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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 11:43

A la radio, il a dit « plénitude », et j’ai dressé l’oreille, car c’est le mot que je préfère dans la langue française. Hadrien, 18 ans, a passé quatre mois à marcher seul sur les chemins de France, accompagné de sa vache « bio » Camomille. Il a parcouru 1300km, s’est nourri de plantes sauvages ou de l’hospitalité de quelques villageois, dormi à la belle étoile ou dans des granges et dit « On a besoin de peu de choses pour être heureux. Jamais de ma vie je n’ai ressenti une telle plénitude ».  Laurent Ruquier s’étonne : « MSN, le portable, les copines, ça ne t’a pas manqué ? » Non.  Le jeune homme n’a pas de mobile- sa mère lui en prête un en cas de besoin- et aime la solitude, même s’il a des copains et des copines. Il a aussi un bac S avec mention, condition mise par ses parents pour le laisser partir, alors qu’il pensait à ce voyage depuis l’âge de 15 ans et a étudié pendant deux ans les plantes sauvages pour pouvoir se nourrir de façon autonome et sans s’empoisonner.

Les chats ne font pas des chiens : ses parents sont agriculteurs « bio », mais ce n’est pas cette option qui a guidé son choix : « J’ai grandi en ville mes huit premières années. Ma mère a été formatée par ses études scientifiques pour bosser sur les OGM. Très vite elle s’est posée des questions sur l’innocuité et surtout l’intérêt de ces manipulations. Vous voyez les vaches du Salon de l’Agriculture ? Les gens s’extasient, les voient manger du fourrage et ça les fait rêver d’une France rurale qui n’existe plus. En réalité elles sont nourries avec des céréales à 90% OGM. A part Camomille, bien sûr ! Ma mère a donc quitté l’agronomie pur devenir enseignante universitaire, mon père travaillait en entreprise. Il y a dix ans, ils ont tout quitté pour devenir agriculteurs « bio ». Ils ne m’ont pas donné le goût de la nature, je l’ai toujours eu, ils m’ont  surtout montré qu’on peut sortir du formatage, faire ses propres choix et vivre libre. » - Vous avez parlé de plénitude. C’était quoi pour vous ? – C’était le sentiment de toucher au plus près la liberté, n’avoir plus aucun problème pour me nourrir, boire, dormir… Aucune dépendance. Même quand j’ai dormi dehors sous la pluie, j’étais heureux.  Il ne m’est rien arrivé de fâcheux alors que plein de gens me disaient que c’était dangereux de partir seul sans un sou. Certains voulaient me donner de l’argent, j’ai refusé, je n’acceptais que l’hospitalité si je pouvais en plus apprendre quelque chose. J’ai appris la survie en milieu naturel, la solitude où on ne se sent pas seul, la capacité d’adaptation aux imprévus et aux intempéries- dans le massif central, il gèle la nuit dès octobre !- et des techniques d’artisanat… Je n’ai qu’un regret : j’avais emporté ma guitare pour apprendre à jouer avec des gitans et je n’ai pas eu le temps. J’ai surtout joué de l’harmonica… »

Il y a eu aussi la découverte de l’intimité avec Camomille qui s’est adaptée à marcher, à porter des charges et à ruminer à des heures inhabituelles. La génisse, une jolie charolaise avec sa frange de poils sur le front façon « Beatles »,  entretient avec son ami Hadrien une complicité indéniable… Je revois en un éclair les images du docu « We feed the world, avec ses animaux comprimés dans des boxes minuscules, les poussins mâles broyés vivants et cherchant à fuir la main qui les attrape comme des objets inanimés… Deux mondes opposés ! Depuis son retour, Hadrien a écrit un livre sur son voyage, réalisé un herbier des plantes vernaculaires qu’il a étudiées, et rédigé un rapport pour  Zellidja, l’association qui lui a octroyé une bourse de voyage de 900 €. Budget de  l’épopée pour 4 mois : 945 €, tente, matériel de cuisine et vêtements compris.  

Pourquoi es-tu allé voir un philosophe ? –C’était un des buts de mon voyage. Je voulais l’écouter. Il m’a livré ses interrogations sur le monde, un regard plus global… - Et alors ? –Je trouve qu’on vit dans un monde rongé par la peur, alors qu’il y a tant de choses merveilleuses à découvrir. Mon moteur, c’est la curiosité. En avril, je vais partir en Italie chez un fauconnier pour apprendre son art,  j’ai postulé pour une autre bourse Zellidja ( www.zellidja.com ) afin de partir en Amazonie dans une tribu amérindienne. »

Hadrien, Camomille et leur livre sont jusqu’au 1er mars au Salon de l’Agriculture, hall 1, allée N, Stand 8.  Quand je vous disais que les choses frémissent...

Le temps d’écrire cet article, j’ai fait cuire mon repas de midi : 500 grammes de panais bio, épluchés et coupés en tronçons ou grosses rondelles. Saupoudrés d’un demi sachet de sucre vanillé, largement poivrés, puis recouverts d’eau froide dans laquelle j’ai jeté des copeaux de beurre salé. Cuisson à feu moyen et à découvert jusqu’à évaporation totale de l’eau et légère caramélisation des légumes. Parsemer de persil hâché. C’est tout. Avec un bout de fromage pour les protéines, voilà un délicieux repas, équilibré.

 

 

 

 

AUJOURD’HUI 26 FEVRIER, JULIEN COUPAT, n° d’écrou 290173 EN EST A SON 104 è JOUR DE DETENTION A LA PRISON DE LA SANTE TOUJOURS SANS AUCUNE PREUVE QU’IL AIT COMMIS LE MOINDRE FAIT DELICTUEUX. PENSEZ A LUI ECRIRE, MERCI.  

 

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

Emmanuelle 05/03/2009 12:49

Bonjour Françoise ! Voici quelques temps que je ne prenais plus le temps (aahhhh le quotidien... on dirait Sarkozy tiens :) de venir voyager sur votre blog, je dis voyager car même lorsque vous déversez votre cagette de révolte, votre idéalisme me fait voyager... et revoir mon auvergne sur cette belle photo du Puy Mary, quel bonheur ! de ces petits bonheurs qui éclairent une journée et qui donnent encore plus d'énergie pour soutenir notamment la justice et son indépendance, et le prisonnier non jugé Julien Coupat ! Belle journée Françoise !

S@m 27/02/2009 23:40

"La vache et le prisonnier" avec FERNANDEL.

Lyanne 27/02/2009 22:49

Voilà qui me plait bien...

emmi 27/02/2009 14:10

benjamin, j'aime beaucoup, beaucoup, cette non-définition de toi (je te tutoie désolée c'est venu comme ça), qui même si elle n'est qu'un pan de complexité, l'évoque néanmoins très bien. bon je m'y retrouve aussi, et ton "ce type qui préfère sa flemme et une réalisation absente à une demi réalisation" me parle pas mal...je dois dire que je reste moi aussi admirative, comme françoise,  devant cette capacité de se donner ce qu'on cherche, comme cet hadrien, ou toi ou beaucoup d'autres - parfois je me dis que je ne l'ai pas fait quand j'étais encore dans cette jeunesse-là, d'autre fois je me dis que je l'ai fait, mais que je ne cherche plus la même chose dans ma jeunesse d'aujourd'hui.

Benjamin L 27/02/2009 12:10

@Françoise : Hooo, je pense être encore assez loin d'un renoncement quelconque : j'en suis encore au stade de la recherche de réponse…Par contre, ces histoires de libertés qui se prennent, c'est pour moi trop attaché à Charles Maurras (oui, je sais Kropotkine aussi, mais bon) pourque je me sente parfaitement à l'aise avec cette affirmation.Du coup, ma culture judéo-chrétienne me fait revenir à des histoires bibliques de dons (de liberté, dans notre cas), en échange d'espoirs de retours, même pas au centuple. Je me contenterais d'un simple un pour un.@Paula : « Into the wild », la première fois que je l'ai visionné, m'a laissé un goût étrange : à la fois je trouvais l'histoire belle, et ne même temps, j'avais trouvé le héros très… égoïste. Par contre, il m'a donné envie de lire Henry David Thoreau. Et là, ça a été une mini-révélation. Je suis revenu au film, que j'ai beaucoup mieux apprécié ainsi, après coup.Il y a quelque-chose chez ce philosophe quelque-chose de profond, de fragile, et qui se cherche une cohérence qui me touche vraiment vraiment beaucoup.À propos de cohérence, je dois dire que ça m'a plutôt fait rire (très jaune) de voir faire un début d'apologie de la décroissance sur un blog hébergé par… Microsoft. Blurp.

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