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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 21:35

Ecrire entr’ouvre la porte entre le conscient et l’inconscient, laisse filer ce que d’ordinaire on tait ou travestit. Dans ce que j’écris actuellement, il y a un couple d’émigrés déjantés, un jeune homme border line, une fille qui fuit le monde tel qu’il est devenu,  une militante déçue, une femme quittant une existence où elle a « tout pour être heureuse », un créateur d’imaginaire, une vieille dame indigne mais heureuse…  Derrière la façade, chercher les fêlures, les fissures. Là où poussent les fleurs.

Aucun de ces personnages n’existe dans la réalité et tous pourtant.  En écrivant me revient le souvenir de T… qui venait frapper à ma porte, un pack de bières à la main, un sourire mélancolique sur le visage : « Ma petite Françoise, on peut parler ? » T.  avait été infirmier de guerre au Liban. Un jour,  lui et son binôme ont été pris dans un guet-apens. Le binôme a été tué, T. massacré et laissé pour mort. Il s’en est tiré sans trop de séquelles physiques, les gens l’ont trouvé chanceux. Mais les séquelles psychologiques ne l’ont pas quitté : une amnésie totale, réveillée des années plus tard par un accident, où là encore son compagnon est mort et pas lui. Tout lui est alors revenu de la guerre, en cauchemars épouvantables où surnageait, lancinant, le sentiment de culpabilité d’être toujours vivant. Ce sentiment qu’éprouvent paraît-il les rescapés de toutes les guerres, qui ne racontent rien de ce qu'ils ont vu et vécu, sauf entre vétérans. T.  me parlait, je le prenais dans mes bras, l’encourageait à continuer mais il se taisait brusquement. « Non, Françoise, tu es indemne, je ne veux pas te mettre ces cauchemars dans la tête ». C’était déchirant. Un été où j’avais passé une semaine de camping près de chez lui, il m’a confié devant une canette sa décision de commencer une psychothérapie : « Je ne m’en sortirai pas sans cela. » Je l’ai approuvé.  Un mois et demi plus tard, en regardant à la TV des images de la guerre d’Irak, il s’est écroulé mort sur sa table à manger.  Pas eu le temps de voir le psy.

Dans un autre registre, il y a eu C. pleurant sur mon épaule un soir où il avait comme d’habitude noyé dans l’alcool son regret de n’avoir jamais été steward sur un paquebot. Il rêvait de faire le tour du monde, de lever l’ancre, et était devenu gratte-papier, le cœur lourd des horizons qu’il ne verrait jamais. Mort prématurément lui aussi. Et puis cet autre de 45 ans, qui s’est ennuyé toute sa vie au boulot et sans doute ailleurs…  Il a eu quelques occasions de changer de vie, des opportunités vers la trentaine, non saisies. Peur de se lancer, de perdre la situation sûre pour laquelle il avait été formaté dans sa jeunesse par des parents fiers de le voir faire une grande école, peur de décevoir son entourage. Il découvre aujourd’hui que d’avoir été si sage, si respectueux de tout, ne l’a préservé ni des risques de licenciement ni du regret de ce qui aurait pu être et ne sera jamais plus.

INTERMEDE MUSICAL

 


 

Et puis à l’inverse, heureusement, il y a P. qui a décidé un jour de quitter sa vie d’ingénieur pétrolier pour se consacrer à la musique, et G. qui a bourlingué de métier en métier au feeling, à l’instinct. Tous deux ont traversé des remous financiers, sentimentaux, sexuels, des maladies, des fureurs, des aventures… mais se retrouvent à 70 ans passés apaisés et heureux. Avec sans doute quelques remords mais pas de regrets.

La vie comme une donne de cartes dont il faut choisir lesquelles on jouera, ce qu’on peut accepter et ce qu’on doit refuser pour être fidèle à soi.  Connaître les règles du jeu social n’oblige pas à y croire.  L’héroïne de mes pages le dit à son meilleur ami : « Laisse moi au moins le luxe de n’y pas croire un instant ».  J’aurais pu le dire.  Jouer au monde, sans trop y croire. 


Je ne sais pas si j’arriverai à publier ces pages qui depuis des années me tiennent à cœur. Elles perturbent les éditeurs parce que je sors de la case « érotique » dans laquelle ils m’ont enfermée. « Vos lecteurs vont-ils vous suivre ? »  Je n’en sais rien. Mais j’irai au bout de ce livre. Qui finira peut-être comme cette chanson

 

 


 

 

 

JULIEN COUPAT EST DETENU DEPUIS LE 15 NOVEMBRE 2008, SUR UNE ACCUSATION DE TERRORISME SANS AUCUNE PREUVE. RECONNAITRE CETTE ERREUR ET LIBERER COUPAT, MADAME ALLIOT MARIE, SERAIT DE VOTRE PART UNE PREUVE… D’INTELLIGENCE

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

françoise 06/06/2009 00:45

à Marie: merci, c'est avec plaisir que j'illustrerai certains billets avec vos photos, en vous citant évidemment.

Marie 05/06/2009 14:32

Bonjour Françoise,J'aime beaucoup votre blog que je suis régulièrement ...Si vous voulez utiliser quelques unes des photos de mon blog pour l'illustrer ce sera avec plaisir ;-)Marie

françoise 01/06/2009 15:28

à Shandora: ça y est, je pense avoir deviné qui vous êtes...à Miller: c'est drôle que vous ayiez trouvé ce texte haineux, ça n'a rien à voir avec du JM Rouillan. Par ailleurs Coupat ne vit pas aux frais de son papa, il était avec ses potes de Tarnac où il travaillait dans l'épicerie du village- entre autres- mais la justice lui interdit d'y retourner, et le voilà donc assigné à résidence en région parisienne où résident ses parents. Ce n'est pas pareil.

Miller 29/05/2009 12:58

Oui je sais bien, mais la violence verbale n'est jamais innoncente, elle est toujours le prélude de quelque chose. Non, décidément, plus j'en apprends sur ce type (je viens de lire en diagonale "L'insurrection qui vient"), et moins j'ai de sympathie pour lui. C'est un petit-bourgeois honteux, comme le dit un lecteur de Libé. Il vit aux frais de son papa et veut tout casser! Oh le pauvre garçon...Ça n'empêche pas que sa détention était scandaleuse, je le répète, et ça n'empêche pas non plus qu'il est indispensable que certains intellectuels critiquent cette société. Mais comme ça, non. Il me fait penser à Jean-Marc Rouillan, c'est dire: le mépris, la haine, l'aigreur, la violence. Ah bon, et vous voulez instaurer un monde meilleur? Mais regardez-vous!

shandora 29/05/2009 09:22

on s'est rencontré...moi aussi, sortant de la case érotique...et j'ai eu bien du mal à convaincre le monde qu'à part de savoir faire l'amour, je savais parler d'autre chose....on ne se résoud pas qu'à une partie de la vie...mais tel est fait le monde...on nous met un tampon sur le front et hop! casé...
 
J'ai change de nom, d'apparence et dans l'anonymat, je peux m'exprimer....qui sait, peut etre un jour, je pourrais dire ces choses en public, mais dans la réalité je m'en moque...je partage quand même, à ma façon...et c'est ça qui compte. le partage...comme tu l'as si bien écrit dans cet article...c'est le partage avec ces personnes là...qui a compté, et qui continuera à compter....
 
je t'embrasse fort

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