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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:37

lars2.jpgPour le magazine AVANTAGES, j'avais fait un jour une enquête sur le thème « Papa, maman, je suis homosexuel(le) », sachant que les parents s'attendent à tout de la part de leur rejeton : qu'il soit cancre, pique une mobylette ou fume de la beu, mais qu'il soit homo, jamais ! D'où l'angoisse des gamins à en parler.

J'avais rencontré quelques parents en colère, persuadés que leur fils était pédé à cause de mauvaises fréquentations, que leur fille n'était pas lesbienne mais avait simplement »peur des garçons », que c'était une lubie d'ado qui leur passerait... Cependant divine surprise : la majorité des parents, passée le choc du début, avaient des réactions positives :

amérique du sud« Quand j'ai surpris mon fils devant un site de rencontres gay, m'avait dit un père, je me suis senti humilié, comme si toute la fierté que j'avais mise dans ce garçon s'écroulait. Il m'a dit qu'il voulait m'en parler depuis longtemps mais ne savait pas comment faire, et j'ai eu le sentiment qu'il s'était arrangé pour que je le surprenne devant son écran ce soir là. Au fur et à mesure qu'il m'expliquait qu'il aimait les garçons tout en ayant d'ailleurs de très bonnes copines filles, je me disais : « Tu es militant chrétien, tu plaides pour la tolérance, contre le racisme, contre le sexisme, contre la misère, et tu ne serais pas capable d'accepter ton fils tel qu'il est, tel que tu l'as fait ? Finalement, j'ai eu honte de ma réaction de rejet initiale et depuis, nous recevons mon fils et son ami à la maison sans problèmes. »

lars5Une mère de 4 enfants avait un fils et une fille hétéros mariés et parents, un fils et une fille homos. En riant, elle me disait : « Je suis la preuve que ça n'a rien à voir avec un gène, l'éducation ou les mauvaises fréquentations. Mon mari et moi, couple hétéro classique, avons engendré l'échantillon complet! Et je dois dire que lorsque je vois combien ma fille est amoureuse de son amie, je la trouve plus épanouie que l'autre, qui n'a pas l'air très heureuse en ménage. »

bolivieA cette époque, je travaillais avec un chargé de com ' homosexuel qui m'avait dit « tu aimes les hommes, moi aussi, au moins on aura un sujet de conversation ». Et comme nous n'aimions pas le même type d'hommes, il n'y avait aucune rivalité entre nous ! Il m'avait raconté ses efforts pour « rentrer dans le rang ». Il était même sorti avec des filles, avait fait l’amour avec elle et m'avait dit : « Je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des garçons, c'est là qu'est mon désir. » Il avait attendu le décès de son pềre pour faire son « coming-out » à sa mère qui lui avait dit qu'elle l'avait deviné depuis longtemps. Avec naturel, cette dame présentait à la famille comme aux amis : « Mon fils et mon gendre. » et les adorait tous les deux. C'est cet ami aussi qui m'a appris combien souvent des hommes mariés et pères de famille cherchent l'aventure avec un homme. Avec un autre, écrivain gay, j'ai aussi longuement arpenté le quartier du Marais. Il m'a emmenée au Cox, j'étais la seule fille parmi les garçons qui s'aiment et se désirent tant que je sortais de là électrisée par tant d'énergie circulante. Ils m'accueillaient très simplement et me parlaient de leur vie intime avec un naturel et une gentillesse rares ailleurs.

Ces deux amis et quelques autres m'ont inspiré ce chapitre de « Ce qui trouble Lola » :



lars4.jpgCHEZ LES GARCONS

 

  • Il a dix ans ou un peu plus, des cheveux châtains coupés courts, des yeux immenses, quelques taches de rousseur sur les joues. Il pose un sachet de bonbons et un magazine sur le comptoir, ça fait presque cinq euros, il tend le billet à Cedric qui lui sourit, le gamin a l’air surpris, il se dépêche de ramasser sa monnaie et quitte le bar- tabac, c’est un enfant au regard doux, à l’air sage.
  • Cedric remonte le temps… Il a douze ans, il habite en province, un bled perdu où il sait très vite, dès huit ou neuf ans, qu’il préfère les garçons. Il les regarde avec admiration, il meurt d’envie d’aller vers eux mais les types le rabrouent, très vite on le traite de pédé, puis d’enculé, plusieurs fois ils le coincent à la sortie. Il se réfugie du côté des filles qui l’aiment bien, un garçon doux ça plaît toujours aux filles, il les aime bien aussi, mais il n’éprouve pas en les regardant la même émotion qu’avec les mecs. A douze ans, rien de changé, et toujours personne pour en parler.
  • Tous les pédés savent qu’ils le sont avant la puberté, ça peut venir très jeune, mais à qui le dire ? A l’école, on t’explique comment faire les bébés, on parle des règles des filles et du SIDA, mais la préférence sexuelle, c’est tabou. Côté famille, tes parents s’attendent à tout : que tu te drogues, voles une mob, engrosses une fille, ne fiches rien en classe, mais que tu sois pédé, c’est vraiment pas leur plan. »
  • Cedric raconte à Lola les années difficiles à essayer de changer, de devenir plus mec, plus mâle, plus viril, mais ce sont des conneries, des fantasmes d’hétéros qui s’imaginent qu’un pédé est une folle et une lesbienne un camionneur. Un homo n’a rien d’efféminé, c’est juste un homme qui aime les hommes. Beau gosse comme il est, il n’a eu aucun mal à sortir avec des filles, qui l’ont confirmé dans sa préférence. Lola lui demande comment il est certain d’être pédé s’il a couché avec des filles, Cedric n’hésite pas une seconde :
  • C’est simple, je peux baiser avec des filles, mais je ne tombe amoureux que des mecs, c’est là qu’est mon désir.
  • Il est parti de chez lui juste après le bac, pas question de rester dans une maison où le père, volontairement ou non, traitait d’enculé tous les gens qu’il méprisait. Ici, il s’est trouvé une famille, il bosse avec Nicolas, il connaît tous ses potes, il va peut-être travailler avec Stéphane qui ouvre un restaurant-librairie et cherche un associé. Cedric devance la question de Lola, non, il n’est pas avec Nicolas, ils ont évidemment baisé ensemble pour faire connaissance, mais Nicolas est amateur de plans trash qui ne lui conviennent pas. Nicolas a entendu la dernière phrase, il éclate de rire, vient embrasser Lola et lui dit de ne pas écouter Cedric : « Il y viendra, c’est juste une question d’âge, d’ailleurs il a raison, faut essayer les choses peu à peu, ceux qui commencent trop fort et trop jeunes pètent les plombs. » 
  • Au comptoir, Nicolas prépare des assiettes norvégiennes avec une dextérité incroyable et remplit les demis sans cesser de regarder tout autour, ses yeux font le tour de la salle, il repère les habitués et les nouveaux, souvent des hétéros mariés venus tenter un coup d’un soir. L’ambiance ici les fait rêver, cette liberté de corps, de langage, ça leur fait envie et peur à la fois. C’est le grand jeu de Cedric, les brancher, les séduire et entendre jouir lorsqu’il s’enfonce en eux ces hommes, dont certains peut-être, il y a quinze ans, le traitaient d’enculé.


Pourquoi je raconte tout ça? Parce que l'homophobie actuelle et la violence des anti-mariage pour tous me semblent aussi dangereuses que les violences racistes ou sexistes, avec les mêmes racines : rejet de l'autre parce qu'il est différent, parce qu'il n'obéit pas aux mêmes normes (ce que les « anti » appellent pompeusement leurs « valeurs ») et par peur : les racistes les plus ardents, comme les machos excessifs ou les homophobes acharnés se recrutent souvent chez des personnes mal à l'aise dans leur vie et leur sexualité.

Deux hommes (ou deux femmes) qui s'embrassent dans la rue, cela me trouble et m'émeut, car je sais- dans d'autres domaines- combien il peut être fatigant d'affronter le regard de ceux qui ne vivent pas comme vous.

asieRevenons aux parents d'homosexuels que j'avais interviewés. Ce père qui m'a finalement dit : « Je voudrais pouvoir dire : mon fils est homosexuel, et alors ? Je le pense, mais je suis inquiet non pas de ce qu'il est, mais parce que je sais qu'il va devoir affronter l'intolérance et l'incompréhension, et qu'aucun parent n'a envie que son enfant souffre. » Et la mère des quatre enfants me disant : « Ce qui me désole, c'est que mon fils et ma fille homosexuels n'auront pas d'enfant. C'est égoïste de ma part, mais j'aimerais tellement pouvoir cajoler leurs enfants que j'aimerais comme mes autres petits-enfants. »

Alors les anti, qui hurlez aux vraies valeurs et à la défense de la famille, pensez à ces parents d'homosexuels qui ont envie que leurs enfants soient pleinement heureux dans une société où ils pourront se marier et avoir des enfants, leurs petits-enfants. Comme dans toutes les familles qui s'aiment.

 

lars1.jpg

Toutes les photos illustrant ce billet sont empruntées à Lars Stephan, homosexuel, photographe talentueux, grand voyageur et sans doute bien d'autres choses encore: www.larsstephan.com

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commentaires

françoise 23/04/2013 13:44


à Sophie: mille fois d'accord avec vous, l'homophobie ne fait pas seulement du mal à l'homosexuel, mais à tous ceux et celles qui l'aiment et se sentent agressés par cette intolérance. Si je peux
me permettre: votre commentaire montre une telle ricesse d'âme que je serai prête à jurer que vous êtes parfaitement capable d'aimer et d'être aimée! Ne vous dévalorisez pas parce que vous avez
croisé des imbéciles sur votre chemin...


à Blutch: et Julien Coupat, incarcéré 6 mois pour rien, avec un dossier vide, c'était pas plus dangereux que la découverte des gaz lacrymo pour quelques bourgets et bourgettes pour qui, comme il
l'ont dit, "la culture de la manif ne faisait pas partie de leur éducation?

Blutch 15/04/2013 19:18


Sans vouloir parler des morts, je crois que même en s'appliquant beaucoup, la gauche n'arrivera pas au score sans appel possible de 11'730 arrestations par le trio infernal de Gaulle-Debré-Papon
le 17 octobre 1961.
Les héritiers politiques de ces salauds feraient peut-être bien de la mettre en veilleuse.....

J'avais visité les sous-sols du commissariat du Grand-Palais à ma première visite de Paris, en 66. Les keufs n'avaient pas aimé l'inscription "Non à la bombe" sur l'Arc de Triomphe.... Une
centaine de manifestants, autant d'arrestations....
t'as pas l'impression que les cognes deviennent un peu faignants? :-D

Sophie 15/04/2013 17:08


Si le poids de la morale et des préjugés (parentaux notamment) n'avaient pas été aussi grands, celui qui fut le père de mes enfants et mon compagnon pendant 10ans aurait surement vécu son
homosexualité librement. Au lieu de quoi, il m'a laissé le sentiment de lui avoir servi d'alibi, de lui avoir offert une vitrine de "normalité" avec femme, maison, enfants.  10 ans après
notre séparation, les non-dits et le secret de cette homosexualité  pèsent toujours sur notre famille décomposée : mes enfants devenus grands n'osent pas briser le silence de leur père et
porte ça comme un honteux secret alors que ce sont des esprits ouverts  et généreux. Quant à moi, j'ai si peu d'estime pour mes aptitudes à rendre un homme amoureux, que je me perds dans des
relations sans lendemain possible.


L'homophobie et le déni des droits des homosexuels peuvent avoir des effets dévastateurs insoupçonnés, qui agissent comme une bombe à retardement.


 

françoise 15/04/2013 16:21


à Claire: ça commence à venir, effectivement, mais il y a dix ans, on n'en parlait pas et en tout cas pas sous le thème "comment en parler à sa famille?"


à Blutch: on a l'impression que ces gens là sont en train de jouer à se faire peur, genre "on va faire la révolution nous aussi". Ils s'étonnent que 67 manifestants aient été arrêtés pour cause
de "rassemblement interdit", mais oublient que cette infraction a été créée par la droite et concerne des rassemblements de plus de 5 personnes. C'est ainsi que je m'étais fait contrôler par la
police aux alentours du ministère de la défense: nous étions 6 venus pour réclamer l'arrêt du nuckléaire militaire (et, pour moi, civil aussi)  C'est l'arroseur arrosé! Ils se plaignent de
lois autoritaires qu'ils ont eux-mêmes édictées :)


à Andiamo: je te comprends d'autant mieux que je n'ai jamais roulé de pelle à un homme  devant mes parents ou mes enfants. Ca n'a rien à voir avec l'homosexualité, juste avec  une
certaine pudeur. Tu as parfaitement le droit d'être gêné par deux hommes (ou deux femmes) qui s'embrassent parce que ça ne fait pas partie de ta culture, du moment que tu ne cherches pas à
les  éliminer, ni à les empêcher de s'aimer.

Andiamo 15/04/2013 11:19


Bien sûr comme tous les parents je me suis posé la question : que ferais-je si mon fils ou ma fille étaient homos ?


J'aurais reçu les conjoints bien sûr, ce qui compte avant tout c'est le bonheur de ses enfants.. Ce que je leur aurait demandé c'est de ne pas s'embrasser devant moi, ça me gêne, que veux tu
? Je suis franc, je le dis !

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