Partager l'article ! L'ETE SERA TORRIDE OU BIEN NE SERA PAS: Tout comme « les marchés » deviennent des sortes d’entités surpuissantes à propos de ...
Tout comme « les marchés » deviennent des sortes d’entités surpuissantes à propos desquelles nous n’aurions aucune responsabilité, aucune capacité à réagir, le climat est devenu un ennemi, un type louche et déréglé qu’il faudrait éliminer si c’était possible, pour vivre en permanence à 20°.
Ainsi, on vous annonce en hiver que « le froid a tué un SDF » en oubliant que le malheureux est plus mort d’être SDF qu’à cause
du froid. D’autres font du ski en hiver et s’en portent très bien… En été, communiqué alarmistes contre la canicule : « il fait chaud, ne sortez ni les bébés, ni les vieillards »,
on lutte sur le front des incendies et contre la pollution, on se mobilise contre la canicule. Le soleil auquel on aspire après un mois de juin pourri devient un ennemi dès qu’il fait chaud, on
allume les clims (ce qui aggrave la situation, car nul n’ignore qu’une clim’ rejette à l’extérieur les calories piquées à l’intérieur) et l’on parle du « dérèglement climatique » quasi
en traitant la Terre de planète en chaleur, avec la connotation péjorative de ce genre d’expression.
Arrêtons de déclarer la guerre, de raisonner en termes de conquête, de maîtrise ou de guerre ! C’est avec cette logique
agressive qu’on a créé l’agriculture intensive qui appauvrit et empoisonne les sols, qu’on a désertifié les mers, emprisonné les animaux en batterie et créé des villes sans
âme. Parions plutôt sur un développement amoureux avec et non contre la planète. Pas de développement
amoureux durable sans observation réciproque et respectueuse, sans prise en compte de la sensibilité de chacun, sans respect du territoire et de la liberté des êtres. Dès qu’il y a rapport de
forces, possession sans désir, c’est l’échec. On ne devient pas écologiste en forçant l’ADN d’un épi de maïs pour lui insérer un gène de bactérie, mais en observant les champs de maïs pour
comprendre comment ils se défendent naturellement contre les prédateurs, ce qui les rend plus forts et ce qui les fragilise. Exemple autre que le maïs : on évite bien des maladies de la
vigne en espaçant davantage les ceps pour que l’air circule mieux entre eux, ça réduit l’humidité qui attire les champignons et les parasites. On y perd un peu en rendement, mais la terre reste
saine et on économise sur les achats d’intrants chimiques.
En été, bien sûr qu’il faut être attentif aux feux de forêt et à la pollution, mais en fait, c’est toute l’année qu’il
faudrait penser que le bois est combustible et l’air pur pas inépuisable. Au lieu de lutter contre la chaleur, imitons ce que font les gens qui vivent toute l’année dans des pays caniculaires. Se
lever tôt pour profiter des heures fraîches et compenser la nuit plus courte par une sieste, y compris au travail. Les entreprises doivent savoir qu’une demi-heure de sieste leur rendra des
salariés bien plus fringants et productifs qu’une clim’ et un excès de café. Boire beaucoup. De l’eau du robinet, potable dans la majorité des départements. Qu’un vieux meure déshydraté
chez lui faute d’avoir pu monter son « pack » d’eau minérale (c’est arrivé en 2003) montre à quel point de dépendance et de stupidité est arrivé l’homo occidentalis. Apprécier la
chaleur qui donne envie de fruits et de légumes, et d’un verre de vin frais partagé avec des amis dans la douceur de crépuscule tardifs.
photo de Lars Stephan
Inutile de gaspiller des hectolitres avec deux douches par jour : un gant humide passé sur le corps à intervalles réguliers suffit à rafraîchir et cela peut se faire partout : au bureau, chez soi, presque dans la rue. Rue où par temps torride tout ou presque est permis : les filles sont belles, les hommes dorés, les nombrils en goguette, les jambes fines et attirantes. Profitons de siestes torrides où l’on découvre, dans les délices de l’amour l’après-midi, la sensation oubliée des odeurs corporelles ( je parle de gens qui se lavent régulièrement, évidemment), sueur aphrodisiaque qui dessine sur le dos de l’homme des rivières que la bouche a envie de suivre de la source à l’embouchure, qui donne à la peau féminine un glissé inédit propice aux longues caresses… L’été sera torride ou bien ne sera pas, bel alexandrin dont on ferait volontiers sa devise.
Lorsqu’on aime la blondeur des épis parce que, comme au renard du Petit Prince, elle évoque une chevelure longuement caressée, lorsqu’on aime l’odeur de la mer comme le souvenir de celle d’une femme désirée, lorsqu’on respire à pleins poumons un air si pur qu’il grise d’une émotion quasi charnelle, bref, quand on érotise la nature, on ne supporte plus de l’arroser de pesticides, de prendre la mer pour une poubelle et l’atmosphère pour un cendrier qui pue. On a envie de l’apprivoiser et de se blottir contre elle, avec la certitude que le bonheur est ailleurs que dans un taux de croissance.

Ce n'est pas le Groenland et ses icebergs, mais Sarakaniko à Milos (Grèce)
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Françoise Simpère (nouvelles de)
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