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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 12:21

Elle avait demandé pour Noël un costume de cosmonaute, sa grand-mère lui dit : « Ce n'est pas un jouet de fille. A partir de cette année, on t'offrira un couvert en argent à chaque Noël et quand tu seras une dame, tu auras une jolie ménagère pour recevoir. » Elle se demanda pourquoi les couverts furent offerts à sa sœur et elle et pas à son frère.

Elle demanda à sa grand-mère de lui apprendre à faire du crochet et la grand-mère se réjouit d'avoir une si gentille petite-fille.

A l'école, quand elle traversait la cour en hurlant : « Je suis Buck John le terrible cow-boy » ou jouait à Ravaillac qui trucide Henri IV, la maîtresse l'arrêtait dans son élan en la traitant de « garçon manqué ». Elle osa rétorquer: « Non, je suis une fille réussie » et se fit taxer d'insolence. Mais comme elle réussissait bien le gâteau au yaourt, fleuron des ateliers de cuisine scolaire, on lui disait qu'elle serait plus tard une vraie « fée du logis ». Elle, elle aimait faire la cuisine, par gourmandise, pour le plaisir de patouiller des substances pâteuses ou liquides et de sentir l'odeur caramélisée des cuissons au four.

Adolescente, elle compara les mérites respectifs de Salvatore Adamo et Jacques Dutronc : « Adamo, ce serait plutôt le genre mari alors que Dutronc serait un amant. » Ses copines la contemplèrent d'un air dégoûté, et l'une d'elles lui dit : « Quand je serai grande, j'aurai un mari, trois enfants, une maison et un chien mais je t'inviterai pas chez moi parce que tu es trop bizarre. » Elle s'en moquait, la vie entre mari, enfants, Médor et pavillon ne la tentait aucunement.

Elle eut d'énormes chagrins d'amour, comme toute ado, et se rendit compte qu'elle s'en remettait de plus en plus vite, ce qui la réjouit : on pouvait aimer sans mourir d'amour ni en être malade, quoi qu'en disent les romans et les chansons.

Lors d'une boum, elle montra ouvertement à un garçon qu'il lui plaisait. Ses copines l''accusèrent de se conduire mal, alors qu'elles n'eurent aucun mot désobligeant pour les garçons qui draguaient. Celui qu'elle aimait ne répondit pas à ses avances, il voulait conquérir, pas être dragué. Bref, total râteau ! Elle constata qu'on n'en mourait pas ce qui ne l'étonna guère puisque les hommes, qui draguent depuis l'éternité et ont pris moult râteaux dominent encore la planète.

Elle trouvait injuste que sa mère dise à son frère de la surveiller lorsque tous deux sortaient le soir, et qu'elle-même ne fût pas invitée à surveiller le frère. Qui eut le bon goût d'instaurer un rituel où chacun rejoignait sa bande, avec RV à une heure précise pour rentrer ensemble, ni vu, ni connu.

Elle aimait se maquiller, acheter des crèmes et des parfums, on la jugeait féminine. Elle préférait le jean-baskets aux jupes, elle devenait « garçon manqué. »

Elle enquêta dans des groupes féministes radicaux mais n'arrivait pas à les suivre dans leur désir de construire un monde exclusivement féminin/féministe en se passant des hommes. Elle cessa d'aller aux réunions lorsque l'une d'elles répondit avec superbe à une fille amoureuse : « Ma chérie, tu n'es pas suffisamment conscientisée, tu restes une asservie du phallus. » Elle même trouvait que le phallus peut être très plaisant, si l'homme ne s'en sert pas aux dépends du cerveau. Elle évita ceux qui fonctionnaient en mode « ou » « ou », cerveau ou phallus.

A celles et ceux qui prétendaient que les femmes avaient le vrai pouvoir car les hommes à la maison leur étaient soumis et qu'on pouvait aisément « les faire marcher », elle répondit que si c'était vrai, les hommes en masse souhaiteraient être hommes au foyer.

Elle décida d'aller explorer leur territoire. Il était immense et varié, avec plein de métiers qu'on ne proposait guère aux filles, du plus modeste au mieux payé, et qu'ils étaient de toutes façons toujours mieux payés qu'elles. Mais plus encore que les revenus et le statut social, elle voulait leur liberté : liberté de sortir sans risques à toute heure, de s'habiller à sa guise, de picoler, de dire des conneries ou des choses intelligentes, de faire des sports de malades, de partir en voyage sans remplir le frigo pour ceux qui restent, de se mettre en colère sans être traité d'hystérique, bref liberté de vivre sans que quiconque leur dicte ce qu'il convenait de faire lorsqu'on était un homme. Sauf pleurer et montrer des émotions vives, c'est vrai... En les explorant elle découvrit les faiblesses et la fragilité masculines, et les hommes lui en devinrent infiniment plus intéressants.

Elle s'affirma féministe, mais refusait l'idée d'une « parole de femme » portée aux nues ou rejetée non par son contenu intrinsèque mais en tant que parole de femme. Ou de manifestation réservées aux femmes « pour les femmes, par les femmes, avec les femmes » qui lui semblaient aussi efficaces pour prendre confiance en soi que d'apprendre à nager sur un pliant au lieu d'affronter l'eau.

L'important n'était pas d'être femme ou homme, finalement, mais d'écouter ses vrais désirs et de ne laisser personne vous dicter ce que vous devez ou ne devez pas faire en fonction de votre sexe. Elle décida de ne jamais se positionner comme femme, mais en temps qu'être humain.

C'est pourquoi elle supportait mal le 8 mars, Journée de la femme comme disent les machos, Journée internationale des droits des femmes, comme disent les autres, mais le résultat est le même : un acte de compassion , comme toutes les journées internationales de quelque chose, qui focalisent un jour sur un sujet négligé les 364 jours suivants. La moitié de l'humanité mérite mieux que ce confinement dans un rôle de victime.

C'est pourquoi elle préférait le 9 mars...

Bonne fête à toutes les Françoise ou Framboise !


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Published by - dans Humeur
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commentaires

Andiamo 10/03/2013 10:30


Bien sûr UN jour pour la femme et 364 pour les hommes ! Princesse, bien écrit , bien vu , bien disséqué, pas besoin d'une journée pour que tu sois UNE femme, et quelle femme DEDIEU !

françoise 09/03/2013 19:34


à SF: non, tu ne me feras pas sortir de mes gonds, j'ai aussi le sens de l'humour. Bon anniversaire à Toi et à Blutch!


à Audren: je vais de ce pas aller y faire un tour


 

audren 09/03/2013 18:50


Bravo. C'est même émouvant.


Si ça vous intéresse de lire un parcours symétrique, mon billet du 9 mars rappelle étrangement le vôtre.

Blutch 09/03/2013 14:19


@ SF
Nous sommes donc 2 :-). Bon anniversaire SF.

@ Françoise
Tu sais maintenant pourquoi je ne loupe pas la Ste Françoise :-)
Le concept de fille réussie, j'ai entendu ça durant près de 30 ans avec ma compagne...
Elle aurait pu écrire ce billet sans en changer une ligne.
Bises

Saoul-Fifre 09/03/2013 12:39


Et "Journée de l'affame", si elles nous font la grêve de la cuisine ou autre, ce jour là d:^)


 


Moi aussi je préfère le 9, c'est mon anniversaire d:)

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