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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 18:50

J’ai visité l’exposition sur l’œuvre du photographe américain Richard Avedon (jusqu’au 28 septembre au Jeu de Paume à Paris, métro Concorde). Avedon est très connu pour ses photos de mode qui ont sorti les top models de leur univers figé en leur donnant du mouvement et de la fantaisie. Mais cet homme  beau et tourmenté a exploré d’autres milieux : celui des artistes, des écrivains, des hommes politiques et, pour une commande, l’Ouest américain où il a photographié des mineurs, des ouvriers, des barmaid, des SDF, bref des anonymes, avec la même méthode que les mannequins : fond blanc, gros plans et mise en condition du sujet.

En comparant ces portraits, je me disais que  les deux plus terribles inégalités qui séparent les riches et les pauvres sont d’une part l’espérance de vie, d’autre part l’expression du regard, tant celle des intellectuels et artistes reflétait de passion ou de malice, alors que celle des pauvres reflétait la tristesse et l’impuissance face à leur destin. Ces photos d’inconnus de l’Ouest américain ont d’ailleurs fait scandale tant elles ont mis l’Amérique face à sa misère sociale.  Certains des sujets photographiés ont réagi violemment, l’un en changeant immédiatement de métier, l’autre, belle et dynamique jeune fille, bien différente de celle qui apparaît sur la photo, en apostrophant Richard Avedon : « Ca ne me ressemble pas, ce n’est pas moi du tout ». Réflexion qu’on se fait souvent en se voyant soi-même en  photo. A laquelle Avedon répond avec superbe : "Un portrait n'est pas une ressemblance. A partir du moment où une émotion ou un fait devient photographie, ce n'est plus un fait mais une opinion. La notion d'inexactitude n'existe pas pour un photographe. Toutes les photographies sont exactes ; aucune n'est vraie."

Ce qui intéresse l’artiste, ce sont les contradictions et les paradoxes que chacun s'acharne à enfouir. Ainsi a-t-il saisi la fêlure de  Marylin Monroe. Il raconte dans le film qui complète l’exposition[1] que l’actrice lui a d’abord fait un « numéro de Marylin », puis, épuisée par sa prestation, a eu soudain cette expression de lassitude qui transparaît dans la photo et laisse entrevoir la fin tragique de la jeune femme.

La photo, en somme, serait la conjugaison de l’émotion du sujet et du pouvoir du photographe. Mais il y a plus. Je suis allée voir cette exposition avec un ami, qui n’a pas perçu la tristesse des anonymes comme je l’ai ressentie. Il les a trouvé plus rustiques et brutaux que malheureux… J’ai une sensibilité politique plus sociale que la sienne.

La photo, que l’on croit objective à travers l’objectif, dépend donc de trois regards subjectifs : ceux du modèle, du photographe et du spectateur. Qui dit subjectif dit émotionnel. C’est peut-être pourquoi notre époque abreuvée d’images beaucoup plus que de mots ou de réflexion sombre dans le culte de l’émotionnel et de la réactivité à court terme.

 



[1] A voir absolument : le narcissisme exacerbé de Avedon dissimule, lui aussi une fêlure, celle des rapports avec son père, juif d’origine russe, dont il ne s’est pas senti aimé.

 

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère
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commentaires

jm 20/08/2009 08:14

Le N/B sera irremplaçable, surtout sur des sujets huamains. Dans les photos ont voit que c'est une commande, les gens posent. Bon c'est le parti pris du preneur d'image et je la respecte. Cependant, je preféère les photo pris en instantané, ddans l'immédiateté, sans pause contrôle du sujet., pris au vol. Vol de l'instant, de l'expression du son visage  qui est l'expression du paysage intérieur, vol de l'interaction du sujet  avec la réalité de son environement. Et là le N/B impose une vision extra lucide de s choses. Quand c'est posé, cela raconte que l'histoire des fantasmes du photogaphe, mais cela n'est pas forcément réducteur (mais c'est une thèse, pas de l'Histoire).

Françoise 31/08/2008 23:44

à Andiamo: c'est sûr, la technique peut soutenir le talent, mais si on n'a pas de talent, elle n'en donne pas. Pas plus qu'un traitement de texte performant ne te fait devenir écrivain!à Elise: plus que technique, je dirai savoir-faire, c'est à dire l'art du photographe.à TB: tu as presque ça avec le numérique, la photo est prise avec un temps de retard... c'est comme ça que j'ai de belles images de queues de chats :)

Tant-Bourrin 31/08/2008 20:48

Je rêve d'un appareil-photo qui imiterait le bruit du déclic quand on appuie sur le bouton, mais ne prendrait réellement la photo qu'une bonne seconde plus tard, quand les sourires crispés s'effacent et que les vrais visages réapparaissent...

élise.. 30/08/2008 22:03

comme toujours je suis touchée par votre manière de toujours avoir une petite pensée pour le côté de l'humanité dont le fond du regard est triste..la photo c'est aussi l'utimisation d'une certaine technique, qui s'attache à mettre en relief une petite donnée qui se fondait dans la multitude..ces paradoxes dissimulés sont ils des beautés..

Andiamo 30/08/2008 10:59

Bonjour.Si il existe bien une chose dont je sois convaincu (j'aurais ma revanche) c'est que, ce qui fait une photo c'est avant tout : l'oeil qui se situe derrière l'objectif.Ainsi Doisneau muni d'une "rétinette" Kodak ou de ton appareil des années soixante, nous aurait saisi des instants de vie magnifiques.

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