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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 15:02

On nous fait avec le travail le même coup qu’avec l’argent dans les années 80. Je m’explique : vers 1983/84, après trois ans de gauche au pouvoir, les medias commencèrent à écrire des choses du style : «  Pour sortir de la crise, il faut réhabiliter l’argent et l’entreprise, seule créatrice de richesses. » La gauche y était évidemment accusée de dévaloriser l’argent et l’entreprise, ce qui est faux.  Qui demande des augmentations de salaires, si ce ne sont les syndicats de gauche ? Qui a été le ministre des finances le plus apprécié des entreprises ? Pierre Beregovoy, dernier ministre issu de la classe ouvrière… 

Mais au lieu d’expliquer qu’elle ne dénigrait pas l’argent en soi, mais le creusement des inégalités et la constitution de fortunes stériles (l’argent capitalisé non réinvesti dans l’économie est stérile pour les nations), au lieu de défendre l’idée que le libéralisme doit être régulé par l’Etat pour ne pas devenir sauvage, ce que soutenait d’ailleurs le général de Gaulle lui-même, la gauche, complexée face à l’économie et persuadée qu’en la matière la droite est plus compétente, se mit à courtiser celle-ci. Et dans la campagne de « réhabilitation de l’argent » participèrent des hommes d’affaires comme Bernard Tapie, mais aussi d’ex militants communistes comme Yves Montand et d’ex gauchistes : les mêmes que ceux qui se précipitent aujourd’hui dans les bras de Nicolas Sarkozy.  C’est ainsi que les années 80 ont été les « années fric », les « années paillettes », période bénie pour les traders en bourse élevés au rang de héros nationaux. 

La suite, on la connaît : l’argent, nécessaire et utile quand il est un outil et non une fin en soi, est devenu l’unique objectif des économies néolibérales. A savoir que produire, donner du travail et améliorer le niveau de vie n’est plus la priorité, la seule priorité est d’augmenter les profits et de capitaliser. Avec toutes les conséquences nuisibles au niveau social, environnemental et humain d’une telle conception. 

Remplacez argent par travail et vous avez le même phénomène aujourd’hui. La droite clame qu’il faut « réhabiliter le travail », elle qui ne cesse de vouloir faciliter les licenciements et réduire le niveau de rémunérations, ce qui est à l’inverse d’une action de réhabilitation. Elle accuse la gauche d’avoir dévalorisé le travail « avec les 35h », source de tous les maux (avec mai 68 J !!!) . 

Rappelons que les 35h ont été instituées pour permettre l’embauche au nom d’un calcul simple : si un travail occupe 8 salariés à 39h par semaine, en réduisant la durée hebdomadaire à 35h, on pourra embaucher une 9è personne. L’erreur de la gauche a été de généraliser le système à toutes les entreprises alors qu’il est évident qu’en dessous de 8 salariés, le passage aux 35h ne permet pas d’embaucher et gêne considérablement l’organisation du travail.

L’autre erreur a été d’imaginer que les entreprises joueraient le jeu et qu’elles utiliseraient les aides octroyées par le gouvernement (l’équivalent de 17 milliards d’euros) pour embaucher. Au lieu de cela, les grosses entreprises- qui d’ailleurs sont ravies des 35h !- ont négocié avec les salariés un gel de leurs salaires pour deux ou trois ans contre l’instauration des 35h, elles ont maintenu, voire accru les objectifs économiques et n’ont pas ou très peu embauché. Résultat : les salariés en place s'épuisent à essayer de faire en 35h ce qui était prévu pour 39h et dépassent très souvent le temps légal.  A l’hôpital, le cumul d’heures supplémentaires non payées et non récupérées crée une situation explosive qui n’existerait pas si les embauches nécessaires avaient été  faites… 

 

 

 

Le résultat est tragique : une dizaine de suicides chez Renault, Peugeot, EDF, en quelques mois, des cadres anéantis par des objectifs impossibles à tenir, laminés par des ambiances inhumaines. Un rapport parle de 19 dépressions chez IBM, de plusieurs tentatives de suicides. Plus de 400 suicides par an seraient directement liés au travail. Sans parler des vies gâchées par le surmenage,  de tous ceux qui veulent se persuader pour excuser leur carence familiale qu’ils travaillent pour leur femme et leurs enfants, et se trouvent tout démunis quand la femme les quitte ou que les enfants « tournent mal » faute de présence parentale.

 

 

 

Impossible de faire autrement face à la mondialisation et la « loi du marché » présentée comme une loi quasi biologique ? Evidemment pas. Tout modèle économique relève de choix politiques et humains. Comme le dit très bien dans « le Monde »  Chris tophe Dejours, psychiatre spécialiste de la souffrance au travail: 

 « Il n'y a pas de guerre économique. Dans nos pays, de l'argent, on n'en a jamais eu autant que maintenant. La France n'a jamais été aussi riche. Ce n'est pas le manque de moyens qui nous empêche de faire des efforts et des progrès dans l'organisation du travail. Ce qui manque, c'est une volonté politique, capable de remettre à plat des processus qui sont en train de créer une casse sociale sérieuse. Les suicides en entreprise, de plus en plus nombreux, sont un signal d'alarme inquiétant sur la pérennité du système. » 

Au lieu de se complexer une fois de plus face à la droite ô combien décomplexée, la gauche doit clamer haut et fort que la valeur du travail, c’est de permettre à tout travailleur de vivre décemment avec ce qu’il gagne et donc d’augmenter les plus bas salaires, de s’épanouir dans ce qu’il fait et donc de ne pas ériger le stress au travail comme méthode de management. D’envisager l’avenir et donc de ne pas être en permanence menacé par la précarité…  

Pour quelques morts de la vache folle ou de la listériose, pour un simple soupçon de grippe aviaire, on ferme des usines et des élevages jusqu’à ce qu’ils prouvent que tout danger est écarté. J'aimerais assez qu’on ferme Renault, Peugeot, etc… jusqu’à ce que ce que l’organisation mortifère qui y règne soit supprimée !  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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Spike 24/07/2007 06:40

Ce matin, je vais jouer la paresse et me permettre de simplement vous citer:  "l’argent, nécessaire et utile quand il est un outil et non une fin en soi, est devenu l’unique objectif des économies néolibérales. A savoir que produire, donner du travail et améliorer le niveau de vie n’est plus la priorité, la seule priorité est d’augmenter les profits et de capitaliser. Avec toutes les conséquences nuisibles au niveau social, environnemental et humain d’une telle conception."  En une phrase tout est dit: je souscris pleinement!
Bonne journée, Spike

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