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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 13:17

bougies_d__anniv.jpg… mais pour moi ça veut dire beaucoup. La très officielle « Commission paritaire des Publications et Organes de Presse » vient de qualifier « Causette » dont je vous ai déjà parlé ici de « Publication d’information politique et générale ». Une première pour un magazine féminin ! Et un beau cadeau d’anniversaire pour les trois ans de ce magazine né le 8 mars 2009 que de plus en plus de lectrices (et pas mal de lecteurs) aiment toujours davantage, preuve, n’en déplaise à Beigbeder, que l’amour ne dure pas trois ans, mais peut commencer sérieusement à partir de 3 ans J

Si cette nouvelle me plaît, c’est parce que j’aime ce journal, certes, mais surtout parce qu’il a réussi en prenant systématiquement le contrepied de ce qu’on propose d’ordinaire en matière de projet de presse.

Paradoxe 1: ce magazine féminin a été initié par un homme, Gregory Lassus Debat, qui fut journaliste à L’Huma, à France 5 et autres medias généralistes et voulait répondre à sa copine et aux copines de sa copine qui ne se reconnaissaient pas dans les féminins qui « les prenaient pour des Quiches ». Belle idée, il n’était pas le premier à l’avoir eu, je connais plein de gens de presse qui ont souhaité un jour faire un féminin  « intelligent » et se sont cassé le nez sur les impératifs budgétaires et les diktats des pubs cosmétiques et modeux. Lui, Gregory et son copain Gilles Bonjour (qui bossait dans une banque) se sont endettés : 90 000 euros en prêt à la consommation à un taux indécent, je veux dire cher, c’est dire si aucune banque ni groupe de presse n’étaient prêts à investir dans leur projet. Ils ont aussi choisi de se passer de pub dans un premier temps- de toutes façons, les annonceurs ne se bousculaient pas !- et de s’en tenir dans un second temps aux pubs exclusivement culturelles.

Paradoxe 2: malgré cette incertitude financière,  Causette a recruté de vrais journalistes issus de la presse généraliste ainsi que des pigistes, tous payés normalement : « On a ramé les 18 premiers mois, reconnaît Liliane Roudière, rédactrice en chef, mais on a voulu que les gens soient payés correctement, condition sine qua non pour faire du journalisme de qualité.  Depuis que ça marche, les salaires ont été augmentés, et les pigistes ont même bénéficié d’augmentations rétroactives ».  Quand je vois certains magazines, malgré la pub, être bricolés avec des stagiaires et des pigistes payés au lance-pierre, et des magazines sur Internet proposer à des blogueurs ou auteurs de céder gratuitement leurs articles en leur faisant miroiter « visibilité et notoriété », le professionnalisme de Causette est vraiment réjouissant, d’autant que la réussite est au bout de ce professionnalisme.

En effet, après un démarrage lent et une image de magazine « féministe », donc forcément, pour les détracteurs, « chiant, agressif, avec du poil aux pattes et la haine de l’homme », les lectrices ont commencé à affluer, ravies de lire des articles intelligents, informatifs, engagés, féminins et bourrés d’humour. Féministe, Causette ? Pas du tout. A moins que ce ne soit féministe de penser que les femmes peuvent s’intéresser à la politique, à l’économie et à la culture tout en aimant la bonne chère et en étant jolies…  Au bout d’un an, le magazine a fait des bénéfices et de bimestriel il est devenu mensuel en 2011 tout en préservant l’équilibre financier.

combishort_2.jpgParadoxe 3 : alors que les groupes de presse- dans le groupe Marie-Claire, c’était trois « panels » par mois- se ruinent en études de marketing pour cibler leurs lectrices : jeunes citadines branchouilles, mères de famille provinciales, divorcées bientôt Cougar, ménopausées qui n’osent l’avouer… et s’épuisent à vouloir coller aux attentes des lectrices c’est-à-dire, en gros, à leur offrir ce qu’elles ont déjà aimé au lieu de leur dénicher du nouveau et intéressant, Causette ratisse large : de 15 à 90 ans, dont un tiers d’abonnées qui pour un grand nombre ont reçu l’abonnement en cadeau… de leur chéri !  C’est la preuve que les lectrices ne s’identifient pas à un « segment de marché » mais tout simplement aiment lire ce journal pour son contenu. Comme on lit un news magazine ou un quotidien, ce qui devrait être l’objectif de n’importe quel journal.

Paradoxe n°4 : cette Publication d’Information politique et Générale ne nie aucunement sa féminité pour avoir l’air sérieux, à l’inverse des femmes politiques qui singent les manières masculines pour être prises au sérieux. Elles écrivent sur la sexualité des femmes, interrogent les candidats à la présidentielle sur l’égalité salariale entre hommes et femmes, se maquillent et s’habillent avec soin et interviewent des femmes célèbres ou inconnues.

Bref, Causette illustre merveilleusement l’idée qu’un concept réfléchi auquel on croit fermement a toutes les chances de réussir même s’il sort des sentiers battus de la logique dominante. Comme diraient mes copains de TINA : there are others alternatives. Comme je l’écris si souvent : on peut ouvrir les possibles. A moins de deux mois de la présidentielle, imaginer que d’autres projets de société sont possibles, même et surtout s’ils vont à l’encontre de la logique dominante qui ne marche plus trop bien, est particulièrement réconfortant.

Je poste ce billet le 7 mars alors que l’anniversaire de Causette est le 8 mars,  simplement parce que le 8 mars est la Journée Internationale des femmes, et que cette journée façon « espèces à protéger » m’insupporte et m’insupportera, tant qu’il n’y aura pas une Journée des hommes pour célébrer l’autre moitié de l’humanité. 


causette-copie-1.jpg

 

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commentaires

françoise 12/03/2012 10:26


à Nurja: tout à fait d'accord avec vous: égalité n'est pas identité. L'égalité concerne les droits, qui doivent être les mêmes, qu'on soit femme ou homme. Ce qui n'empêche pas que les hommes et
les femmes ne sont pas identiques. Un chromosome de différence, ça fait un paquet de gènes...


à Vallisneria: c'est la moindre des choses d'en parler au moins une fois l'an? Non, ce serait la moindre des choses que l'égalité homme/femme soit un combat de chaque jour, pas seulement une fois
l'an. Ca me semble un terrible alibi, comme d'éteindre ses lumières pendant 5 minutes pour promouvoir les économies d'énergie. C'est symbolique, mais pas efficace.


à SF: Ouais, tu fais pas tellement le fier quand Margotte est là...


 

Saoul Fifre 09/03/2012 14:59


Il ferait beau voir (Simone de) que Margotte s'assoie avant que j'aie fini de manger d:^)

Vallisnéria 09/03/2012 14:03


je ne reste pas d’accord avec vous Françoise, je trouve que c’est la moindre des choses d’en parler au moins une fois l’an, et en + je n’ai absolument pas remarqué que ce jour là les hommes se
montrent protecteurs et repentants. J’ai plutôt remarqué qu’on faisait beaucoup de plaisanteries douteuses sur le sujet.


Que les femmes bougent ? j’en connais au moins deux : vous  ainsi que Barbesse


http://yurtao.canalblog.com/archives/2012/03/08/23703248.html

Nurja 09/03/2012 12:36


Le féminisme me semble le fait de revendiquer l'égalité homme-femme. Donc causette me semble féministe puisque le magasine revendique le
fait que les femmes puissent s'intéresser à des sujets soi-disants masculins.
Etre égal n'est pas être identique. Le contraire de égalité n'est pas différence, mais inégalité. Etre égaux ne veut pas dire être identique. On peut être égaux et complémentaires. Il est évident
que le corps d'un homme n'est pas celui d'une femme (et inversément). mais il n'y a pas de raison pour que ces différences physiologiques empêchent une partie de l'humanité d'accéder à un tas de
choses ou oblige une partie de l'humanité (toujours la même) à se plier à des diktats de tout genre (beauté, comportement). C'est d'ailleurs éclairant que les féministes soient compris comme
"avec du poil aux pattes". Rien que la manière de le dire dit tout le mépris pour celles qui décident d'arrêter de se plier à un diktat de "beauté" pour prendre soin de leur corps, de leur
santé.
"...et en étant jolies…" Je ne suis pas sûre que ce soit une obligation de se plier aux diktats culturels pour
être effectivement jolie...
Est-ce nier sa féminité que de refuser de se maquiller? Ou nier sa nature?

Je rejoins Vallisnéria au sujet de la journée internationale des femmes. Actuellement, tout le reste de l'année, c'est la journée de l'homme (ici et ailleurs). La supprimer serait une bonne chose
si l'égalité était enfin atteinte. Je crains que ce ne soit pas encore pour demain (ou pour l'an prochain :p) Cette journée ne vise pas tant à célébrer une moitié de l'humanité que de montrer
tout ce qu'il y a à faire pour que les femmes ne soient pas considérées comme en-dessous des hommes. Mais comme le dit Reynald, c'est assi une façon facile de se donner bonne conscience. Comme
ceux qui "compensent" l'émission de CO2 de leurs multiples vols en avion par la plantation de qqs arbres...

françoise 09/03/2012 12:24


à Vallisneria: c'est justement parce que tant de femmes sont aujourd'hui encore infériorisées, blessées, agfressées... que je refuse que'on leur consacre UNE Journée qui ne sert que d'alibi et
donne lieu à des tremolos vite oubliés. C'est tous les jours qu'il faut agir, et c'est beaucoup aux femmes de le faire, car ce côté "Journée des femmes" où les hommes se montrent protecteurs et
repentants n'effaceront pas le machisme toujours vivace. Je crois aussi intéressant de faire une Journée des Hommes, pour justement enlever à la Journée des femmes ce côté "espèce à protéger". Si
les hommes, si forts, intelligents, puissants... ont leur journée, celle des femmes ne sera plus synonyme de faiblesse et d'infériorité. 


à Reynald: OK avec toi, je sujis mal à l'aise avec cette flopée de Journées pour tout et n'importe quoi, c'est tous les jours que le monde se construit avec les femmes, et les hommes, et les
entre-les-deux.


à Andiamo: Journée des cons... mais on est tous le con de qqn. Oui, j'aime mon boulot et je déplore qu'il soit parfois devenu si commercial, c'est pour cela que j'ai quasiment délaissé le
journalisme.

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