Ecrire entr’ouvre la porte entre le conscient et l’inconscient, laisse filer ce que d’ordinaire on tait ou travestit. Dans ce que j’écris actuellement, il y a un couple d’émigrés déjantés,
un jeune homme border line, une fille qui fuit le monde tel qu’il est devenu, une militante déçue, une femme quittant une existence où elle a « tout pour être
heureuse », un créateur d’imaginaire, une vieille dame indigne mais heureuse… Derrière la façade, chercher les fêlures, les fissures. Là où poussent les fleurs.
Aucun de ces personnages n’existe dans la réalité et tous pourtant. En écrivant me revient le souvenir de T… qui venait frapper à ma porte, un pack de bières à la main,
un sourire mélancolique sur le visage : « Ma petite Françoise, on peut parler ? » T. avait été infirmier de guerre au Liban. Un jour, lui
et son binôme ont été pris dans un guet-apens. Le binôme a été tué, T. massacré et laissé pour mort. Il s’en est tiré sans trop de séquelles
physiques, les gens l’ont trouvé chanceux. Mais les séquelles psychologiques ne l’ont pas quitté : une amnésie totale, réveillée des années plus tard par un accident, où là encore son
compagnon est mort et pas lui. Tout lui est alors revenu de la guerre, en cauchemars épouvantables où surnageait, lancinant, le sentiment de culpabilité d’être toujours vivant. Ce sentiment
qu’éprouvent paraît-il les rescapés de toutes les guerres, qui ne racontent rien de ce qu'ils ont vu et vécu, sauf entre vétérans. T. me parlait, je le prenais dans mes bras,
l’encourageait à continuer mais il se taisait brusquement. « Non, Françoise, tu es indemne, je ne veux pas te mettre ces cauchemars dans la tête ». C’était déchirant. Un été où j’avais
passé une semaine de camping près de chez lui, il m’a confié devant une canette sa décision de commencer une psychothérapie : « Je ne m’en sortirai pas sans cela. » Je l’ai
approuvé. Un mois et demi plus tard, en regardant à la TV des images de la guerre d’Irak, il s’est écroulé mort sur sa table à manger. Pas eu le temps de
voir le psy.
Dans un autre registre, il y a eu C. pleurant sur mon épaule un soir où il avait comme d’habitude noyé dans l’alcool son regret de n’avoir jamais été steward sur un paquebot.
Il rêvait de faire le tour du monde, de lever l’ancre, et était devenu gratte-papier, le cœur lourd des horizons qu’il ne verrait jamais. Mort prématurément lui aussi. Et puis cet autre de 45
ans, qui s’est ennuyé toute sa vie au boulot et sans doute ailleurs… Il a eu quelques occasions de changer de vie, des
opportunités vers la trentaine, non saisies. Peur de se lancer, de perdre la situation sûre pour laquelle il avait été formaté dans sa jeunesse par des parents fiers de le voir faire une
grande école, peur de décevoir son entourage. Il découvre aujourd’hui que d’avoir été si sage, si respectueux de tout, ne l’a préservé ni des risques de licenciement ni du regret de ce qui aurait
pu être et ne sera jamais plus.
INTERMEDE MUSICAL
Et puis à l’inverse, heureusement, il y a P. qui a décidé un jour de quitter sa vie d’ingénieur pétrolier pour se consacrer à la musique, et G. qui a bourlingué de métier en métier au feeling, à l’instinct. Tous deux ont traversé des remous financiers, sentimentaux, sexuels, des maladies, des fureurs, des aventures… mais se retrouvent à 70 ans passés apaisés et heureux. Avec sans doute quelques remords mais pas de regrets.
La vie comme une donne de cartes dont il faut choisir lesquelles on jouera, ce qu’on peut accepter et ce qu’on doit refuser pour être fidèle Ã
soi. Connaître les règles du jeu social n’oblige pas à y croire. L’héroïne de mes pages le dit à son meilleur ami : « Laisse moi au moins le luxe
de n’y pas croire un instant ». J’aurais pu le dire. Jouer au monde, sans trop y
croire.
Je ne sais pas si j’arriverai à publier ces pages qui depuis des années me tiennent à cœur. Elles perturbent les éditeurs parce que je sors de la case « érotique » dans laquelle ils m’ont enfermée. « Vos lecteurs vont-ils vous suivre ? » Je n’en sais rien. Mais j’irai au bout de ce livre. Qui finira peut-être comme cette chanson
JULIEN COUPAT EST DETENU DEPUIS LE 15 NOVEMBRE 2008, SUR UNE ACCUSATION DE TERRORISME SANS AUCUNE PREUVE. RECONNAITRE CETTE ERREUR ET LIBERER COUPAT, MADAME ALLIOT MARIE, SERAIT DE VOTRE PART UNE PREUVE… D’INTELLIGENCE
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