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L’érotisme est au coin de la rue

Le livre du grand Tout


Un livre indispensable
voyages torrides et beaux paysages
une belle histoire de peau et de coeur
documenté, ça énerve parfois, ça fait aussi du bien
à découvrir ou redécouvrir pour la finesse de l'analyse et de l'écriture
Jeudi 1 janvier 2009

   "Mes chers compatriotes,

L'année 2008 s'achève. Elle a été rude. C'est la raison pour laquelle je veux penser d'abord à ceux que la vie a durement éprouvés, à ceux qui ont perdu leur emploi sans y être pour quoi que ce soit, à ceux qui sont victimes d'injustice, à ceux qui doivent affronter l'absence d'un être cher. Je vous avais promis fin 2007 de conserver les emplois d’Arcelor Mittal et d’aller chercher le pouvoir d’achat avec les dents. Comme vous le constatez, je n’en ai rien fait, mais j’ai toujours toutes mes dents, il en faut dans ce fichu métier où elle ne cessent de rayer le parquet. De toutes façons, si je veux favoriser les riches, ça m’oblige à défavoriser les pauvres, j’y peux rien . Or j’ai plus d’amis riches que d’amis pauvres. C’est normal d’aider d’abord ses amis, non ?

Je veux penser à nos soldats qui en ce moment même risquent leur vie pour notre sécurité et pour la paix. Je veux penser à leurs familles qui vivent douloureusement cette séparation. Et plus encore à ceux qui pleurent un fils, un mari, un fiancé, un père. Remarquez, quand on se fourvoie dans ce bourbier infâme qu’est l’Afghanistan, faut pas s’attendre à être accueilli avec des fleurs, mais j’adore être sur tous les fronts, ça fait Maître du Monde. Enfin quand je dis sur tous les fronts… je n’y vais pas personnellement.   

Pour tous les Français, cette année a été difficile.  Pour moi, je l’ai trouvée plutôt bonne : je me suis marié avec un top-qu’elle -est -belle -j’en -reviens -pas, j’ai commandé l’Europe, j’ai fait plein de voyages super et je rentre de vacances du Brésil. C’est comme mes potes qui ont multiplié leur fortune par vingt, y a rien qui va mal pour eux. Ils ne vendent pas- pas fous !- ils attendent des jours meilleurs et licencient pour faire quelques économies. Pratiques, les licenciements motivés par la crise, on vous persuade que c’est la fatalité et ça fait tenir tranquilles ceux qui travaillent, tant ils ont peur d'être virés.

 La crise économique et financière mondiale est venue ajouter son lot de peines et de souffrances. Vous voyez, c’est pas notre faute, ah ah ! Pour être franc, on savait que cette spirale de spéculation mènerait à la catastrophe, mais dans la finance, on raisonne à court terme : je gagne, je mets à l’abri dans un paradis fiscal, et je pleure ensuite pour que les Etats compensent mes pertes. Ca s’appelle privatiser les gains et socialiser les pertes.

Chacun d'entre vous en subit les conséquences. Surtout les pauvres et les classes moyennes, parce que nous- vous n’avez qu’à lire GALA ou Voici-  on s’amuse toujours dans des soirées richissimes. Mon copain Johnny a fait tapisser les colonnes de sa maison de Los Angeles avec du croco noir. Vous savez ce que ça coûte la peau de croco ? Non ? Moi, je peux vous le dire : c’est très cher, c’est très moche, mais ça en jette…set. Waouh, je fais des jeux de mots, j’adore ça.  

Face à cette crise je mesure la responsabilité qui est la mienne. Cette responsabilité je l'assumerai pour que tous ceux qui en ont besoin soient protégés par l'Etat et que notre pays sorte plus fort de cette épreuve. Depuis que les difficultés sont apparues je vous ai toujours dit la vérité et j'ai agi. C'était mon devoir. La vérité, c’est ce qui est en rose, même si elle n’est pas rose. Le discours en petits caractères bleus, c’est le discours parfait, pas une phrase çà changer, on ne peut qu’être d’accord avec, le mec qui me les rédige est vraiment un as du creux qui a l’air plein. Vous verrez, dès que j’aurai causé, les journalistes seront pleins de « Le président a délivré un message », « Le président a montré sa détermination », etc. Je me régale d’avance.

  Le pire aurait été que, dans cette situation, chaque pays décide sans se préoccuper des autres. Les initiatives que j'ai prises au nom de la présidence française de l'Union européenne pour coordonner l'action de tous les Européens et pour réunir les chefs d'État des vingt plus grandes puissances mondiales à Washington, ont permis d'éviter que le monde s'engage sur la pente du chacun pour soi qui aurait été fatale. De même, l'immobilisme serait une faute. Putain, cette phrase, ça fait Maître de l’Univers, carrément, j’en jouis rien qu’à la prononcer.  

J'ai promis que les mêmes causes ne produiraient plus les mêmes effets. Et comme le disait mon prédécesseur, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

La France a exigé des changements pour moraliser le capitalisme, promouvoir l'entrepreneur sur le spéculateur, sanctionner les excès inacceptables qui vous ont scandalisés à juste titre, pour redonner à la dimension humaine toute sa place dans l'économie. Nous obtiendrons des résultats lors du prochain sommet de Londres le 2 avril. On aura gagné un an, puisque la crise a commencé en mai 2008, juste quand DSK affirmait qu’elle était derrière nous. De toutes façons, qui a été sanctionné parmi les patrons voyous ? Les trois dirigeants de la Caisse d’Epargne. Les autres sont en poste, les parachutes dorés sont à l'abri dans leurs comptes bien verrouillés et le petit Kerviel écrit ses mémoires, ça donnera un film sur sa vie. J’irai le voir s’il joue dedans, il ressemble trop à Tom Cruise et Tom Cruise, c’est mon copain. Vous voulez que je vous dise la vérité : les mêmes causes produisent forcément les mêmes effets, la seule différence, c’est qu’on essaiera d’être assez malins pour ne plus se faire prendre !

Dans une période de crise comme le monde n'en avait pas connu depuis bien longtemps, j'ai essayé de changer l'Europe. Depuis toujours j'ai la conviction que l'Europe ne doit pas subir mais agir et protéger. Avec la réponse commune à la crise financière, la résolution de la crise géorgienne, la création de l'Union pour la Méditerranée, l'accord sur le climat et l'énergie, la preuve est faite désormais que c'est possible. Ce n'était qu'un premier pas. Il faut continuer car je reste persuadé que le monde a besoin d'une Europe forte, indépendante, imaginative. Vous imaginiez quoi ? Que j’allais dire : je reste persuadé que l’Europe est un ramassis de vieux pays sans imagination qui ne font pas le poids face à la Chine et aux pays émergents ?

Les difficultés qui nous attendent en 2009 seront grandes. J'en suis pleinement conscient. Je suis plus décidé que jamais à y faire face, avec le souci de la justice, Ne me parlez ni du paquet fiscal, ni des exonérations de charges pour les entreprises, ni du bouclier fiscal qui empêche de taxer les parachutes dorés et les revenus excessifs du capital, tout cela m’agace, ça fait frustré de sa race. Tout le monde ne peut pas être riche, sinon ça ruine la planète, et vous êtes bien écolo, non? 

 avec l'obsession d'obtenir des résultats. Après avoir préservé les économies de chacun grâce au plan de sauvetage des banques, ce sont les emplois de tous qu'il faut désormais sauver. J’arrive à dire cela sans rire alors qu’on vient d’annoncer 63000 chômeurs de plus…

Le plan de relance massif de l'investissement de 26 milliards d'euros qui a été décidé y contribuera. C'est un effort considérable. Des mesures ont été arrêtées pour sauver notre industrie automobile, en contrepartie de l'engagement des constructeurs de ne plus délocaliser leur production. Vous vous souvenez d’Arcelor Mittal qui avait promis de e pas fermer son site ? D'autres initiatives seront prises avec le fonds souverain dont nous nous sommes dotés pour préserver notre tissu industriel.

Nous serons pragmatiques, attentifs, réactifs et s'il faut faire davantage, nous le ferons mais en gardant notre sang froid.  Les difficultés, mes chers compatriotes, nous avons les moyens de les affronter. A condition d'être solidaires les uns des autres. Je ne laisserai pas les plus fragiles se débattre seuls dans les pires difficultés. Putain, dire cela alors que je viens de supprimer la prise en charge du transport des handicapés, faut oser. Dans l'épreuve, la solidarité doit jouer sans que le travail soit découragé. C'est pourquoi j'ai voulu que soit créé le RSA, qui s'appliquera pour la 1ère fois en 2009. Désormais, chaque Français qui reprendra un travail sera encouragé, valorisé, récompensé. Et les licenciés devenus chômeurs  seront traités d’assistés, de gens qui ne veulent pas s’en sortir, de gauchistes même. Diviser pour régner, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais ça marche du tonnerre. Le RSA, soyons juste, ce n’est pas moi qui l’ai voulu, c’est Martin Hirsh, et il a eu du mal à l’imposer, je vous le dis !

Pour nous en sortir chacun devra faire des efforts. Car de cette crise va naître un monde nouveau auquel nous devons nous préparer en travaillant plus, en investissant davantage, en poursuivant les réformes qu'il n'est pas question d'arrêter car elles sont vitales pour notre avenir. Vous aurez compris, j’espère, que ce monde nouveau dont je parle n’est ni écologique, ni fraternel, ni culturel, d’ailleurs je ne parle jamais de la culture dans mes discours, ça m’emmerde. Ce monde nouveau, c’est le même, en plus fort. D’ailleurs pourquoi aurais-je envie de changer un monde qui m’a si bien réussi ? Vous avez vu : Président de la République, je fais ce que je veux, je vais où je veux, je m’achète des avions quand je veux, je m’augmente tout seul mon salaire et j’ai une cour qui m’encense. Pourquoi voudriez-vous que j’ai envie de changer cela ?

 Durant l'année 2009, nous réformerons l'hôpital dont les personnels sont admirables de dévouement et de compétences, la formation professionnelle indispensable pour que chacun ait la chance d'un emploi, notre organisation territoriale que tant de conservatismes ont rendu inextricables, la recherche qui conditionne notre compétitivité. En gros, on va privatiser au maximum, parce que les vieux et les malades sont un marché d’enfer. Qui mégoterait pour que pépé et mémé soient bien soignés et que le gamin leucémique bénéficie d’un traitement de pointe ? Le cancer fait vivre plus de gens qu’il n’en tue, donc ça devient un marché et je crois à la loi du marché. Le service public, c'est de la poésie pour vieilles filles idéalistes. Et puis réorganiser les collectivités territoriales sous prétexte de simplification,  ça permet de transférer des pouvoirs des élus locaux sur des délégations contrôlées par des préfets… préfets directement dépendants du pouvoir central. Eh eh, la gauche qui se targue de gagner les élections locales va vite voir que ça ne  lui sert pas çà grand-chose.

 Je pense aussi à la réforme du lycée qui est nécessaire pour éviter l'échec de tant de nos enfants dans l'enseignement supérieur et l'injustice qui fait que tant de fils et de filles, de familles modestes n'ont pas les mêmes chances que les autres. J'ai demandé que soit pris le temps de la concertation, parce que prendre le temps de réfléchir ensemble, ce n'est pas perdre du temps pour la réforme. C'est en gagner. En fait, ce sont les grecs qui m’ont fait changer d’avis. La contestation étudiante, ça fait vite boule de neige, les italiens aussi s’agitent, pas envie d’avoir un mai 68 en mars 2009! Faut calmer le jeu mais ils ne perdent rien pour attendre.

Je pense enfin à la réforme de notre procédure pénale si importante pour mieux protéger nos libertés individuelles, dont la nécessité s'est faite jour plusieurs fois de façon criante durant l'année écoulée.  Les sans –papiers poursuivis jusque devant les écoles et ce pauvre type incarcéré comme terroriste sans aucune preuve en savent quelque chose…

Mes chers compatriotes, toutes ces réformes, je les mènerai avec le Premier ministre François Fillon et le gouvernement, non par esprit de système mais parce qu'elles sont la condition qui permettra à la France de se faire une place dans ce nouveau monde qui se construit. Ainsi, nous deviendrons plus compétitifs, plus innovants. Et en même temps, nous préserverons les valeurs qui font notre spécificité : le travail, l'effort, le mérite, la laïcité et la solidarité, sans laquelle aucun effort n'est acceptable. Travail, effort, mérite, ça fait trop penser à Travail, Famille, Patrie. C'est pour ça qu’on m’a conseillé d’ajouter Laïcité (alors que l’an dernier je ne jurais que par le fait religieux et le Pape !) et solidarité. J’ai accepté. Du moment qu’on ne me force pas à dire Liberté, Egalité, Fraternité.

 Enfin, la France continuera d'agir en Afrique, en Asie, et bien sûr au Moyen Orient où je me rendrai dès lundi parce que c'est la vocation de la France de chercher partout les chemins de la paix, comme c'est dans sa vocation d'agir pour les droits de l'homme. Mais je respecte les impératifs de marketing : Israël et Palestine, c’est très médiatique, tandis que si j’étais allé m’intéresser aux massacres de décembre en République Démocratique du Congo (400 civils tués, plus de 5 millions de victimes en dix ans) ça n’intéressait personne et ça gênait nos industriels qui exploitent là-bas les ressources du sous-sol.

  Mes chers Compatriotes,  la crise nous oblige à changer plus vite et plus profondément. Et vous allez en chier, je vous ai prévenus dès le début de cette allocution. La crise est une épreuve. Elle est aussi un défi. Ce défi là, je veux le relever avec vous. Vous pouvez compter sur moi. Nous avons des atouts considérables. Il y a dans le peuple français quand il est rassemblé assez d'énergie, d'intelligence et de courage pour que nous ayons ensemble confiance dans l'avenir. Et comme je le disais en mai 2007 : « ensemble, tout est possible. » Vous avez vu : tout, vraiment tout. On peut même dire que la réalité dépasse tout ce que vous aviez pu imaginer.   

Nous allons sortir renforcés de cette crise.  Du fond du cœur je présente à chacun d'entre vous mes meilleurs vœux pour 2009.







Il ressentit un grand froid, l’impression d’être entouré de milliers de personnes dans un brouillard brouhahatique. Mais non, il n’y avait que sa tendre épouse qui lui donnait des gifles en lui souriant tendrement : « Que se passe-t-il ? Où suis-je ? »

-Ne bouge pas, ne t’agite pas, Mon Mari Maître du Monde, lui dit-elle d’une voix douce. Tu as eu un malaise en commençant ton discours. Le SAMU est venu mais tu sais comme ils sont débordés en ce moment : ils t’ont injecté du Penthotal- du sérum de vérité- au lieu d’un simple calmant. Erreur pas mortelle, rassure-toi, tu es vivant.

-Putain, qu’est-ce que j’ai dit, qu’est-ce que j’ai dit ???

La belle sourit : « Tu as dit la Vérité, mon amour, mais n’aie pas peur. C’est une allocution pré-enregistrée. On va la refaire et tu vas juste dire ton discours bleu. Bleu comme la Tour Eiffel derrière toi.

Il soupira, heureux. Personne, jamais, ne saurait la vérité.

 

Par Françoise Simpère - Publié dans : CHANGER
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