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Le 26 mai, je suis invitée. Je manquerai donc un de mes plaisirs inavouables, une régression comme je les aime, du style regarder au lit une émission ringarde avec une bière et des chips, la totale. Je veux parler de la finale du Concours Eurovision de la chanson. Ah ! Voir défiler d’improbables artistes, célébrités d’un soir… Qui se souvient de Jessy Matador, Virginie Pouchain, Marie Line, Fanny, Roger Bens, Jean Gabilou ou Jean-Paul Mauric qui eurent l’honneur de représenter la France à ce concours, après une impitoyable sélection ?
Ah ! Entendre les présentateurs scander avec un fort accent : « Italie, un point. Italy, one point » « Azerbaïdjan, trois points, Azerbaïdjan, three points. » Ca dure des plombes, le suspense est total, les costumes à paillettes, les chansons entre folklore et sirop, personne ne comprend les critères, peut-être politiques, qui président aux votes des jurés puisque depuis quelques années les pays de l’Est ont la part belle dans le palmarès, mais on ressent à regarder cela le même plaisir que celui qu’on a à enfiler un vieux pull datant de ses quatorze ans : un sentiment d’intemporalité, de sécurité absolue loin des agitations du monde moderne. Et puis on peut se lever pour aller faire pipi ou se confectionner un solide en-cas, on ne risque pas de manquer des choses inoubliables.
Le concours Eurovision de la Chanson, c’est une institution qui dure depuis le milieu des années 50, imperturbablement. J’étais trop jeune pour savoir que la France était leader de ce concours à cette époque. Gagnante en 1958 avec « Dors mon amour » chanté par André Claveau, 1960 avec Tom Pillibi chanté par Jacqueline Boyer et 1962 avec « Un premier amour » chanté par Isabelle Aubret. Période de gloire effacée par des années de défaite successives… La dernière victoire date de 1977, avec Marie Myriam dont peu d’entre vous se souviennent. Le champion absolu est l'Irlande avec 7 victoires depuis 1965...
Trêve de persiflage, l’Eurovision c’est doux comme une madeleine proustienne, avec des fragments de chansons qui restent en mémoire. En 1964, Non ho l’eta, où Gigliola Cinquetti
chantant non ho l’eta per amarti, non ho l’eta per uscire sola con te (je n’ai pas l’âge de t’aimer, je n’ai pas l’âge de sortir seule avec
toi) a fait rêver des
milliers d’ados qui avaient justement le même problème : être amoureuses et ne pas avoir le droit de sortir avec leur flirt. Ca ramène au temps de « Diabolo
menthe », le moyen-âge comme diraient mes filles… En 1965, ce ne fut pas la France mais le Luxembourg qui triompha avec France Gall et sa « Poupée de cire, poupée de son » (chanson
de Gainsbourg, tout de même !) que je suis encore capable de brailler par cœur… Tout comme d’ailleurs je connais encore le refrain de la chanson représentant la France : « N’avoue jamais » de Guy
Mardel, mais ne me demandez pas les couplets …
France Gall est une des rares gagnantes de l’Eurovision, avec Céline Dion, à avoir fait une belle carrière. En revanche, plusieurs candidats malheureux à ce
concours ont connu le succès après. Alain Barrière, le crooner préféré des mères de familles et des très jeunes filles de 1963 y chanta « Elle était si jolie », arrivé
3ème, mais fit ensuite une solide carrière. Une amie avec qui j’ai cohabité 9 ans me racontait son émoi de gamine
devant les yeux clairs et les chemises
bleu ciel de ce beau chanteur brun, et lorsque vingt ans plus tard elle rencontra son futur mari, la première chose qu’elle me téléphona fut : « Il ressemble à Alain Barrière. »
Serge Lama et Patrick Fiori, candidats malheureux au concours, devinrent d’heureux vendeurs de disques durant des années… Mais il y a aussi des bizarreries, comme la participation à
l’Eurovision de Patricia Kaas, alors qu’elle était déjà célèbre et n’avait rien à prouver. Et que patatras, elle se ramassa. France : 107 points, France : one hundred and seven
points, 8ème, Patricia Kaas, qu’allait-elle faire dans cette galère kitchissime ?
Depuis deux jours il fait beau. Pourvu que le concours ne ramène pas la pluie…
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et de regarder la non moins superbe vidéo sur "Aimer plusieurs hommes", toujours réalisée par Douze Films Prod (www.douzefilms.fr)
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A écouter: Voyage en moi majeur, émission du 17 février 20123, avec Alex Taylor en pilote et moi en commandant de bord (ça se
recoupe...)
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Françoise Simpère (nouvelles de)
ma vie, mon oeuvre, mais surtout mon oeuvre
des questions, des réponses, l'ouverture des possibles
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