Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 10:38

Samedi dernier, 4è réunion de « Polyamour.info.  Une bande de joyeux fêtards quinquagénaires et multicolores entrent avec moi dans l’immeuble et grimpent au même étage : des amoureux pluriels rescapés de communautés américaines et australiennes où, prétendent-ils, « tout le monde aimait tout le monde, et ça ne posait aucun problème ».  (Cela étant, les amours plurielles n’obligent aucunement à aimer tout le monde (!!!), cette idée me rappelle certains dogmes des seventies « tu ne veux pas coucher ? Ben t’es pas libérée… ») On s’est donc retrouvé à plus de quarante,  Guilain va devoir déménager vite fait au Zénith devant un tel succès…  La moyenne d’âge habituellement trentenaire a été rehaussée par la présence des joyeux drilles déjà décrits, puis abaissée par l’arrivée d’un bébé de trois semaines qui a roupillé toute la soirée dans les bras de son père, bercé par l’ambiance chaleureuse. Plaisir de parler d’amour, d’échanger des mots gentils, de se faire masser les épaules par un dévoué garçon ou mettre la main au cul par une fille qui avait à l’évidence flashé sur le mien, tout en conversant des rapports entre politique et vie amoureuse- mon dada, vous le savez- et en dégustant les bonnes choses et boissons apportées par les uns et les autres.  Bref, les soirées de ceux qui pensent qu’aimer et être aimé au pluriel compense l’injustice de n’avoir qu’une vie J sont en passe de devenir les plus sympathiques de la capitale.  Sauf à un moment où  la discussion sur le thème « Qu’est-ce que le polyamour » s’est enlisée dans un laborieux effort de définition. Chacun avait la sienne, ce qui est normal, puisque ce choix infiniment personnel, basé sur l’expérimentation/ correction permanente, est difficilement réductible à une définition unique. Cependant, il y eut quelques ayatollahs prêts à excommunier du cercle vertueux des « bons » polyamoureux, celui ou celle qui ne correspondait pas à leur idée de la chose. Toujours ce besoin d’étiqueter,  de ranger les sentiments dans des petites cases, d’édicter une norme, alors que l’expérience que j’en ai depuis 35 ans me pousse à penser que les amours plurielles ne peuvent être enfermées dans des règles. Elles sont une ouverture des possibles, avec des sentiments évolutifs, cycliques et non linéaires, où chacun devrait inventer ses propres règles avec rigueur et liberté, sans laxisme ni dogmatisme.

Pour sortir de l’enlisement, j’ai demandé si enculer les coléoptères était vraiment nécessaire, précisant que cette discussion qui s’éternisait me faisait penser à un film porno. C’est excitant deux minutes puis rapidement ennuyeux… Du coup la joyeuse bande de lurons/luronnes a proposé un atelier « câlins » dans la chambre voisine. « Atelier » pour des câlins, ça me fait le même effet que « enseignement des techniques de la fellation » pour une turlute : en ce domaine, je suis plutôt autodidacte …  J’ai donc continué à papoter avec des habitués des réunions : on a joué sur les mots entre maths et amour : « Pour aimer au pluriel faut-il avoir une identité remarquable ? » « Les racines du polyamour sont-elles dans l’intersection ou dans la tangente ? » et autres variations sur la géométrie dans l’espace que nécessitent ces relations.  Plusieurs ont fait les  classes prépa, ceci explique cela.  Les câlineurs sont vite revenus, bavardage plus informel et de fait plus intéressant, puis ils nous ont quittés avec force embrassades.  Nous avons poursuivi jusqu’à plus de minuit. Davantage de filles que de mecs, mais la qualité de ces derniers et leur envie de se poser des questions sur leurs sentiments est un bonheur rare, les garçons sont si fermés d’ordinaire en ce domaine.

Cependant, en rentrant, j’avais un sentiment de déjà vécu. L’impression de remettre mes pas dans des empreintes très (trop) familières. Comme il se trouve que pour des raisons d’écriture je compulse en ce moment des écrits anciens, j’ai ressorti mon premier manuscrit, jamais publié.  L’héroïne y dit à son mari : « Tu ne me prives pas d’amour parce que tu aimes Claire. On n’a pas une dose d’amour déterminé à offrir dans une vie. Tu m’aimes, tu aimes Claire… -Pas autant !  -Mais si, autant. Cesse de mesurer, je t’en prie, c’est ridicule. Tu aimes autant que moi une foule de gens et c’est heureux. Ceux qui ont décrété l’amour exclusif, l’amour qu’on mesure, l’amour qui doit se prouver sont des criminels. Ce qui m’importe, ce n’est pas d’être la seule que tu aimes, c’est que tu m’aimes. Tout le reste n‘est qu’amour propre, égoïsme… » Et quelques pages plus loin : « Tu pourrais me quitter pour une autre vie, je ne t’en voudrais pas. D’ailleurs, tu ne serais jamais loin. Je te connais trop pour que tu puisses disparaître de ma vie. Où que tu sois, je saurais que tu t’endors sur le côté gauche, que tu tournes ton café dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et que tu resales tout ce que tu manges. Quand on connaît ces détails d’un homme, on n‘est jamais loin de lui. Je ne me sentirais vraiment seul que si tu mourais, même fou d’amour pour moi. J’ai besoin de savoir que quelque part bat un cœur, frissonne une peau, vibre un corps. En somme, si partir c’est mourir un peu, mourir, c’est partir beaucoup. »

J’ai écrit cela à 22 ans,  je n’y changerais pas un mot.  Comme pour d’autres textes plus politiques et toujours d’actualité retrouvés ici ou là. Les jours de bon moral ils me donnent à penser que je suis fidèle à mes idéaux de jeunesse, les autres jours à réaliser mélancoliquement que ce monde me déplaît depuis près de trente ans ! De là sans doute ce désir de garer ma vie dans un univers parallèle et plus tendre pour Jouer au monde.  L’instinct de conservation…


 

 

AUJOURD’HUI 23 FEVRIER, JULIEN COUPAT, n° d’écrou 290173 EN EST A SON 101è JOUR DE DETENTION A LA PRISON DE LA SANTE TOUJOURS SANS AUCUNE PREUVE QU’IL AIT COMMIS LE MOINDRE FAIT DELICTUEUX. CA COMMENCE A TROP FAIRE, NON ?

Par Françoise Simpère - Publié dans : EROS
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