

Invitée ce matin à une émission TV sur la sexualité. La présentatrice demandait comment faire pour que le sexe soit simple et comment faire pour entretenir le désir. Je me suis
risquée à lui répondre- c’était en direct, pas de risque de coupe au montage- que je souhaitais que le sexe garde sa complexité et qu'on n’élucide jamais le mystère du désir. Les gadgets et
les scénarios érotiques ne fonctionnent que si on est déjà à l’aise avec sa sexualité. Et pour être à l’aise, mieux vaut en reconnaître humblement la complexité. Paradoxalement, si on reste
à un niveau superficiel, les rapports sexuels peuvent devenir pesants, alors qu’ils deviennent légers, ludiques, si on en reconnaît la profondeur et qu’on s’interroge sur les raisons pour
lesquelles l’acte qui devrait être le plus libre et le plus épanouissant du monde pose tant de questions. J’avais
écrit là -dessus un papier il y a quelques années.
Les hebdos parlent d’échangisme, la télévision d’agressions sexuelles, les magazines proposent 101 trucs pour rendre Jules ou Juliette
fous au lit, tandis qu’entre les cuisses virtuelles de blondes sans visage, les cadres internautes frissonnent d’excitation onaniste. Sexe à l’image du monde, consommateur et sécuritaire.
Ce n’est pas l’organe qui fait peur, ni les gestes, mais l’invisible. L’imaginaire capable de transcender le génital en érotisme. Le désir, si puissant qu’une simple pensée redresse la verge
masculine. L’abandon féminin, dont on ne sait où il peut mener... L’intimité partagée ouvre au mystère de l’autre et à ses propres mystères. Mais l’Homme, justement, déteste les mystères, déteste
ce qu’il ne maîtrise pas ,qui ravive en lui d’archaïques blessures.
« Dieu créa l’Homme à son image et lui donna la Terre pour qu’il la fasse fructifier ». L’Homme-
Etre humain, mais à la réflexion assez souvent le mâle- se crut donc le centre de l’Univers, proche du divin et supérieurement intelligent… jusqu’à ce que Copernic lui apprenne qu’il n’est pas le
centre de l’univers, que Darwin lui assène sa filiation animale, que Freud lui révèle qu’il est mené par le bout d’un sexe lui-même sous l’emprise d’un inconscient indomptable.Trois découvertes,
trois blessures narcissiques au cœur de notre sexualité.
Tableau de
Julien Meunié
Narcisse amoureux cherche son reflet dans le regard de l’autre : « Je suis le plus beau, le centre de son univers ». Qu’est-ce d’ailleurs que la jalousie,
sinon le dépit de découvrir que d’autres planètes peuvent tourner autour de l’astre dont on se veut propriétaire? Malgré la multiplication des divorces et des remariages, l’idéal de l’amour
exclusif est si ancré dans l’inconscient collectif que peu de gens se risquent à poser l’élémentaire question : « Pourquoi serait-il mieux d’aimer une seule personne que
plusieurs ? » C’est ainsi. Point. Comme la Terre, longtemps, fût le centre du monde…. Et condamnés comme hérétiques ceux qui affirmaient le contraire.
Narcisse, donc, est amoureux. Il se sent beau, il est Dieu, et sublime l’être désiré. Mais au creux des draps, la chaleur des ébats produit des humeurs et des sécrétions, la peau est moite, les odeurs musquées. Narcisse explore des entrelacs humides et des profondeurs obscures, il gémit de plaisir… Sous son poids de muscles, de sang et d’os, la femme s’ouvre à lui dans un cri animal… tandis que sourit le fantôme de Darwin. A la mélancolie qui l’envahit ensuite, l’homme reconnaît sa nature animale : Post coïtum, omne animal triste…
Plus tard, son regard croise celui d’une Sylphide qui lui inspire des désirs inavouables : il la
voudrait soumise, ou déchaînée. La voir s’offrir, s’ouvrir, souffrir… et jouir. La Sylphide a perçu le regard de Narcisse. Son cœur bat fort. Trouble, pulsions… Elle aimerait s’abandonner aux
caprices de cet inconnu … Derrière la porte familière de son désir conjugal, elle découvre une autre porte qui ouvre peut-être sur une autre, encore moins maîtrisable… Les fantasmes
dessinent une ligne ténue entre conscient et inconscient. Pulsions non pas violentes comme on le dit souvent pour les condamner, mais puissantes. Le désir n’est pas
seulement sexuel, il est l’énergie de toute vie, celle qui pousse à vivre au lieu de mourir.

Et c’est pourquoi l’angoisse de la mort, si humaine, est inscrite dans toute relation sexuelle, seul lien affectif pour lequel on s’interroge dès le premier jour : « Est-ce que ça va durer ? » Une mère ne se demande jamais combien de temps elle aimera son enfant, les ami(e)s n’imaginent pas la fin de leur amitié, mais Narcisse sait la fragilité du désir…
C'est si simple les "turpitudes" de lâme lorsque tu les présentes ainsi....
Blutch
Presque une religieuse et une courtisane à la fois.
Machine
mais y'a quand même un truc...
avec tout ça...
y'a de plus en plus de gens comme moi qui ne peuvent même pas avoir peur de grand chose vu qu'ils n'ont jamais connu et ne connaîtrons jamais ni l'affection ni l'amour ni le plaisir...
et qui vivent quand même... jusqu'à la fin dans un désert ne leur inspirant plus aucun désir
"En réalisant que la sexualité révèle ces fragilités éminemment humaines, qui font de nous ni des dieux, ni des bêtes, mais des êtres complexes de chair et d’âme, on lui rend sa plénitude."
Qu'est-ce que tu veux ajouter à ça ? C'est si magnifiquement dit ! :~)
Et puis il y a lasacrosainteimage biblique, heureux les simple d'esprit. Donc pour jouir, il leur faut des choses simples. Mais apparemment, il veulent entretenir la flamme, l'enegie mais n'y arrive pas, ce petit signe del'âme de dieu leur fuit des pattes, de l'entrejambe. Peut être devrait il essayer l'eau bénite à défaut de gel, ou sont ils entrain de glisser de l'eau au gel ? De tout façon, je les juge personnellement vulgaire ( au senspremier du terme).
En fait dès qu'il n'arrive pas à ajouter la notion de performance et de fric, ils sont impuissants, voire frigides. Eh bien vive la frugalité etles petits salaire, aisni j'ai ma vie, mon temps et je peux créer mon existance? Je ne me perds pas à la gagner, juste l'essentiel. Ces croyant ont perdu leur message d'origine, ce sont les athées qui le portent fianlement de nos jours !
Soit remÂpli de mysÂtère et non de tabou,
De péché, de vertu, de carÂnaÂval romain
Des draps couÂsus dans le salace
Et dans l’objet de la poliÂcière voyance ou voyeuÂrie »
Léo Ferré
à Blutch: les turpitudes elles-mêmes sont sont belles et fraîches quand elle sont puissantes et profondes, à tous les sens du terme. :)
à Machine: ni religieuse, ni courtisane, humaine, tout simplement et ça demande déjà une vigilance de tous les instants!
à Paul: mais n'est-ce pas justement une peur, venant de vous ou des autres, qui vous a éloigné de ces désirs et plaisirs?
à Sara: n'hésitez pas à leur envoyer ces billets quand vous en avez envie.
à TB: ensuite, y a plus qu'à faire.
à Andiamo: dis donc, tu nous la joue frimeur rital :) En fait, ce proverbe latin signifie vide, fatigué plus que triste. Tu sais, cette délicieuse lassitude post-coïtale qui empêche d'y revenir tout de suite, ce qui, parfois, rend triste le monsieur, justement, surtout si la dame réclame.
à SF: merci, mais encore faut-il être ouvert à ces pensées, ce qui n'est pas le cas de tout le monde;
à Benjamin: vive les poètes! En une strophe, tout est dit.
Pour les autres je ne suis pas sûr de ce qui leur est arrivé
Pour moi, ça n'a jamais été une peur demon côté.
Au contraire, je suis tellement assoiffé et famélique de l'autre, écrasé de l'interdit de jalousie des autres, que je me jettais à corps perdu dans toute rencontre que le hasard me faisait croiser. C'est après la rencontre, après le rejet de l'autre, après son mépris de mon état de pauvre en demande, après le subis de ces valeurs de forts et de gagnant pour qui tout être en demande, tout être pour qui autrui représente le devenir et la vie, est une merde méprisable, aprèsavoir essuyer les larmes, avoir fait taire la haine etla souffrance, que la peur naît, celle de revivre l'interdit de n'aître au bonheur du fait du poids écrasant de la jalousie d'autrui.
Savez-vous ce que c'est que de n'être le désir de personne ?
La solution, je n'en ai pas de globale sinon que de me transformer et tenter d'être contagieux.Â