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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 01:50

« A 20h, lorsque devait apparaître à la télévision le visage du nouveau président, Marine était au théâtre… Toute sa vie, elle se souviendrait de la pluie de roses rouges sur la scène à l’annonce du résultat, des gens qui s’embrassaient et d’un couple de vieux entonnant « Le temps des cerises » avant de fondre en larmes de joie:

« Ca nous rappelle 36 ! »

Vers 22h, alors que le bal battait son plein place de la Bastille, un orage éclata, violent, sur la capitale. Marine y vit comme un symbole : l’eau purificatrice allait donner naissance à un monde nouveau. Réfugiée sous une porte cochère en attendant que l’averse se calme, elle entendit un monsieur en costume sombre énoncer d’un air tragique :

« Le soir de la prise de la Bastille, en 89, il y eut aussi un orage… »

Lui aussi nageait en plein symbolisme.

Le camarade syndiqué devint directeur de cabinet d’un ministre et jouit sans retenue des privilèges de son rang. Il s’amusait à traverser tout Paris en voiture de fonction cernée de motards, et faisait des chronos avec l’un de ses homologues, ancien compagnon de militantisme :

« Vingt minutes pour gagner Orly à 18h, tu dis mieux ? »

Ce jeu lui donnait l’illusion de rester jeune et il croyait sincèrement ne pas se prendre au sérieux parce qu’il lui arrivait de venir au ministère en jean de luxe. Il avait pris du poids et perdu sa tignasse rebelle, s’exprimant à présent dans un langage contraint où « l’idéologie à l’épreuve des faits » remplaçait le merveilleux « Soyez réalistes, demandez l’impossible ».

Marine en fut blessée à l’aune des espoirs qu’elle avait nourris et se demandait, comme pour un amour déçu ou trahi, à quel moment, et pour quelle raison ils lui avaient menti. »

C’est, en avant-première, un extrait de mon roman « Jouer au monde » pas encore publié. J’y pensais jeudi soir en regardant sur France 2 le documentaire « les années cabossées 1981/1988 » années dont François Cusset a fait l'analyse très critique dans cl livre ci-contre.  Drôle d’impression de replonger dans ces années qui me semblent hier et qui appartiennent à l’Histoire.

J’ai gardé des coupures de presse du 10 mai 81. On a peine à imaginer que face à ce qui n’était qu’un changement de majorité, salutaire après 23 ans de droite au pouvoir, certains paniquaient comme s’il y avait la guerre. Le 12 mai 1981, le Figaro publia un édito de Jean d’Ormesson se concluant par :

« Je lance à tous les français et toutes les françaises… qui refusent le péril mortel du totalitarisme marxiste un appel angoissé, mais confiant à la mobilisation générale. ».

On a peine à imaginer la liesse des six condamnés à mort se disant qu’ils allaient sans doute échapper au couperet: « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » La sécheresse de cette phrase donne le frisson…

On a peine à imaginer que lorsque les derniers sondages montrèrent François Mitterrand proche de la victoire, Ambroise  Roux, PDG de la compagnie générale d’électricité et vice président du CNPF (le Medef de l’époque)  rassura les chefs d’entreprise : « Ne vous en faites pas, nous faisons ce qu’il faut pour renverser la tendance ». ‘(Le Canard enchaîné, 13 mai 81)  Le même Canard raconte comment les investisseurs institutionnels (Caisse des Dépôts notamment) dont le rôle est d’amortir les chocs boursiers et de soutenir la monnaie, n’ont pas bougé le petit doigt pour empêcher la chute des cours, prévisible avec les ventes massives de valeurs françaises par les investisseurs étrangers, persuadés que la France allait devenir un soviet. Le franc tint bon au départ, mais comme le prédisait un agent de la Bourse : « Ne vous en faites pas, ça ne va pas durer ».  Bref, face à la gauche élue se dressa très vite ce qu’on appelle « le mur de l’argent. »

Le documentaire rappelle à ceux qui ne le savaient pas que l’économie française avant 1981 était fort mal en point, après deux chocs pétroliers et les premières restructurations industrielles, même si, à l’époque, les licenciements devaient être autorisés par l’Inspection du Travail, ce qui évitait les dégraissages non motivés par de réelles difficultés de l’entreprise. De quoi faire rêver les salariés d’aujourd’hui.

L’idée commune selon laquelle les difficultés de la droite viennent de « l’héritage socialiste » est battue en brèche pour une raison simple : la Vè République a commencé en 1958. Si l’on considère que nous avons N.S jusqu’en 2012, soit 54 après, force est de constater que l’état de la France ne peut être mis au débit d’un président de gauche qui n’a exercé le pouvoir que 14 ans (1981/1995) alors que 5 présidents de droite auront dirigé le pays pendant… 40 ans. « Putain, 40 ans ! » comme diraient les Guignols.

Quant aux difficultés de la gauche, elles ont peut-être une raison- parmi d’autres- que nul ne se risque à évoquer. En 1981, Jack Lang était un fringant quadra, Michel Rocard avait une allure juvénile de Tintin surdoué, Bernard Kouchner celle d’un jeune premier à la mèche rebelle et Laurent Fabius idem sans la mèche rebelle.  Aujourd’hui ils ont respectivement 70, 79, 70 et 63 ans …. Et sont toujours là. Avec l’envie de profiter des missions, des ministères, des honneurs et des subsides tant qu’on leur en propose. De continuer à plaire aux femmes grâce au pouvoir qui efface les années. D’exister grâce aux medias. D’échapper en somme à la fragilité et à la fatalité de l’âge … Egoïsme compréhensible.  A chaque enterrement, j’entends quelqu’un dire « la vie est courte, faut en profiter ».  Passés 60 ou 70 ans, la phrase n’est plus un cliché, elle devient réaliste.  En revanche, est-il réaliste, est-il souhaitable, de confier l’avenir d’un pays et le destin des jeunes générations à des hommes, même de valeur, dont l’avenir est derrière eux ? La droite a moins ce problème : son électorat plutôt âgé (NS a obtenu ses plus gros scores chez les 50/75 ans) se trouve fort bien d’une politique sécuritaire qui le rassure et de mesures favorables au patrimoine.


Mais les autres, ceux qui ont tellement envie que ça change ? Face à des candidats qui ont dépassé l’âge de la retraite, ils se diront : qu’en ont-ils à faire du chômage des jeunes, à part des statistiques ? Comment l’avenir de la planète à l’horizon 2050 peut-il les motiver alors qu’ils ne le verront pas ?  Peuvent-ils imaginer un projet de société innovant ? Savoir ce qui fait rêver les jeunes et leur donne envie d’agir ?  Apprécier d’autres musiques et d’autres cultures que celles de leur génération ? NON ? Alors à quoi bon voter ?

 

 

 

 

 



 

 

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

Jean-Marc 20/10/2009 07:37


A en croire une certaine littérature et certains relais de presses popole, se faire pomper par une jeune princesse ferait se retourner le calendrier de l'heureux bénéficiare ...surtout si le
bénéficiaire fait parti d'une con-frèrie ... J'en perd mon de profundis, morpionibus !

fresque de necker (aujourd'hui les vieuxcons ont fermé cette salle de garde ,une des plus anciennes. Cela n'est pas anecdotique pour moi, mais très signifiant ...(je prépare un aticle à ce sujet et
la fameuse loi ségo sur ces lieux de tradi)


françoise 19/10/2009 20:00


Ouh la, on s'est mal compris et je vais y revenir dans un prochain billet. Il ne s'agit pas de virer les vieux pour les remplacer par de jeunes cons, il s'agit de tenir compte du fait que les
années usent les gens, et que trop d'années dans les sphères du pouvoir engendre des rentes de situation où l'intérêt général n'est plus pris en compte, car celui qui a du pouvoir veut en profiter
personnellement en sachant qu'il tire ses dernières cartouches. Pour Jean Sarkozy: ce n'est pas son âge qui est préoccupant, c'est le fait qu'il n'a fait aucune preuve de sa compétence, que bac+1,
c'est ridiculement insuffisant pour un tel poste quand on demande bac+2 à une caissière de supermarché, et que sans le nom qu'il porte, jamais personne n'aurait pensé à lui pour ce boulot. C'est le
népotisme, l'arrogance, l'incompétence qui sont préoccupants, plus que l'âge.


cultive ton jardin 19/10/2009 08:45


Ma foi, virons tous ces vieux, et place aux Jean Sarkozy, c'est l'avenir! A la radio (France quelsue chose), ils avaient invité des "jeunes" élus de gauche, bien embarrassés car ils voulaient pas
qu'on dise du mal des jeunes et de l'inexpérience... on sentait bien qu'ils ne demandaient qu'à prendre la place des vieux et à devenir comme eux, rollex et ptites pépées...

Plus sérieusement, ce n'est pas leur âge que je reprocherai à tous ces politiciens, c'est leur ascencion sociale et leurs compromissions. Il est vrai que l'âge leur en a donné le temps, et qu'ils
étaient moins compromis à 40 ans qu'à 70. Il y a eu une sélection aussi, seuls les arrivistes sont arrivés, les autres sont rentrés ou restés dans l'ombre, militants de bas ou plus rien, trop
dégoûtés. D'où l'effet d'optique que c'est une question d'âge.

Il en sera de même des jeunes loups aux dents longues, ils "évolueront" et le système fera le tri. Sauf si, jeunes ou vieux, nous y mettons notre grain de sel.


Tant-Bourrin 18/10/2009 08:10


"profiter des missions, des ministères, des honneurs et des subsides tant qu’on leur en propose" : tu as tout résumé. Tant que la représentation politique sera assurée par des types qui n'ont
d'autre ambition que d'accomplir leur propre ambition, les choses n'ont guère de chance de s'améliorer. Rendez-nous Jaures !


reynald 17/10/2009 21:25


Chère Françoise,
                        losque elle n'embauche pas les jeunes qui ne savent rien
et qu'elle débauche les vieux qui coûtent trop cher, l'industrie française se tire une balle dans le pied. C'est sa tare chronique qui fait que par le monde, on achète français par défaut, ne
pouvant pas faire autrement. Alors forcément l'industrie va mal et allant mal, elle veut des coûts moins chers pour être plus "compétitive" sur les prix. Pour çà, le Médef salope les conditions de
travail, délocalise fait des produits de moins en moins fiables et prétend pouvoir les vendre à des gens qui n'ont plus de travail, plus de salaire, donc plus d'avenir.
Je connais deux cas diamétralement opposés:

Près de chez-moi, une usine de moteurs a monté une chaîne de montage en Chine. Pour la mettre au point, elle a fait appel à ses retraités français. Voyage payé, deux-trois petits réglages, une
tournée touristique, une enveloppe et le tour est joué. Ces retraités qui bombaient le torse, claironnant leur indispensabilité ont bousillé le travail de leurs enfants: L'usine française débauche
à tout va, avec un gros risque de mettre la clé sous la porte d'ici un an.

Une boîte qui fabrique du matériel de haute technologie s'était faite racheter, avec la charette obligatoire de licenciés et de mis-à-la-retraite-anticipée.
Le gars qui ont du partir l'ont fait avec leurs petits carnets de notes correctrices des plans de fabrication: Total, la production devenait impropre à l'utilisation, la management a du être
changé.
Moralité: un patron n'est rien, ne peut rien contre ceux qui fabriquent la production, donc la richesse de l'entreprise.

Pouvoir de gauche, pouvoir de droite, c'est une fausse alternative puisque, sans une révolution, le pouvoir est à l'argent. En choisissant gauche ou droite, on opte pour un degré de servilité des
politiques envers la finance, c'est tout. Et actuellement, question serpillères, on est particulièrement gâté....

Amitiés
Reynald


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