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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /Fév /2008 19:45

Je reviens de quelques jours en Auvergne sans TV et sans journaux, non pas que cette belle région parsemée de volcans et doucement ombrée de courbes nonchalantes où le blé d’hiver dessine des mamelons émeraude ne possède aucune maison de la presse ou antenne cathodique, mais entre le Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand, une joute gargantuesque de poulet braisé, saucisses/lentilles, potée au choux, Fourme d’Ambert, St nectaire et crème renversée miraculeusement conservée dans son caramel après un transport épique sur un chemin pavé de bonnes intentions, plus d’intéressantes digressions sur les mérites comparés de vins divers et variés bus dans de confortables fauteuils ou en dansant d’un pied sur l’autre pour se réchauffer dans la froidure d’une cave dispensant un picrate sévère mais juste, râpeux comme la barbe d’un conseiller municipal se demandant comment trouver des candidats pour les prochaines élections car être maire rural comporte plus de sujétions que de compensations financières ou honorifiques, il ne reste plus une seconde pour penser au monde virtuel des banques en déroute et aux frasques amoureuses de Pimprenelle et Nicolas (j’allais écrire Nico-la-biroute juste pour la rime avec déroute, mais j’en connais qui iraient encore me reprocher mon absence de sens littéraire, mon Dieu comme Rabelais, Vian, Verlaine et Gainsbourg seraient malheureux dans ce monde peau-lissée !)  Et comme l’on se sent bien dans cette région où une prof avoue avoir giflé un jour un élève, s’être excusée le lendemain et avoir vécu en paix avec lui pendant tout le reste de l’année, il y a des raccourcis pédagogiques plus efficaces que de rameuter un flic en port illégal d’uniforme et un juge pour régler un différend scolaire.  

 

Quel rapport avec le titre de ce billet ? Aucun, si ce n’est que j’ai aussi lu « le sexe et l’effroi » de Pascal Quignard, qui explore comment le sexe, chez les Romains, a abandonné la légèreté qu’il avait dans la tradition grecque pour devenir quelque chose d’extrêmement codifié et compliqué où le phallus (phallos) des grecs devient chez les romains « fascinus », objet de fascination. La sexualité n’y est pas ludique ou procréatrice, ni hétéro ou homosexuelle (les deux mots sont apparus seulement au 19ème siècle, affirme Pascal Quignard, j’en ai été surprise) La grande distinction se fait entre l’actif, domaine réservé de l’homme libre, du patricien, et le passif, domaine de l’esclave. Quant à l’affranchi, il lui est recommandé par Sénèque d’accepter parfois d’être passif pour complaire au patricien. J  Il découle de cette organisation qu’un patricien ne pouvait être sexuellement soumis ni un esclave dominateur. A tel point qu’un patricien surpris en train de se laisser pénétrer ou un esclave pénétrant un patricien étaient tous deux punis de mort.  Chez les Romains, la fellation n’existait pas, car elle suppose un acte actif de la part de celui qui suce,  chose impensable puisque c’est aussi le pénétré. On parlait donc « d’irrumation », c’est-à-dire de coït buccal effectué par le patricien dans la bouche de l’esclave, supposée n’être qu’un réceptacle.

 

De même la femme n’était-elle que le réceptacle de la semence de l’homme.

 

Certes, tout cela a évolué en vingt siècles. Il n’en demeure pas moins que dans le parler populaire, l’injure n’est jamais « enculeur » mais « enculé » (excepté dans l’expression « enculeur de mouches »)  et que pour se vanter d’avoir eu le dessus dans un conflit, bien des hommes affirment « je l’ai bien baisé » ou encore « je l’ai eu bien profond ». Baiser et pénétrer restent associés au pouvoir que le riche patricien exerçait sur l’esclave. Argent, sexe et pouvoir sont intimement mêlés. Et c’est pourquoi les hommes font de la politique.

 

Finalement, ma nouvelle « Erection présidentielle » (dans « Autres désirs, autres hommes  ») était réaliste et prémonitoire… (il est toujours possible d’en télécharger une partie sur le site www.pocket.fr )

 

 

Par Françoise Simpère - Publié dans : EROS
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