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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 12:01

Stagiaire assistant de production : bac + 4 ou 5, ou en dernière année d’une école de cinéma, vous maîtrisez les logiciels Word, Excel, et les outils Internet. Bonnes connaissances de Final Cut et Avid Express Pro. Excellent relationnel et sens du travail d’équipe. Anglais écrit et parlé. Langue maternelle français. Contrat de 3 à 6 mois.Vous serez en charge de la diffusion des films déjà produits, des dossiers de financements, des demandes d’aides,de l’assistanat sur le tournage,  etc…

 

homme4.jpgBaptiste soupira. Son CV collait pile-poil à cette annonce.  Comme à celles des deux précédents stages qu’il avait effectués depuis son Master. Ca collait aussi pile-poil à sa passion pour ce métier. Tout collait pile-poil, sauf la rémunération : indemnité de 380 € mensuels, plus 50% de prise en charge transport. A 26 ans, comment vivre avec cette somme autrement qu’en squattant chez les parents, et encore ! Sans leur aide financière, il ne pourrait pas couvrir ne serait-ce que les dépenses élémentaires : bouffe, quelques fringues de fripe,  abonnement au mobile …  Il était tard. Baptiste se coucha en se disant qu’il allait postuler dès le lendemain.. Un jour peut-être à force de persévérance, l’un de ces stages aboutirait à une embauche.

 

miroir.jpg… Il marchait sur une route ensoleillée, quelque part en été, et reconnut la campagne de son enfance. Un gamin joyeux venait à sa rencontre en sautillant à cloche-pied. Arrivé à sa hauteur, il s’arrêta et apostropha Baptiste : « Tu ne vas quand même pas rester esclave toute ta vie ?  Baptiste sursauta. Cette tête blonde, ses yeux noisette plein d’énergie et de malice lui rappelaient quelque chose, ou quelqu’un. Il questionna l’enfant : « T’es qui ? » - Ben je suis toi ! Toi il y a quinze ans, quand tu jurais que jamais tu ne te ferais exploiter comme tes parents, que jamais personne ne te pourrirait la vie vu qu’on en a une seule, jusqu’à preuve du contraire ! Toi qui répondais à la maîtresse « qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit ». Elle était épatée qu’un gosse de 6è connaisse la Rochefoucauld.

 

Baptiste sourit. Il se souvenait de cette anecdote qui l’avait fait classer « rebelle » malgré sa place de 1er de la classe, et il n’était pas peu fier de cumuler les deux casquettes. Il tenta néanmoins de se justifier : « Les temps ont changé, tu sais, petit Moi. Il n’y a plus d’argent… » « Conneries, jura le gamin. Il n’y a jamais eu autant d’argent en circulation dans le monde, tu as vu les résultats de la Bourse ? » « OK, OK, mais il n’y a plus de boulot pour tout le monde ! » « Conneries, réitéra le minot. La preuve qu’il y a du boulot, c’est le nombre d’annonces de stages que tu trouves.  Tu veux que je te dise ce qui a changé depuis ta (ma) naissance ?  L’écart de salaires passé de 1 à 40 à 1 à 400 et même plus ! Alors oui, si tu paies certains 500 fois plus cher que d’autres, il n’y a pas assez d’argent pour payer correctement tout le monde, et on te propose de vrais tafs au tarif stagiaire, en te disant en plus que tu as de la chance car autrefois les stages n’étaient pas payés. Sauf qu’autrefois, ils concernaient des étudiants en début d’études et pas des super compétents comme toi. »

 

prisonnier.jpg« OK, OK, Baptiste junior, mais l’audiovisuel fait rêver tout le monde, ils en profitent.

-Et depuis quand doit-on expier le plaisir de faire un métier qu’on aime ? Depuis quand le travail doit-il être forcément pénible, stressant ou mal payé ?

Le petit garçon, qui n’avait pas cessé de sauter à cloche-pied tout en parlant, ce qui agaçait prodigieusement le grand Baptiste déjà incapable de garder son souffle dans ces conditions, s’arrêta soudain, l’air grave : « Tu sais le pire, Baptiste ? C’est que leur but, n’est pas seulement de mal vous payer. Il est de vous humilier, de vous faire vivre dans la crainte permanente de l’avenir et de la précarité pour vous rendre dociles. Et ils réussissent ! Tu as tellement perdu confiance en toi et en tes capacités que tu viens d’essayer de me justifier LEUR comportement au lieu d’affirmer qu’il est inacceptable de traiter les gens aussi mal. Bientôt tu diras que les suicidés d’Orange sont des gens mal dans leur peau et fragiles, au lieu de te révolter contre la pression au travail qui les a tués.  On vous persuade que vous ne comptez pas et que vous employer est une faveur. Baptiste, souviens-toi de ce que tu as dit un jour à la maîtresse qui s’excusait de t’avoir puni injustement en affirmant qu’elle « t’aimait beaucoup » : « Vous n’êtes pas là pour m’aimer, mais pour m’enseigner et pour être juste ».  Tes patrons ne sont pas là pour t’aimer, ne joue jamais à l’affectif avec eux, ne justifie jamais ta demande de salaire par « je ne veux plus être à la charge de mes parents » ou « j’ai mon loyer à payer ». Dis : « je fais tel travail, je vaux tant ! Point barre. »  - Rigolo, s’énerva le grand Baptiste. Si je fais ça, ils embaucheront quelqu’un d’autre ».

« Tu l’as dit, bouffi, rigola le petit. Non seulement ils te font croire que tu n’es rien, mais en plus ils te font prendre les autres pour des ennemis, à tel point que vous avez tous oublié qu’ensemble, vous pouvez résister !

Et tu proposes quoi, fortiche ?

« Démontrez votre importance par le vide créé par votre absence. Crois-moi, Baptiste, si tous les stagiaires et sous-payés de France s’arrêtent de travailler, ça va gripper sérieusement l’économie française.  Vu ce que vous êtes payés, vous ne perdrez pas grand-chose en cessant le travail deux ou trois jours. Mais eux, à qui chaque journée de votre travail rapporte gros, ils vont découvrir que vous existez, que vous comptez, et qu’ils doivent compter mieux pour vous.

Tu crois ?

De toutes façons, t’as pas le choix. Ou tu agis, ou tu perds définitivement confiance en toi et en ton avenir. Tu as déjà fait deux stages. Si tu continues, tu arriveras à 30 ans et on te dira : « En somme, vous n‘avez jamais VRAIMENT travaillé, n’est-ce pas ?. » Et tu seras un looser, malgré tes études, tes compétences et ta passion pour ce métier. »

 

zo__ordi_bd.jpgLe blondinet regarda son alter ego adulte avec une moue attendrissante :

« Réagis, Baptiste. Réagis.  Tu n’as pas le droit de tuer l’enfant rebelle que tu étais. Fais le pour moi. Pour toi. »

Le lendemain,  Baptiste s’attela à la tâche. Il proposa « à tous les stagiaires et précaires de France » de cesser le travail « comme une bonne blague à la fatalité de la crise, pour faire la preuve de notre importance » le 1er et le 2 avril. Avec grande manif  et pique-nique le 3 avril, place de la Concorde. » Il adressa ce manifeste à tout son carnet d’adresses en leur demandant de le faire circuler, et à tous les sites susceptibles de le répercuter.

Et le 1er avril…..

 

L’idée de ce billet m’est venue en compulsant les annonces sur Internet, de nature à rendre dépressifs tous les 20/30 ans de France.  Faites le circuler, qu’ils se l’approprient, qu’ils le réalisent et retrouvent le goût d’exister plutôt que la soumission. On peut rêver, non ? Et s’il a lieu, sûr que je viendrai pique-niquer le 3 avril place de la Concorde !


lutin1.jpg

 

 

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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

Ménalque 21/01/2010 16:45


Le premier et le deux avril, si j'étais stagiaire, je ferais volontiers sentir que de telles salaires ne mérite pas de travailler. Avec des salaires pareils, deux jours d'absence sur un contrat,
cela se justifie entièrement. Reste que le fait est que je ne suis pas stagiaire et que, vu le nombres de personnes à qui j'ai parlé du potentiel culturel du premier avril pour justifier certaines
manifestations, je ne les comptais plus à une époque, je ne sais pas sur ce point qui de vous de moi sait - sur ce point là - ce que c'est de se battre le premier avril.

Le premier avril, c'est le jour de la fête des fous, soit une fête jadis de tradition carnavalesque où la population faisait littéralement la fête au roi carnaval. Cette tradition était en fait
l'occasion d'une inversion des rapports de force à l'occasion de laquelle la société pouvait littéralement assister à un retour du refoulé, le roi carnaval se retrouvant accusé de tout ce que la
population ne pouvait pas dire tout haut en temps normal. Comme le dirait un de mes profs qui en tient une couche en la matière, celui-ci aurait pu par exemple à notre époque se retrouver accusé de
la crise. Ce genre de tradition carnavalesque côtoie également les origines du théâtre, non seulement la renaissance de la Comedia dell'Arte, mais la différence du tragique et du comique car le roi
carnaval, bouc émissaire symbolique, se retrouvait tout au long du cortège qui l'accompagnait d'un côté accusé de tout ce qui ne pouvait pas se dire tout haut en temps normal et de l'autre côté,
défendu par le discours qui prévalait en temps normal. A la fin des festivités, le roi carnaval se retrouvait brûlé et suivait le fameux mercredi des cendres. Cette tradition de la fête des fous se
présente d'une certaine manière comme une survivance médiévale des rites païens propre aux dionysies.

Visiblement, intuitivement, vous percevez le potentiel culturel de cette fête tombée dans l'oubli, mais vous ne percevez pas qui sont les branleurs dans cet histoire, ce n'est pas moi qui n'en ai
rien à branler. Et si vous me permettez, votre vision du potentiel culturel de la fête du jours des fous est assez limitée. Je crois savoir - malheureusement je n'ai pas sur retrouver les
références, d'où le fait que je nuance par le fait que je crois savoir - que des holibrius de la trempe des yessmen se sont amusé en semblable occasion à distribuer dans la rue une fausse édition
du New York Times qui justement actualisait ce potentiel de retour du refoulé. L'actualité de cette édition pour sa part donnait une version de l'actualité telle que nous devrions la connaître si
les choses se passaient telles qu'elles sont sensées se passer, ce qui, par effet d'illusion n'a pas manqué de réjouir puis amuser le passant qui l'a lue. Mais des comme celle-là, il y a moyen d'en
faire des milles et des cents.

Alors, oui, peut-être que je ne sais que me branler les méninges là-dessus, que je ne suis qu'un branleur finalement, mais ce n'est pas moi qui m'en branle quand j'en parle. Reste que c'est facile
d'accuser d'avoir pour seule activité sexuelle de se branler quand chacun s'assure qu'il soit seul à parler dans le vide pour remuer l'air de ses grands mots semblablement à un moulin à vent.

Parfois, je me suis demandé si un pet de ma part n'aurait pas été plus parlant dès lors qu'un pet a au moins le mérite de faire sentir quelque chose, tout au contraire de mes propos.


Marin 18/01/2010 09:10


MAis j'en veux pas à Blutch et je le remercie de provoquer lui aussi à sa façon, à sa manière. L'essentiel est de secouer les neurones des gens pour qu'ils s'en servent, n'st il pas Françoise ?

Nous retrouvnons  lesain chemin éthymoilogie de la dispute : la confrontation d'idée, peu importe si elles sont éloignées ou proches.

La réflexion, le verbe et l'action. Je sus sûr que Blutch n'est pas contre cela.Sans oublier, la contemplation et les plaisirs évidemment.


Blutch 16/01/2010 15:59


L'art des puissants n'est plus de mâter la rebellion, la violence ou l'indignation.
Au contraire, il faut qu'elles exultent. Pour çà, rien de mieux que de donner un os.
Et cet os peut s'appeler arabe (disons-le franchement) chômeur, collègue de travail (ben oui, en n'étant pas licencié, il "me"vole mon boulot). Il y a peu de temps, il s'appelait JUIF.
Hormis la cible, rien ne change.
L'esprit civique peut être une "tare" génétique spontanée, mais la plupart du temps, il vient avec l'éducation. C'est donc le rôle de l'école de développer cet esprit civique et social dans la
jeunesse (La famille.... elle est structurée pour développer l'esprit de clan). Mais l'instruction civique part en couille (si elle existe encore dans les programmes). Elle est subversive pour ce
gouvernement tout acquis à la cause du GRAND capital. Pour répondre à la violence des jeunes, on augmente le nombre d'heures d'éducation physique.........Tant qu'ils tapent dans un
ballon.......
S'il n'y a plus d'éducation civique, que les profs utilisent la déclaration universelle des droits de l'Homme (et celle des enfants) pour faire du français, de la compréhension de texte, du
théatre, de la poésie que sais-je... Résister, c'est aussi détouner les mesures antisociales pour revenir à la case départ, celle d'avant les magouilles et les compromissions.

Et lorsque je dis que les syndicalistes ne font plus leur boulot, c'est qu'il faut compter sur les économistes pour stigmatiser la dérive du PNB vers le rendement du capital au détriment des
salaires. En un peu plus de dix ans, 10% du PNB de la France a migré, soit 170 milliards d'€/an.
Par habitant de la France et par mois: 240€. Pour une famille, près de MILLE Euros par mois qui lui sont volés. Et l'hémoragie n'est pas
terminée.

Il est dépassé le temps où l'on peut critiquer l'attitude tiède ou fausse du voisin d'atelier ou de HLM. Il faut savoir identifier l'origine des problèmes, la source.
Se focaliser sur des conséquences annexes est contre productif et fait le jeu des salopards.
En bref, on n'est pas fautif d'être en état de faiblesse; mais on l'est pleinement d'abuser de celui des autres.



Françoise Simpère 16/01/2010 12:38


écrit trop vite aussi: lire  une donne génétique" et synthétisent ou ne synthétisent pas les protéines"


Françoise Simpère 16/01/2010 12:37


0 Marin: ouh la oui, vous êtes agacé alors qu'en fait Blutch et vous n'êtes pas autant en désaccord que vous le pensez. Il s'insurgeait contre votre amalgame osé entre les magouilles du patronat et
la violence des jeunes, et avait perçu votre appel à l'action plutôt qu'à la soumission comme un signe de mépris pour les opprimés;
Etre combatif est-il une qualité innée ou acquise? Les deux, mon capitaine! Les généticiens, de plus en plus, expliquent que nous avons un "donne génétique" à la naissance, mais que les gènes ne
synthétisent ou ne synthétisent pas les protéines selon l'environnement auquel ils sont soumis. Un exemple tout à fait médical: il existe une maladie génétique, la phénylcétonurie, qui provoquait
des arriérations mentales quand on la laissait se développer. En Frfance, on l'a éradiquée tout simplement en faisant à la naissance aux bébés une prise de sang qui détecte le gène défectueux. S'il
est là, il suffit de faire un régiùme alimentaire spécial au nourrisson pendant quelque temps pour éviter que ne se développe la maladie. Voilà un merveilleux exemple qui montre qu'un gène n'est
rien sans son environnement. Pareil pour la propensikon à la soumission: selon votre éducation, votre information, vos expériences bonnes ou mauvaises, vous deviendrez combatif ou soumis, courageux
ou peureux. Les peuples soumis etpeureux sont éviodemment plus faciles à gouverner, d'où le propension des dirigeants à créer des climats de peur favorables à la soumission. Un autre exemple: un
député communiste des années 70, aujourd'hui à la retraite, s'occupe en normandie de jeunes collégiens en difficulté sociale. Il est atterré de voir comme ces jeunes ont peur de tout: des arabes
(inexistants dans ce village), de l'avenir (qu'ils n'essaient même plus de préparer) des maladies (aie aie aie, la grippe A!) du SIDA (mais ils font l'amour décapotés par peur de demander des sous
à leurs parents pour les capotes!) etc. Ce militant, quji a véacu tant de luttes sociales est assez découragé, mais dit-il "comment éaviter cela alors que ces jeun es ne lisent pas et ont le
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