que parfois vous essayer aussi de les oublier..

françoise 21/08/2008 22:59

à Sam: j'écris aussi des carnets de voyage et c'est un grand plaisir de les relire quelques années plus tard, on redécouvre des détails oubliézs, des fous-rirs, des odeurs. A vingt ans, je faisais des carnets sonores e enregistrant des conversations de bistrot, des bruits de marché... mais les bandes magnétiques se sont un peu altérées.à Blanche: ca y est, j'ai réussi à saisir un rès beau regard de chat, je pense que je vais le mettre dans ce blog un jour.

Blanche 18/08/2008 00:24

Argentique ou numérique, il est très difficile de prendre un chat qui bouge. J'en sais quelque chose, je n'ai que des photos de mon chat qui "comate" sur le canapé, ou assis sur son derrière à me regarder fixement.

S@m 17/08/2008 18:12

Je viens seulement dernièrement de comprendre le plaisir des photos... en en privant une amie :( Pourtant j'apprécie tous les phénomènes qui permettent de cultiver la mémoire, mais c'est comme pour la musique, mon attention va d'abord aux paroles dont les souvenir reste plus difficile à garder. J'ai rencontré dernièrement un jeune graphiste qui, dans un carnet, croquait quelques portraits çà et là, dans les transports, les lieux publics et anotait ses croquis ou ses petites aquarelles. Se dégageait de son carnet, cette intensité esthétique de tout ces moments creux qui, malgré tout, dans leur creux n'en donne pas moins un goût certain à l'existence pour la relever plus d'une fois : des parfums de personnalités, chacun à sa manière d'être dans le regard de l'autre. Sinon, des amis qui ont pris soin de faire un carnet de voyage...Que de chemins pour cultiver la mémoire et je confirme l'importance des photos d'enfance.

françoise 17/08/2008 13:24

à Andiamo: oui, on prenait soin de bien cadrer, vérifier la lumière, tout... pour ne pas gâcher la pellicule. Le numérique autorise la surconsommation, c'est dans l'air du temps, mais il fait perdre la valeur liée au soin qu'on a mis à prendre la photo, tout comme la démocratisation de certains produits se fait au détriment de l'art de les fabriquer.à TB et Philippe: effectivement, comme les tableaux en peinture acrylique (par exemple les Andy Warhol) vieillissent paraît-il mal et perdent leur valeur, ce qui navre les collectionneurs évidemment, on ignore la pérenité de supports numériques, et la BN par exemple, renumérise régulièrement les documents pour ne pas découvrir un jour des CD-rom effacés.à la Poule: comme toi, je préfère les souvenirs dans la tête que sur photo et après la période bébés j'ai peu photographié mes filles (l'une d'elles, d'ailleurs, refusait catégoriquement d'être photographiée à l'adolescence). A l'époque, peu m'importait, mais à présent qu'elles sont adultes, j'ai une pointe de regret des images qui me manqueront quand j'aurai moins de mémoire :) L'avantage des photos, c'est qu'elles importalisent généralement de bons souvenirs- vacances, voyages, fêtes, dîners amicaux... il est rare qu'on se photographie au lit avec une angine ou exsangue au boulot-- et donc, les albums photos sont un concentré de bonheur qui permettent de se dire que, malgré tout, la vie est assez chouette.

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