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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 14:37

Pas facile de se concentrer sur l'écriture érotique dans un contexte quotidien à 1000 lieues de ces délicieuses préoccupations; Si j'y arrive pour ce livre en gestation, si je fais de beaux textes, je pourrais me dire que "c'est un métier!"

Sur ce blog aussi, avec l'actualité immédiate, le sexe est moins présent que ce qu'en attendaient sans doute certains lecteurs et lectrices. Et pourtant, le sexe peut être éminemment politique. Démonstration à propos d'un débat radio sur le thème : « PARLE-T-ON TROP DE SEXE ?

 

 

Etrange comme on pose cette question uniquement pour le sexe, et éventuellement, mais beaucoup moins souvent, pour la violence. Bizarre d’ailleurs comme sexe et violence sont systématiquement associés, y compris sur les pictogrammes de classification des films.

 

 

Que signifie d’ailleurs TROP de sexe ? Trop grand ? Quel homme se plaindrait de l’avoir trop grand ? Quant aux femmes, la question ne se pose pas : elles ont un sexe qu’elles ne passent pas leur temps à mesurer. Trop souvent ? Pas davantage. La vie sexuelle n’occupe pas une place prépondérante dans les emplois du temps. Lors d’un sondage sur les 35h, à la question  « à quoi occupez-vous vos RTT ? » les sondés parlaient de jardinage, de bricolage, de soins aux enfants et surtout de repos, mais pas un n’a affirmé en profiter pour faire davantage l’amour ! 

 

 

Là où le sexe devient envahissant, en revanche, c’est dans son aspect marchand. Sites pornographiques payants, coûteux clubs échangistes, magazines spécialisés publicité porno-chic ou trash, boutiques de lingeries « hot » et de gadgets sexuels, réseaux de prostitution, tourisme sexuel… L’argent du sexe nous envahit. Or on parle d’invasion du sexe, et pas d’invasion d’argent.

 

 

Je n’ai personnellement jamais entendu un débat sur le thème « L’économie envahit tout, n’est-ce pas pervers, est-ce que ça ne risque pas d’occulter les autres dimensions importantes de la vie ? »

 

 

Pourtant, le débat sur la primauté de l’économie mériterait d’être posé[1], tant la pensée unique : être rentable ou disparaître, engendre misère et précarité au travail, risque de pénurie d’énergie, pollutions en tous genres, inégalités croissantes et leur corollaire : montée des frustrations qui engendrent la violence, l’intégrisme et au pire le terrorisme.

 

 

Face à tant de conséquences néfastes, la priorité serait de changer notre regard sur le monde et de promouvoir une économie moins destructrice. Peu de gens s’y risquent pourtant au-delà de quelques déclarations d’intentions : « Notre problème, s’agissant des catastrophes  est que nous savons qu’elles se produiront si nous poursuivons cette course productiviste insensée, mais que nous n’y croyons pas… nous continuons à gérer nos petites affaires, à défendre nos petits intérêts, à mijoter nos petites haines comme si nous avions l’éternité devant nous. »[2]

 

 

En revanche, le sexe fait l’objet de débats permanents sur ses méfaits et de propositions de lois pour endiguer la pornographie. Avec en filigrane la tentation de la censure.

 

 

« Vous êtes pire que les autres, vous parlez de sexe avec un naturel ! » Ce cri du cœur entendu lorsque j’ai participé à une émission TV est révélateur : considérer le sexe comme un mode de communication entre les êtres, un échange libre et gratuit entre partenaires consentant(e)s est subversif. Pas pour des raisons morales, puisque parallèlement il est fort bien vu de raconter ses ébats les plus extrêmes ou de gloser sur la sexualité débordante des hommes politiques, mais parce que la liberté et la gratuité sont subversifs.

 

 

La liberté sexuelle, qui n’a rien à voir avec le laxisme,  permet de se détacher de l’Avoir pour se recentrer sur l’Etre et sur les êtres. De s’affranchir des notions de possession et de pouvoir pour devenir ludique et joyeux. En cela elle est insupportable dans une société dont le moteur économique est le goût de la possession et du pouvoir, exacerbé par les frustrations.

 

 

 

 



[1] Il l’est heureusement dans des livres comme « La dictature du profit » de Viviane Forrester (Poche) ou « La société malade de la gestion » de Vincent de Gaulejac (Seuil)

[2]  In « Pourquoi ça ne va pas plus mal ? » par Patrick Viveret . (Fayard) Philosophe et conseiller à la Cour des comptes, il  considère que la frustration sexuelle est l’un des éléments qui  perpétue notre économie « guerrière et puritaine» fondée sur l’accumulation compulsive de biens matériels. 

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Published by Françoise Simpère - dans EROS
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commentaires

Angelina 07/07/2010 13:48



Vos billets "eros" sont vraiment magnifiques. Merci de nous offrir de si belles pensées gratuitement. J'ai écrit dans un petit cahier certaines phrases de vous qui émanent de ce billet que je
considère comme des citations intemporelles.


J'ai bien sûr lu tous vos livres en poche (j'apprécie vraiment ce format, le fait qu'ils soient à des prix abordables, pas de mercantilisme...). A quand le prochain qu'on se délecte encore en
vous lisant? Je relis donc les anciens en attendant les nouveaux. Il est dommage par ailleurs que le film"La Grande amoureuse" ne soit pas disponible sur amazon par exemple.


Vous présentez toujours les amours plurielles sous leur meilleur jour. Il est vrai que c'est beau de pouvoir aimer librement. Cependant, c'est si difficile. Vous décrivez rarement les montagnes
qu'il faut franchir pour s'abreuver à la source pure.


Avec toute ma reconnaissance et mon admiration,



pierre 17/06/2008 13:47

il y aurait beaucoup à dire... le temps me manque à l'instant. néanmoins, ne pas voir la collusion entre l'économie marchande et la liberté sexuelle telles qu'elles s'exercent aujourd'hui est un manque de lucidité (ou un aveuglement volontaire)... mais cette lucidité ferait tomber le beau principe selon lequel "la liberté sexuelle permet de se détacher de l'Avoir pour se recentrer sur l'ëtre"... en constatant que la "liberté sexuelle" est avant tout une forme plus ou moins hypertrophiée de consommation.Pour ce qui est du rapprochement entre sexe et violence, je vous propose de méditer sur les oeuvres de Antonio Riello que vous pourrez découvrir ici : http://web.tiscali.it/ladiesweapons/Au plaisir

Philippe 16/06/2008 17:43

Ne découvrant ce billet qu'après y avoir été invité sur le blog Nolda, je suis assez surpris de constater que tant de sagesse n'ait suscité que deux commentaires.

ambre 01/12/2006 09:28

personnellement je suis plus intéressée par le thème de la violence et je n'ai pas constaté que l'on en parlait moins que le sexe. Je pense qu'il faut parler de la violence, en entendre parler les autres, ceux qui l'ont subi notamment, pour la conscientiser voire modifier des comportements Le silence n'a jamais rien fait avancer
Mais peut être n'avez-vous pas voulu dire cela. peut être vouliez vous seulement dire que la violence est banalisée?
Je ne trouve pas bizarre que le sexe et la violence soient souvent associés. Il sont malheureusement associables ( exemple: le viol, l'inceste). Ce qui bien entendu provoque la plus grande confusion dans l'esprit de chacun.
Et puis ne prétend-on pas qu'un jeune enfant qui découvre ses parents en train de faire l'amour associe cela à une scène de violence??
Vous écrivez aussi que le sexe devient envahissant dans son aspect marchand. S'il n'y avait que le sexe qui revêt un aspect commercial !!!!
J'aime beaucoup votre dernière phrase: " la liberté sexuelle permet de se détacher de l'Avoir pour se recentrer sur l'Être"
ce qui est dommage, peut être, c'est que "se détacher de l'Avoir pour se recentrer sur l'Être", est-ce que çà ne devrait pas être la définition de l'amour?
"ludique et joyeux" ben oui, n'est-ce pas cela, faire l'amour  ( avec ou sans liberté sexuelle)??
bonne journée

Benoit 30/10/2006 00:27

Bonjour,

ce sont notamment des photos de ces deux œuvres de Rodin qui ont suscité ma vocation de modèle pour des ateliers artistiques, qui s\\\'est concrétisée de 1991 à 1998 (et, qui sait, pourrait reprendre un de ces jours).

Ce métier a suscité des réactions très diverses dans mon entourage, dont une part illustre bien des maldonnes de la culture ambiante de notre société :[list]
[*] confusion de la nudité avec la sexualité (assimilation par certains de ce métier à la prostitution, ou à une rupture de l\\\'intimité du couple par le \\\"conjoint-modèle),
[*] mainmise sur le conjoint dans les relations de couple, sur son corps, sur ces relations (compagne/compagnon d\\\'un élève qui ne supporte pas l\\\'idée qu\\\'il/elle apprend son art avec des modèles nus, de l\\\'autre sexe; compagne/compagnon de modèle, qui ne supporte pas le métier de celui-ci,...).[/list]

Un métier qui a développé ma sensibilité aux \\\"fidélités plurielles\\\" et fait sentir combien peu elles sont admises dans notre société, y compris dans le milieu artistique, réputé plus ouvert (à tort selon moi).

En tout cas, félicitations pour votre blog.

Benoit

(N.B. pour Françoise : Benoit, celui des \\\"commentaires\\\" d\\\'\\\'Aimer plusieurs hommes\\\").

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