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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 13:02

« Lola a besoin de toucher les hommes pour qu’ils la touchent »  En écrivant cette phrase, je m’étais dit qu’on pouvait l’interpréter de quatre façons différentes selon la signification du verbe toucher. 

Lola a besoin de caresser les hommes pour qu’ils l’émeuvent 

Lola a besoin d’émouvoir les hommes pour qu’ils la caressent 

Lola a besoin de caresser les hommes pour qu’ils la caressent 

Lola a besoin d’émouvoir les hommes pour qu’ils l’émeuvent.  

Ca ne veut pas dire la même chose, mais ça met en valeur le lien étroit entre le tactile et l’affectif, entre la caresse futile, furtive et celle qui crée l’intimité. Cela rappelle que l’intimité peut rendre émouvante une caresse qui serait banale, voire grotesque ou désagréable sans elle. 

Le toucher, sens primordial : la peau est le plus grand organe sensitif, plusieurs mètres carrés de cellules, et parmi ces cellules, des quasi-neurones sécrètent des neuromédiateurs vers le cerveau. (il y a aussi des quasi neurones dans l’intestin, fidèle récepteur de nos humeurs) Les immunobiologistes étudient cela pour comprendre le bien-être éprouvé lors des massages- pas seulement psychologique, mais aussi biologique- et pour essayer de trouver une lecture scientifique de l’acupuncture. 

Donc la peau, primordiale dans le lien vers l’autre. Des nourrissons parfaitement nourris, changés, lavés mais pas câlinés peuvent dépérir alors qu’à l’inverse des orphelins de Roumanie au bord de la mort ont été récupérés beaucoup plus vite avec des soins ET des câlins. On utilise également des poches kangourous pour mettre les prématurés au contact de la peau de leur mère, ce qui les aide à mieux grossir. 

Or le toucher, est aujourd’hui négligé. On se laisse toucher par le corps médical et paramédical ou son (ses) partenaires sexuels. On touche ses enfants. Juste les siens, parce que les autres, c’est tout de suite la parano de la pédophilie. Ses amis  ? Hormis dans les pays du sud où l’accolade entre hommes est courante, celle-ci vous fait vite passer pour un pédé. Oublions les bises entre collègues de bureau, simple habitude ou rituel social ( en Bretagne, c’est trois, à Paris, c’est quatre). 

Aujourd’hui,  Journée de la lutte contre la misère : on parle des pauvres en termes uniquement économiques. Moins de 817 euros par mois, c’est la pauvreté. Négligées, la solitude et la misère affective, qui doivent être si dures pourtant : « Aucune femme ne lui propose de l’emmener chez elle, d’ailleurs aucune femme ne l’aborde comme Lola l’a fait, les gens ont peur des pauvres, ils doivent croire que c’est contagieux, alors ils préfèrent les éviter, changer de trottoir, penser que ces gens là sont forcément dangereux ou violents, c’est pire que le manque d’argent, se dire qu’à présent on se méfie de vous… » [1]  Donnez une pièce, bien sûr, mais échangez quelques mots, serrez la main de la personne, vous ne pouvez pas imaginer combien cela leur fait plaisir. La fraternité de la rue n’existe guère par les temps qui courent. 

Hier, lancement de Baby first, TV conçue pour les bébés de 6 mois à 3 ans.  Mieux que de les laisser toute la journée devant TF1, clament ses parti sans , qui estiment que la TV est moderne, incontournable et ses adversaires des passéistes. Abrutissante et significatif de la démission des parents disent les autres.  Il y a du vrai dans les deux, mais j’ai surtout aimé l’intervention d’un psy qui a rappelé que l’ouverture au monde doit se faire avec les cinq sens pour être complète, et qu’en l’occurrence, la TV ne stimule que le regard et l’ouïe.  Cliquer sur une souris qui met de la couleur sur l’image ou regarder une fleur sur l’écran n’a pas la même signification que le contact charnel avec la peinture et la pâte à modeler ou l’odeur de la fleur qu’on respire, le goût du fruit qu’on croque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] « Ce qui trouble Lola », évidemment, je vous ai dit qu’on y trouve Tout J

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Published by Françoise Simpère - dans EROS
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commentaires

S@m 19/10/2007 05:27

Le sens qui domine la pensée occidentale est la vue. Pour avoir examiné mes réticences au touché, j'ai remarqué que c'est la forte connotation sexuelle du touché qui se trouvait à l'origine, origine sexuelle qui tranche avec l'origine de ma sensibilité tactile de nourrisson : petit être perdu dans un monde dont il ignore tout ayant besoin d'être rassuré. Et si l'importance du touché dans l'érotisme n'était pas d'origine sexuelle ?!? Une question de confiance ? Un besoin de se rassurer mutuellement loin davantage propre à la sociabilité qu'à l'érotisme et où l'érotisme se retrouve comme mode de sociabilité ?!? Une manière de nouer des liens de confiance ? Enfin soit, voilà quelques questions qu'ont (r)éveillé cet article. Pour ce qui est de la philosophie, je lis actuellement "La séduction" de Baudrillard dont l'une des qualités et non des moindres est de libérer la séduction de son enfermement dans la sexualité. L'inconvénient, c'est que là où j'en suis dans ma lecture, Baudrillard recourt à une féminité trop indéterminée pour définir ce qu'il entend par séduction. Ce serait précisément l'indétermination de la féminité, la séduction même, mais il n'offre aucun exemple concret. Impossible de retrouver l'indétermination de l'enfant à naître, la séduction de ce mystère, ni celle du toucher maternelle - en l'occurence - dans l'éveil d'une certaine confiance à la vie, soit une certaine manière de conduire l'enfant à soi en toute confiance - conduire à, se ducere. Enfin soit, pour ce qui est de la sociabilité du touché au sens le plus large, l'expression "tact", "avoir du tact", mais là je ne m'étendrai pas sinon que l'enjeu est le respect de la sensibilité de l'autre, respect nécessaire à toute confiance. Le corps est sensible et selon la manière dont il est touché - à commencer par le nourrisson - le tact éveille ou non la confiance. Un point dans ma gueule ne peut faire que je me sente touché, mais fort peu probablement que je puisse me sentir en confiance. Or il n'y a pas que le corps à être sensible d'où une plus grande portée du tact dans la sensibilité. On retrouve les prémisses d'une esthétique sociale du tact chez Erving Goffman.

Madeleine 18/10/2007 13:26

Je suis très sensible (c'est le cas de le dire ;-)) à ce que vous dites sur l'importance du toucher... c'est quasi tabou dans nos sociétés, alors que c'est courant dans d'autres. On en arrive à des initiatives bizarres pour remédier à cela comme celle des "free hugs" ou câlins gratuits (http://www.calins-gratuits.com/). Il y a peut-être moins radical...

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