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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 15:08

Hier, j’avais une grosse colère sur ce travail qui tue, sur l’in human ité présentée comme une fatalité. Si grosse que j’en ai été stressée toute la journée. Donc, pour reprendre souffle et douceur, voici un extrait de « Autres désirs, autres hommes  » adapté à la saison  

 

Paris l’été. Torpeur moite. La ville somnole derrière des stores baissés tandis que sous les portes cochères s’étalent des lambeaux de fraîcheur. ... 

L’enseigne d’entreprise, la rue Française, six étages à gravir après une nuit blanche, j’avais une jupe longue de velours noir et une blouse de dentelle, tenue du soir incongrue parmi les grues immobiles. Le trou des Halles tenait lieu de grand Canyon, Marco Ferreri y tournait un western. Et sous ma jupe, sur la peau de mes cuisses, ta main impérieuse remontait. Je riais en m’agrippant à la rampe : « Arrête, tu vas me faire tomber », mais j’étais tombée depuis longtemps. Dans tes bras, dans la spirale d’un désir étrange, celui de tes cris quand tu jouis, de ton ventre sur lequel j’étale du bout des doigts ton humidité, de ton odeur sur ma paume… 

Paris torpeur. Des regards posés sur moi pesants comme du plomb fondu. Ici j’errais triste, il y a longtemps, devant un manège qui me rappelait ta façon de me faire tourner dans tes bras jusqu’à ce que j’en perde l’équilibre et le souffle. A vingt ans, on croit que la vie s’arrête quand cesse de tourner le manège, plus tard on sait qu’il repart. Le propriétaire du manège agite au-dessus des enfants une peluche, il faut en saisir la queue pour gagner un tour gratuit. Petite, j’étais experte à ce jeu là. Pour le prix d’un ticket, je faisais dix tours. Je criais : « J’suis forte pour attraper la queue ! » Ce talent là ne s’oublie pas… 

Bord de Seine où j’ouvris ta chemise. Tu avais des yeux dorés, des tourments pleins la tête que je me faisais fort d’effacer, ma bouche a le pouvoir d’aspirer les pensées tristes, mes lèvres ont gardé l’empreinte de cette fossette sous ton nombril, que j’ai longuement parcourue de la langue. Tu haletais, tu avais envie de défaire ta ceinture, du monde passait à deux pas de nous, on ne se dévêt pas en public. Ce jour là, nous sommes passés à deux doigts de l’outrage public à la pudeur. Du bout de ces deux doigts, j’ai effleuré ton gland. Tu as sursauté.  Frisson électrique, moi je mouillais. Ce jour là nous avons frôlé l’électrocution. 

Goût d’alcool dans la bouche, sourires, fous rires. D’une boîte à l’autre, d’une musique « caliente, caliente » à l’autre, nous testons toutes les couleurs du rhum, feuille verte du Mojito,  soleil couchant du Sosua Mama,  traîtrise laiteuse du punch coco, sensualité de la salsa, « Etes-vous content de me voir, ou est-ce votre trousseau de clés ? » C’est l’heure où l’on dit des bêtises, l’heure on l’on rit de tout. L’itinéraire se termine sur ton couvre-lit. J’ouvre ton pantalon, jamais je ne l’ai fait.  « Nous passons à des jeux de grandes  personnes », remarques-tu. L’expression me plaît, assez pour que je te prenne aussitôt dans ma bouche."Quand je serai grande, je veux encore jouer avec toi". Parole tenue depuis vingt ans. .. 

Paris, l’été. Soleil sur les miroirs des tours du Front de Seine, lumière fragmentée. Paris, ville kaléidoscope, je secouerai tes immeubles, j’agiterai tes murs pour créer de nouveaux rêves. Paris, ville puzzle de ma mémoire, je t’éparpillerai dans les os de mon crâne, remue-méninges pour te reconstituer pièce à pièce, recommencer le jeu, te voler au temps et vivre en trois minutes les vibrations de trente ans.

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans Publications
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commentaires

longuesjambes 27/07/2007 19:17

je vais me précipiter acheter le bouquin, chère Françoise ! Je vous aime de plus en plus !

E L 26/07/2007 14:00

Comme l'impression d'un air de famille... ces mots semés, ces émois aimés...
D

Vagant 25/07/2007 11:19


Joli texte, plein de poésie un brin nostalgique. Francs sourires aussi, mais j’ai l’esprit qui rit à l’intérieur lorsque je lis : « J’suis forte pour attraper la queue ! Ce talent là ne s’oublie pas… »
 

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