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Souvent je suis surprise que tant de gens, accaparés par mille choses à faire, remettent au lendemain le fait d’appeler
leurs amis alors qu’un coup de fil peut ne prendre qu’une minute, le temps de dire « je pense à toi, on se voit dès qu’on a un moment,
OK ? » Tellement plus chaleureux que le rituel : « C’est sympa d’appeler, justement
je pensais à toi ce matin ! » auquel je réponds généralement « Si tu pensais à moi, banane, fallait appeler, ça m’aurait fait plaisir. Le temps est court, si
court…
Un premier copain est mort quand j’avais 15 ans, un second l’année de mes 19 ans. Depuis, il y en a eu foule d’autres… dont l’un m’avait inspiré ce texte.
Depuis des années, depuis que toute la bande s'était dispersée, nous ne nous rencontrions plus qu'épisodiquement. Il m'est arrivé de rester un ou deux étés sans l'apercevoir, parce qu'il avait pris ses vacances ailleurs, fuyant comme tous les méridionaux le midi grouillant d'estivants. Cela ne m'affligeait pas excessivement. Je laissais un mot dans sa boîte à lettres, un message à la voisine qui m'assurait, appuyée des deux mains sur son manche à balai, qu'elle ne manquerait pas de lui transmettre "bien des choses" de ma part.
On s'écrivait peu, on se téléphonait rarement. Il n'empêche qu'on pouvait le faire. On aurait dû le faire plus souvent. Aujourd'hui, je regrette les mots qu'on ne
s'est pas dit, les moments qu'on n'a pas vécus, ces années opulentes où nous nous permettions de gaspiller des heures entières. A vingt ans, vingt-cinq ans, nous dilapidions les années avec une
insouciance extrême. Notre ennemi d'alors était l'ennui bien plus que la fuite du temps. Le bougre avait parfois même tendance à s'étirer trop pour notre goût. Entre la sieste aux heures les plus
chaudes, l'heure de l'apéro et celle de l'après-dîner, il nous arrivait de nous demander que faire pour tuer le temps. C'est plus tard qu'on
s'aperçoit qu'il s'est sournoisement accéléré. C'est plus tard qu'on ressent le désir de se poser face à la mer en respirant le plus lentement possible, de regarder les vagues sans esquisser le
moindre geste qui pourrait précipiter le mouvement des aiguilles de la montre, et de garder le silence, parce qu'on s'est aperçu que le bruit, lui aussi, est dévoreur de
temps.
Ce n'est pas pour vous plomber, mais j'adore cette chanson... c'est un frisson.
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Françoise Simpère (nouvelles de)
ma vie, mon oeuvre, mais surtout mon oeuvre
des questions, des réponses, l'ouverture des possibles
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