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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 18:52

Je ne suis pas fidèle à un seul parfum, mais à plusieurs[1], posés sur ma peau comme on pose des petits cailloux blancs sur le chemin de la vie pour ne pas se perdre.

Je me souviens de « Variations » (Carven) qui accompagnait mes premières découvertes parisiennes. J’avais une cape de velours noir imprégnée de ce parfum, je garde en mémoire la caresse de leurs cheveux quand les hommes de mes soirs enfouissaient leur nez contre mon cou en murmurant « tu sens bon ». 

Et patatras ! Un jour « Variations » a été supprimé.  J’ai écrit à Carven en leur décrivant les méandres de la mémoire olfactive, leur ai raconté comment il me suffisait de sentir l’odeur de miettes de petits-beurre pour me souvenir précisément de mon cartable de CP, en carton bouilli rouge, où j’enfermais les biscuits du goûter. Et comment respirer « Variations » me replongeait dans des amours et des émois que la disparition de ces effluves risquait d’estomper… Ils ont dû être touchés, ils m’en ont envoyé un ultime flacon. Métal (Paco Rabanne) accompagna une autre décennie, avant de disparaître à son tour, suivi d’Aqua Allegoria Ylang/vanille (Guerlain) et enfin XS pour Elle à son tour supprimé.  

Le mouvement s’accélère, désormais chaque saison voit disparaître un parfum. Voilà que ma fille, adepte de Eau d’Eden (Cacharel) comme tant d’autres de son âge vient d’apprendre qu’il n’est plus vendu en France. Sur un forum, des messages éplorés de jeunes filles racontent : « c’est mon premier copain qui me l’avait offert, en supprimant Eau d’Eden, c’est notre histoire qui s’efface ».   

La mémoire olfactive, comme la mémoire gustative, sont reptiliennes, instinctives, gravées au plus profond de l’inconscient. Qui n’a jamais lu Proust connaît au moins l’histoire de la madeleine dont une seule bouchée trempée dans du thé ravivait chez l’auteur le souvenir de son enfance : 

« … Quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. » (A la recherche du temps perdu

On ne saurait mieux dire. Il me suffit de respirer sur un mouchoir quelques gouttes de Sortilège (le Galion) qui heureusement existe encore, pour retrouver ma mère, dont c’était le parfum préféré. 

Je sais l’impermanence des choses, et l’importance de savoir goûter l’instant présent. Mais je suis sûre aussi qu’à trop zapper, changer, vouloir faire table rase du passé en proposant toujours du neuf, confondre modernité et agitation, on oublie que le présent n’a de sens qu’en référence à l’histoire, la sienne et celle du monde, qu’on n’est soi-même que le produit de jours d’avant, d’amours passées, d’impressions inscrites dans sa peau et son cerveau.  

Le n°5 sent-il tellement meilleur que les autres parfums pour exister encore ? Pas vraiment, mais il évoque pour toutes les femmes le « bon anniversaire monsieur le président » de Marilyn au président Kennedy, la robe blanche tournoyant au-dessus d’une bouche de métro et surtout la fameuse réplique « pour dormir, je porte Chanel n° 5 ».  Le rêve, en somme.  Alors, messieurs les parfumeurs, pensez qu’à chaque suppression d’un parfum, c’est un peu de nos rêves que vous assassinez. Et que sans rêves, la vie perd ses couleurs, ses odeurs et son goût. 

 



[1] La polyfidélité est une philosophie globale…

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans bonheur
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commentaires

Huet 18/08/2009 10:33

BOnjour,Je fais suite au poste de Sam concernant le parfums Tilleul. J'ai le plaisir de vous annoncer qu'il existe effectivement un Parfums Tilleul dans la ligne les Intemporelles des Parfums d'Orsay. n'hésitez surtout pas à visitez notre site internet ou à me contacter pour connaitre les points de vente qui propose ce petit bijoux créé par Olivia Giacobetti.(www.dorsay-paris.com - info@dorsay-paris.com

utilisateur inconnue.. 01/02/2008 12:23

je sais que vous m'avez invité à me retirer mais j'étais obligée de répondre de ma lâcheté..

utilisateur inconnue.. 01/02/2008 11:59

un parfum ..l'odeur de la chair endormie...de quelqu'un  contre qui on se blottissait..(de pensées) alourdies  de songes..ou l'odeur du stupre..de ces secrètes sécrétions..

utilisateur inconnue.. 01/02/2008 11:36

et j'ai étudié la littérature à l'université j'ai été un peu formaté, et je n'ose argumenter vous avez bien raison, parce que malgré des années d'études, l'écrivain et tout puissant et libre parce son écriture crée ses valeurs à mesure qu'elle s'écrit, et alors dans ce cas là va te faire voir le critique, avec toutes tes techniques et puis une oeuvre ca vit à travers les vécus de tous non, aimer aimer selon son histoire , on peut pas aimer tous de la même façon puisqu'on a pas la même histoire, mais ce que j'aime chez vous c'est votre liberté d'ek-istence, de la comprendre, même si je n'y suis pas, il a chez vous cette liberté amoureuses, érotiques, cette dimension de conscience que j'essaie de questionner, et en la questionnant, j'essaie de me questionner, j'essaie de questionner la fable de mon existence, à travers votre existence, est ce par nature, est ce par histoire, qu'est ce que l'affection, est ce une possession, aimer en liberté..le problème de l'affection, de l'idéalité, si on est constructeur de sens, on peut fair ece que l'on veut du monde,  mais l'idéalité est implosive, est ce que l'idéalité n'est pas totalement destructrice, puisqu'elle est idée pure et pas matière et que nous nous le sommes, le monde, le modeler aux grés de la pensée, mais le mystère et vous êtes un mystère connue, ppour moi, fascinant effrayant, mais qui me questionnent violemment ,entre les tendances bisexuelles, plusieurs êtres en nous des sages et des désinvoltes, pour moi  , pas votre écriture mais vos sentiments..plusieurs êtres en nous des sages et des désinvoltes, est ce que l'érotisme fort , le désir n'est pas une forme de violence aussi, quand vous sentez que vous êtes désirée, fortement, mais la violence érotique dans son murmure et jouissive , je sais bien,
un prof c'est un pas un écrivain raté au bout du compte, qui enseigne parce qu'il n'a pas su achever, et qu'il a apprend à défaut de créer , devant ce monstre qu'est l'écrivain, comme un enfant joyeux ..innocent de tout,..et disant bouh à toutes les vieilles exégèses!

utilisateur inconnue.. 01/02/2008 11:19

oui c'était pas très courageux de ne pas mettre une identité et de se cacher sous un pseudo..mais oui j'ai pas beaucoup lu vos livres parce que j'ai ouvert trois pages et la façon dont vous écrivez me déplaît, et même le court extrait de lola me déplait en tout, et je ne me sens pas attirée  par vos livres pour l'instant, je ne sens qu'ils ne vont pas me nourrir,  mais peut être un jour .quand j'aurais évolué...et que j'arriverais à les lire mais il n'en reste pas moins... que la philosophie polyamoureuse que vous exposez  soulève  de grandes questions (ek-sistencielles) parce quelle pose aussi le problème de soi de son ekis-tences, des autres , du monde;;; de nos représentations,  et qu'on ne peut pas les contourner aujourd'hui, qu'on est obligé de se  poser, et qui  sont de nombreux sujets de conversations, le problème de l'amour, de la possession, de se sentir prisonnier quand une personne vous veut fidèle ou comme puisse considérer votre affection comme une prison..le problème de l'histoire de chacun , du vécu de chacun qui modélise la réalité (husserl) ça pose énormément de problèmes, des problèmes de conscience, est ce que le sentiment qu'on peut porter à quelqu'un est au bout du compte négatif, cela ramène à soi ..à sa propre ex-kistence, essayer de se comprendre, à travers les autres, la philosophie merleau ponty vous va à ravir , faire l'expérience de soi et du monde à travers le corps, le corps dont seul l'autre à le secret , dont seul la peau de l'autre peut éveiller la sensation, l'autre est le secret de ma perception , de la perception que je n'aurais jamais de moi même, et je ne connais le monde qu'à travers mon corps, puisqu'il est fait de la même matière que le monde..je ne sais pas si vous connaissez son petit bouquin l'oeil et l'esprit,
 

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