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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 13:10

Vendredi 16, gare de Lyon, ambiance de foire aux bestiaux, monde fou, des centaines de potentiels voyageurs les yeux rivés sur le panneau d’affichage attendent que le numéro du quai d’embarquement s’affiche.  A peine le chiffre apparu, c’est la ruée. J’arrive à me hisser dans un wagon, et m’assois sur le rebord de la plate-forme à bagages située au milieu de la voiture, bientôt rejointe par une jeune femme. Tous les sièges ont été pris d’assaut, mais l’ambiance est bon enfant. Un monsieur revendique sa place à une dame, celle-ci la rend sans difficulté « Mais je vous en prie, monsieur, je m’étais installée là au cas où, mais si vous avez une réservation, c’est normal que… » Il faut dire que dans ce train s’entassent les voyageurs ayant réservé, plus ceux dont les deux précédents T GV ont été annulés.  Le couloir est bondé de voyageurs assis par terre, dans le bar les tables sont devenues sièges de fortune.

 

Le train démarre, l’atmosphère se détend tout à fait, on craignait un blocage de dernière minute. Voyage peu confortable, certes, les barres métalliques de la plate-forme à bagages impriment des rayures sur mes fesses. Assis par terre, le compagnon de Delphine, ma voisine de plate-forme, a du mal à se concentrer sur son livre car il est constamment enjambé par d’autres voyageurs, mais nous prenons le parti d’en rire et surtout celui de bavarder.  Delphine est journaliste à  « la Provence », quotidien marseillais, alors on discute boutique, difficultés de ce beau métier qu’on continue néanmoins à aimer, lumière incroyable des calanques , dilemme entre écriture et contraintes éditoriales : comment écrire juste et bien quand on vous dit « fais-moi 17 lignes sur tel sujet avec un titre de 24 signes ? » Le formatage devient plus important que le fond, vaste sujet.

 

Un monsieur propose sa place à une dame, qui refuse en re merci ant pour la gentillesse. En temps normal, plus personne ne vous cède sa place. Le même, lorsqu’il se lève pour aller aux toilettes ou dans la voiture-bar prévient : « Prenez mon siège, ça vous reposera un moment. » On convient de faire un roulement- dix minutes chacun-. Bref, c’est convivial.

 

Je tente une échappée vers le bar, par dessus des dizaines de voyageurs plutôt souriants ( il y a quelques grognons, mais minoritaires).  A mon retour, arrêt en gare d’Avignon. Le galant prêteur de places, qui descend là, nous donne définitivement la sienne. « Vous oubliez vos magazines, monsieur ! » l’avertit quelqu’un. « Non, dit-il, je les laisse pour que d’autres en profitent. » - Alors là, bravo ! s’exclame ma voisine.  Il réplique en riant : « Je suis l’Abbé Pierre du T GV  » Je lui demande son nom, il s’appelle Eric. Retenez bien son nom : Eric, l’Abbé Pierre du T GV que je re merci e d’être ce qu’il est : « Ce n’est rien, dit-il avec du soleil dns la voix, c’est juste du partage, mais on a un peu oublié la société de partage, c’est dommage ».

 

Un jeune homme raconte, nostalgique : « Ca me rappelle 1995, mes premières grèves, j’étais minot, on faisait du stop et ça marchait du feu de Dieu. » Je m’en souviens : je m’étais déplacée à vélo sous la neige, ou en stop, et n’avais jamais eu plus d’un quart d’heure de retard à mes RV. A la fin de la grève, alors que le trafic restait quelque peu perturbé, j’avais voulu prendre des gens en stop, ils avaient refusé : « Non merci , on attend le bus. » Fin de crise, fin de la convivialité. 

 

Lundi 19, T GV de retour. Presque personne dedans, c’est un jour creux.  Un passager par rangée, jamais deux côte à côte, pas un mot, pas un bruit. Voyage confortable, mais tristounet et paradoxalement plus long que le précédent. Quelques regards se croisent puis vite se détournent ou se réfugient dans les pages d’un magazine.

 

Pourquoi faut-il être en crise pour que les gens se parlent ?

 

Cela étant, il serait intéressant de trouver un autre mode d'expression que la grève, quelque chose ciblé sur les interlocuteurs ( SNCF et gouvernement) et pas les voyageurs qui ne sont pour rien dans le conflit et ont eux aussi leurs soucis. Précision pour dire que comprendre un conflit ne veut pas dire ignorer ses répercussions négatives. 

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans bonheur
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commentaires

Syolann 21/11/2007 13:42

Pas drôle les grèves j'en conviens, mais je garderai cette belle phrase un peu tristounette dans le fond, "pourquoi faut-il une crise pour que les gens se parlent?". Plein de bisous.

françoise 21/11/2007 10:02

Non, j'ai entendu un gréviste l'évoquer à la radio. Apparemment, il s'agit du week-end presse à Séville- sympa, Séville- au cours duquel Anne-Marie Idrac a évoqué sa vision du dialogue social. Tapez journalistes invités par la SNCF sur Google, vous tomberez sur l'article de Libé. Mais, bémol, la SNCF offre ce week-end chaque année à la presse, c'est une coïncidence si c'est tombé au moment de la grève. Cependant, ce genre de relations continues crée un vrai lien entre presse et décideurs. Du temps où j'appartenais à un magazine, nous croulions sous les invitations qui émanaient toujours de ceux qui ont les moyens d'emmener vingt personnes à l'autre bout du monde, généralement au soleil.

pousse manette 21/11/2007 00:27

Avez-vous un lien sur ce luxueux week end offert aux journalistes par la SNCF?
"une conductrice en grève"

françoise 20/11/2007 14:58

Je suis bien d'accord, face à un projet ultralibéral décidé bien au delà des frontières françaises (lire "Les nouveaux maîtres du monde" de Jean Ziegler, il faut opposer un contre-pouvoir, et vu l'état minable de la gauche politique (ô que je lui en veux, à celle-ci!) il ne reste que l'action syndicale si on ne veut pas se retrouver avec rien que nos yeux pour pleurer. Car s'attaquer aux régimes spéciaux prépare d'autres réductions de droits sociaux: les Etats-Unis ont refusé de signer la convention de Vienne stipulant que les droits de l'homme comportent aussi les droits sociaux et éducatifs, ça en dit long sur leur mentalité, et l'Europe a tendance à s'aligner sur cette politique.
J'avais pensé à la gratuité des transports plutôt que la grève, mais là, les syndicalistes peuvent être accusés de vol par l'entreprise, et puis avec les cartes orange ça perd de son sens. Faire l'amour sur les voies? Par ce temps, c'est pire que d'attendre un train une demi-heure :-)   Par contre, dans les trains, aves de beaux contrôleurs en uniforme, ça pourrait être une manif amusante de nature à plaire à celles qui fantasment sur les casquettes... Ou alors un wagon d'expo dans les trains expliquant la réalité du travail de cheminot (à une dame qui se plaignait d'avoir dû se lever à 5h pour avoir un train, un cheminot a répliqué "madame, je me lève tous les jours à 5h pour que vous ayiez votre train habituel) . Ou un pique-nique géant servi par les cheminots aux voyageurs, au cours desquels ils dialogueraient devant un verre de bon vin. Je ne rigole pas: la SNCF a invité des journalistes à un week-end luxueux pour leur vendre la réforme des régimes spéciaux, ça aide de faire manger et boire les faiseurs d'infos!

delphine 20/11/2007 14:23

si les journalistes aiment bien les trains qui n'arrivent pas à l'heure, c'est aussi parce qu'ils permettent aux gens de mieux se rencontrer ;).
comme quoi, "usager", ce n'est pas toujours synonyme "d'excédé"...

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