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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 14:45

 

Comme il sent mauvais, ce débat sur l’identité nationale....  On sent tellement que l’objectif affiché « retrouver les valeurs communes des français » dissimule des pulsions moins avouables. Le terme « national », déjà, cher aux partis d’extrême droite comme le Front National  auquel l’UMP doit absolument « piquer des voix » selon Eric Besson, ou le National socialisme,  pas si lointain. Quand le petit moustachu brun aux yeux noirs épris de « nationalisme a défini comme grand blond aux yeux bleus le « bon Aryen » (jeu de mot qui me faisait déjà rire quand j’avais douze ans)  on a vu les conséquences… Tout ce qui étiquette est dangereux, parce que tout ce qui étiquette exclut de facto celui ou celle qui ne rentre pas dans la définition.

D’abord, que signifie identité dans un pays de 63 millions d’individus aux histoires toutes différentes ? C’est un peu comme chercher par un test ADN si on est le père : qu’est-ce qui fait un père ? Un génome, ou le fait d’aimer un enfant, de vivre avec lui et de lui transmettre des valeurs ? On aurait pu parler de valeurs communes : Liberté, Egalité, Fraternité,  plus la laïcité depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais en quoi ces valeurs seraient-elles porteuses d’une identité nationale ? D’autres pays sont épris de liberté, d’autres pays prônent l’égalité, et la fraternité est une valeur morale universelle plus qu’un facteur d’identité nationale.  

Ce qui se cache derrière ce débat, on le sent bien, c’est évidemment la peur de l’Autre, de celui qui est différent. Crainte xénophobe ou raciste lorsqu’elle se fonde sur le pays d’origine ou la couleur de peau. Crainte « de classe » quand elle se fonde sur les inégalités. Avec en filigrane l’idée que « ces gens-là, monsieur, sont source d’insécurité. »  Les étrangers comme les pauvres. L’élu local qui a stigmatisé « les dix millions de gens payés à ne rien foutre », n’a du reste rien trouvé de mieux pour s’excuser que de dire qu’il n’avait pas voulu parler des immigrés, mais des pauvres !

Puis très vite, le débat sur l’identité dérape vers le débat sur l’Islam… Il n’est qu’à voir l’avalanche de commentaires sur l’interdiction des minarets en Suisse, bien plus forte que lorsqu’ils refusaient obstinément le droit de vote aux femmes. .. Minarets, burka, ramadan, l’Islam  devient une obsession  médiatique, un fait public.  On sert dans les cantines scolaires et les avions des menus sans porc pour les musulmans, mais pas de menus sans boeuf pour les hindouistes, ni de menus sans viande pour les Jaïns strictement végétariens, et il ne semble pas que le port de la kippa par les juifs ou d’une croix autour du cou par les catholiques suscite autant de débats que le port du foulard.  Si on s’en tenait au principe de laïcité : « crois et pratique la religion de ton choix, mais que cela reste une affaire privée", on pourrait s’attacher à la question en filigrane derrière tous les débats sur l’Islam : la peur du terrorisme et du fanatisme. Quand j’ai enquêté sur les sectes- les branches fanatiques des religions quelles qu’elles soient  fonctionnent avec les mêmes mécanismes que les sectes- j’ai vu que le recrutement des adeptes se fonde sur leur fragilité, et leur fragilité sur leur sentiment d’exclusion.  On leur dit « tu es malheureux, on ne reconnaît pas ta valeur, viens avec nous, tu trouveras des gens qui t’apprécient et tu deviendras quelqu’un ». Même exploser au milieu d’un marché avec une ceinture d’explosifs à la taille, c’est devenir quelqu’un, c’est avoir été investi d’une mission par des gens qui vous font confiance. La force des fanatiques, c’est leur sens psychologique. C’est sur ce terrain qu’il faudrait les combattre et non avec un concept d’identité nationale porteur d’exclusion ou une croisade militaire contre « les forces du mal ».                                     ma grand-mère paternelle

Décidément, ce débat me met mal à l’aise, peut-être pour des raisons personnelles. Le terme d’identité nationale ne me parle pas.  J’ai épousé un français né à Constantine, ai vécu douze ans en Afrique, suis née au Gabon, de père et mère français.  Mais mon père était né au Vietnam, d’un père français Pondichérien et d’une mère française d’Indochine. Ce qui m’a valu qu’un zélé flic du temps de Pasqua ministre de l’Intérieur, exige un certificat de nationalité française pour me renouveler ma carte d’identité.  J’ai refusé.  Je suis remontée jusqu’au Ministère de l’intérieur pour avoir gain de cause et j’ai obtenu ma carte, sans certificat de nationalité. C’était odieux, cette soudaine discrimination, cet arbitraire, et encore plus odieuses les excuses piteuses du zélé flic quand il a su que j’étais journaliste. J’ai fait remarquer à l’uniformisé que ma carte de presse ne m’enlevait pas ma gueule de niakoué ni mes gènes venus d’ailleurs. Il s’est empressé de m’expliquer que sa vigilance venait du fait que certains, les arabes notamment, ne méritaient pas la nationalité française.  Comme quoi, dès qu’on parle d’identité nationale on réveille les pulsions racistes…  Mériter la nationalité française, ça veut dire quoi ? On n’y a aucun mérite : « On choisit pas ses parents, on choisit pas son pays… être né quelque part, c’est toujours un hasard » belle chanson de Maxime le Forestier, écrite contre « les lois Pasqua » justement. 

 

mon père et ses parents


Quand j’étais étudiante, j’avais écrit à mon père pour lui demander de me raconter son enfance au Vietnam et son adolescence en Inde. Il m’a fait dire par ma mère qu’il ne souhaitait pas évoquer des souvenirs où il avait été exclu, au Vietnam comme métis indien, en Inde comme métis Viet, et que désormais, sa patrie était la France. Pourtant, sa couleur de peau lui a valu des remarques. Pourtant, en lui remettant son diplôme de magistrat, le président de jury avait grommelé « et on appelle ça un français!" Son pays,  c’était là où il vivait, travaillait et avait construit sa vie.  Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir les larmes aux yeux quand il écoutait de la musique indienne, et d’accompagner de nuoc-mâm son steak-frites. 

 


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Published by Françoise Simpère - dans Humeur
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commentaires

seignez denis 10/12/2009 18:38


à Françoise
il y a bien sûr du vrai dans ce que tu dis. Donc la solution serait d'envoyer dans les pays pauvres des gens qui n'ont pas de problème de  survie afin de les aider à décoller . Hélas
on peut parier  quassez rapidement un esprit malin ira leur glisser dans le creux de l'oreille qu'ils sont colonisés!


françoise 10/12/2009 17:26


à Denis: bien sûr, on eut toujours progresser, mais si on part de plus bas, on aura pls de mal, et puis il y a autre chose: c'est plus difficile de progresser spirituellement quand on a faim, ou
soif, ou quand on est malade, toutes choses plus fréquentes sou certaines latitudes. Les bouddhistes disent d'ailleurs que pour bien méditer, l'homme ne doit pas souffrir physiquement.  La
douleur physique anihile la pensée et peut devenir obsédante...
à Machine: désolée de n'être pas née dans une étable, je ne suis pas le Christ. Je suis née dans un dispensaire de brousse au Gabon. Maq grand-mère a été la seule de ses soeurs à savoir lire, comme
je l'ai raconté, mais je ne sais pas si elle est beaucoup allée à l'école. Hélas, je n'ai pas pu parler avec elle car elle ne comprenait pas le français, et moi pas le vietnamien. ?J'étas gamine
quand elle est morte. Je ne comprends pas bien votre reproche: faut-il nécessairement être dans la misère pour être intéressant? Je ne suis ni dans la misère ni dans le luxe. Mes revenus actuels
sont quasi nuls, heureusement, j'ai eu des années plus propices. C'est le propre de mon métier, sans aucune garantie de salaire ni de sécurité de l'emploi, et où on vous fait souvent travailler
sans vous payer. Je ne me plains pas, j'adore ce que je fais mais je fais très attention à mes dépenses. Etonnant comme les gens croient que parce qu'on écrit ou publie, on est riche!
à Blutch: merci de votre soutien!


Blutch 10/12/2009 15:02


@ Machine,
                difficile à l'intéressée de se justifier.
On revient à la problématique levée par Denis Seignez: Quelle est la raison qui nous fait naître en un lieu plutôt qu'un autre?
Je ne vois pas Françoise dans des sentiers battus,  je crois même qu'elle est là pour secouer la bien-pensance hypocrite de notre société et qu'elle a débrousaillé son chemin toute
seule......
Vous semblez reprocher à Françoise de ne pas être née dans le caniveau (ou une étable?) tout le monde ne peut avoir ce "privilège".... ce n'en est que plus méritoire de sortir du confort douillet
de la magistrature paternelle pour explorer une route nouvelle, à créer.
Une notion encore m'interpelle, celle de "luxe nauséabond". Je partage aussi, dans certains cas, cette appréciation. Il faut juste savoir où est la frontière, où commence le luxe et quand
devient-il nauséabond? Ce ne peut être le lieu, puisque 50% des Français sont en dessous d'un seuil de vie décent.
Bonne journée
Blutch


machine 10/12/2009 10:49


Françoise,
Vous êtes  trop "mignonne" comme votre mémé d'ailleurs qui, m'est avis n'était pas vraiment sans le sou et alphabétisée. Ce qui pour l'époque n'était pas rien. A ce jour d'ailleurs aussi étant
donné le taux d'alphabétisation des filles, femmes, mères...dans le monde.
A part une bonne conscience, vous ne faites pas vraiment avancer le débat et ne prenez comme risque que de vous lever le matin dans un luxe nauséabond celui des gens nés sous un bon clocher et qui
sommes toute restent bien pensants et désespéremment ininteressants.
Et si vous osiez vraiment sortir des sentiers battus?
Bon courage Machine


seignez denis 09/12/2009 15:47


Merci Françoise pour ce point de vue . Je ne pense pas qu'il y ait des personnes plus spirituelles que d'autres ! Même les communistes sont de êtres spirituels mais ils n'en sont pas conscients.Par
contre il y a différents niveaux de conscience. C'est un fait . Certains pensent qu'ils ne sont que des  bouteilles à la mer ballotés par les flots  ,d'autres sont conscient du fait qu'il
peuvent influer sur leur destin . C'est un constat, je n'y peux rien. En ce qui concerne la richesse je veux simplement dire que la création de richesses est d'abord une affaire de
compétence plus que de chance . Certaines personnes se tireront d'affaire quelles que soient les situations et les pays dans lesquels ils se trouvent et d'autres non . Mais il n'y
a pas de fatalité . On peut toujours s'amélorer , se former ajouter des cordes à son arc . L'espoir est toujours là .


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