Partager l'article ! ETRE NE QUELQUE PART, C'EST TOUJOURS UN HASARD: Comme il sent ...
Comme il sent mauvais, ce débat sur l’identité nationale.... On sent tellement que l’objectif affiché « retrouver les valeurs communes des français » dissimule des pulsions moins avouables. Le terme « national », déjà, cher aux partis d’extrême droite comme le Front National auquel l’UMP doit absolument « piquer des voix » selon Eric Besson, ou le National socialisme, pas si lointain. Quand le petit moustachu brun aux yeux noirs épris de « nationalisme a défini comme grand blond aux yeux bleus le « bon Aryen » (jeu de mot qui me faisait déjà rire quand j’avais douze ans) on a vu les conséquences… Tout ce qui étiquette est dangereux, parce que tout ce qui étiquette exclut de facto celui ou celle qui ne rentre pas dans la définition.
D’abord, que signifie identité dans un pays de 63 millions d’individus aux histoires toutes différentes ? C’est un peu comme chercher par un test ADN si on est le père : qu’est-ce qui fait un père ? Un génome, ou le fait d’aimer un enfant, de vivre avec lui et de lui transmettre des valeurs ? On aurait pu parler de valeurs communes : Liberté, Egalité, Fraternité, plus la laïcité depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais en quoi ces valeurs seraient-elles porteuses d’une identité nationale ? D’autres pays sont épris de liberté, d’autres pays prônent l’égalité, et la fraternité est une valeur morale universelle plus qu’un facteur d’identité nationale.
Ce
qui se cache derrière ce débat, on le sent bien, c’est évidemment la peur de l’Autre, de celui qui est différent. Crainte xénophobe ou raciste lorsqu’elle se fonde sur le pays d’origine ou la
couleur de peau. Crainte « de classe » quand elle se fonde sur les inégalités. Avec en filigrane l’idée que « ces gens-là, monsieur, sont source d’insécurité. » Les
étrangers comme les pauvres. L’élu local qui a stigmatisé « les dix millions de gens payés à ne rien foutre », n’a du reste rien trouvé de mieux pour s’excuser que de dire qu’il n’avait
pas voulu parler des immigrés, mais des pauvres !
Puis très vite, le débat sur l’identité dérape vers le débat sur l’Islam… Il n’est qu’à voir l’avalanche de commentaires sur l’interdiction des minarets en Suisse, bien plus forte que
lorsqu’ils refusaient obstinément le droit de vote aux femmes. .. Minarets, burka, ramadan, l’Islam devient une obsession médiatique, un fait public. On sert dans
les cantines scolaires et les avions des menus sans porc pour les musulmans, mais pas de menus sans boeuf pour les
hindouistes, ni de menus sans viande pour les Jaïns strictement végétariens, et il ne semble pas que le port de la kippa par les juifs ou d’une croix
autour du cou par les catholiques suscite autant de débats que le port du foulard. Si on s’en tenait au principe de laïcité : « crois et pratique la religion de ton choix, mais
que cela reste une affaire privée", on pourrait s’attacher à la question en filigrane derrière tous les débats sur l’Islam : la peur du terrorisme et du fanatisme. Quand j’ai enquêté sur les
sectes- les branches fanatiques des religions quelles qu’elles soient fonctionnent avec les mêmes mécanismes que les sectes- j’ai vu que le recrutement des adeptes se fonde sur leur
fragilité, et leur fragilité sur leur sentiment d’exclusion. On leur dit « tu es malheureux, on ne reconnaît pas ta valeur, viens avec nous, tu trouveras des gens qui t’apprécient et
tu deviendras quelqu’un ». Même exploser au milieu d’un marché avec une ceinture d’explosifs à la taille, c’est devenir quelqu’un, c’est avoir été investi d’une mission par des gens qui vous
font confiance. La force des fanatiques, c’est leur sens psychologique. C’est sur ce terrain qu’il faudrait les combattre et non avec un concept d’identité nationale porteur d’exclusion ou une
croisade militaire contre « les forces du
mal ».
ma grand-mère paternelle
Décidément, ce débat me met mal à l’aise, peut-être pour des raisons personnelles. Le terme d’identité nationale ne me parle pas. J’ai épousé un français né à
Constantine, ai vécu douze ans en Afrique, suis née au Gabon, de père et mère français. Mais mon père était né au Vietnam, d’un père français Pondichérien et d’une mère française
d’Indochine. Ce qui m’a valu qu’un zélé flic du temps de Pasqua ministre de l’Intérieur, exige un certificat de nationalité française pour me renouveler ma carte d’identité. J’ai refusé.
Je suis remontée jusqu’au Ministère de l’intérieur pour avoir gain de cause et j’ai obtenu ma carte, sans certificat de
nationalité. C’était odieux, cette soudaine discrimination, cet arbitraire, et encore plus odieuses les excuses piteuses du zélé flic quand il a su que j’étais journaliste. J’ai fait remarquer à
l’uniformisé que ma carte de presse ne m’enlevait pas ma gueule de niakoué ni mes gènes venus d’ailleurs. Il s’est empressé de m’expliquer que sa vigilance venait du fait que certains, les arabes
notamment, ne méritaient pas la nationalité française. Comme quoi, dès qu’on parle d’identité nationale on réveille les pulsions racistes… Mériter la nationalité française, ça veut
dire quoi ? On n’y a aucun mérite : « On choisit pas ses parents, on choisit pas son pays… être né quelque part, c’est toujours un hasard » belle chanson de Maxime le
Forestier, écrite contre « les lois Pasqua » justement.
mon père et ses parents
Quand j’étais étudiante, j’avais écrit à mon père pour lui demander de me raconter son enfance au Vietnam et son adolescence en Inde. Il m’a fait dire par ma mère qu’il ne souhaitait pas évoquer des souvenirs où il avait été exclu, au Vietnam comme métis indien, en Inde comme métis Viet, et que désormais, sa patrie était la France. Pourtant, sa couleur de peau lui a valu des remarques. Pourtant, en lui remettant son diplôme de magistrat, le président de jury avait grommelé « et on appelle ça un français!" Son pays, c’était là où il vivait, travaillait et avait construit sa vie. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir les larmes aux yeux quand il écoutait de la musique indienne, et d’accompagner de nuoc-mâm son steak-frites.
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Françoise Simpère (nouvelles de)
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