Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 22:57

Mal au pied droit depuis longtemps. Le chirurgien réputé que je consulte  appuie entre deux orteils « Ca vous fait mal, là ? Oui ? On peut opérer. »  Cinq minutes de consultation, pas de radios,  aucun examen. Je demande le prix de l’intervention, il élude : « Voyez cela avec ma secrétaire. »  Pour les cinq minutes, 70 € (gloup !) et pour l’opération, trois fois le tarif de la sécu.  Je suggère que c’est cher, la dame me toise avec hauteur : « Bien sûr, quand il faut payer, c’est toujours cher. » Je lui rétorque qu’effectivement, quand c’est gratuit c’est moins cher, mais qu’en l’occurrence un tel dépassement d’honoraires est abusif.  « Votre mutuelle le prend sûrement en charge » Pas certain, et de toutes façons, reporter sur les mutuelles les dépassements indécents d’honoraires, c’est créer une médecine à deux vitesses, et c’est injuste pour les médecins qui travaillent sans dépassements. Je le dis à la secrétaire qui n’en a rien à foutre, mais si tout le monde se met à déserter cette coquette clinique, peut-être  changeront-ils d’attitude et d’habitudes.

J’annule donc l’intervention. Direction l’IMM, Institut Mutualiste Montsouris, créé par la Mutualité de la fonction publique : « hôpital privé à but non lucratif ».  Ca fait bizarre de voir accolés les mots « privé » et « but non lucratif », on  n’a plus l’habitude J Son service de chirurgie orthopédique a été classé par « le Point » comme l’un des meilleurs de France, et l’IMM dans son ensemble se situe dans les dix premiers hôpitaux. Rançon de cette qualité : les délais d’attente. Je me réjouis de n’être pas en situation d’urgence.

L’établissement est clair,  spacieux… et calme.  Le sol aiguilleté absorbe le bruit des pas, ce qui évite les « clic clic toc » des talons si énervants  pour le malade en flaque dans son lit,  ou l’infirmière qui court d’une chambre à l’autre. Organisation, nickel, que ce soit à l’administration  ou sur le plan médical : radios, analyses, examen approfondi et explication détaillée de l’intervention par le médecin. Médecin par ailleurs souriant, visiblement heureux de faire son métier, et d’une courtoisie remarquable avec les patients comme avec le personnel.  Personnel qui, par parenthèse, semble l’adorer et fournit donc le meilleur de lui-même. Comme quoi, on obtient davantage en valorisant les gens qu’en les pressant comme  des  « Orange ».  

Je demande le tarif : « celui de la sécurité sociale ».  « Et vous vous en tirez ? »  « Je ne vous cache pas qu’on aimerait que les tarifs de base de la sécu soient un peu réévalués, ça éviterait de travailler en flux tendus. Mais cela ne justifie aucunement les dépassements pratiqués par certains confrères.  A l’IMM, la plupart des médecins sont salariés à temps plein et n’ont pas de service privé. On travaille beaucoup, mais on gagne correctement sa vie. »

J’ai attendu l’opération avant d’écrire ce billet, pour confronter le discours à la réalité. Pas déçue.  Accueil, préparation, coordination des intervenants, prévention des infections,  soins post-op’, chambre, repas…  rien à redire. Plus le plaisir d’avoir eu le temps de parler avec les soignant(e)s la nuit ou dans les moments calmes. De découvrir des personnes passionnées par leur métier, inquiètes de voir les conditions se dégrader- comme partout, on resserre les dépenses- et attachées viscéralement à la notion de service public. Leur crainte : la réputation de l’IMM est telle qu’on vient d’Italie, d’Angleterre ou du Koweit pour s’y faire soigner.  Si bien que l’hôpital est convoité par des sociétés à but lucratif. Imaginons que la Générale de santé, créée par la Compagnie générale des eaux, puis propriété d’un fonds d’investissement, et bien sûr cotée en Bourse mette la main sur un tel joyau…  sûr que l’ambiance changerait.

A propos de dépenses de santé : si l’Etat reversait à l’Assurance maladie ce qu’il lui doit en taxes diverses normalement affectées à la santé et en cotisations sociales (quand le gouvernement décide d’exonérer des entreprises de charges sociales, il s’engage à compenser cette perte pour les organimes sociaux) le déficit serait quasi inexistant.  Si, comme cela se fait dans d’autres pays, on délivrait aux malades uniquement le nombre de comprimés nécessaires pour leur traitement, on économiserait du gaspillage, des frais de recyclage, des risques d’empoisonnements et des remboursements inutiles. Exemple : un comprimé matin, midi et soir pendant une semaine, cela fait 21 comprimés. Si la boîte en contient 20- cas fréquent- le pharmacien vous délivre deux boîtes ! Pour un comprimé, j’ai pris l’habitude de refuser la seconde boîte et n’en suis pas morte. Hallucinant de voir un produit prescrit pour trois jours n’exister qu’en boîte de 28 comprimés !  C’est évidemment l’intérêt des labos et des pharmaciens, mais qu’on arrête de culpabiliser les malades et de leur faire porter la charge du « trou » de la sécu quand ce sont d’autres qui le creusent.

 

 

 

Par Françoise Simpère - Publié dans : CHANGER
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