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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:26

Tout comme « les marchés » deviennent des sortes d’entités surpuissantes à propos desquelles nous n’aurions aucune responsabilité, aucune capacité à réagir, le climat est devenu un ennemi, un type louche et déréglé qu’il faudrait éliminer si c’était possible, pour vivre en permanence à 20°.

hamac.jpgAinsi, on vous annonce en hiver que « le froid a tué un SDF » en oubliant que le malheureux est plus mort d’être SDF qu’à cause du froid. D’autres font du ski en hiver et s’en portent très bien… En été, communiqué alarmistes contre la canicule : « il fait chaud, ne sortez ni les bébés, ni les vieillards », on lutte sur le front des incendies et contre la pollution, on se mobilise contre la canicule. Le soleil auquel on aspire après un mois de juin pourri devient un ennemi dès qu’il fait chaud, on allume les clims (ce qui aggrave la situation, car nul n’ignore qu’une clim’ rejette à l’extérieur les calories piquées à l’intérieur) et l’on parle du « dérèglement climatique » quasi en traitant la Terre de planète en chaleur, avec la connotation péjorative de ce genre d’expression.

serifos2008-9.jpgArrêtons de déclarer la guerre, de raisonner en termes de conquête, de maîtrise ou de guerre ! C’est avec cette logique agressive qu’on a créé l’agriculture intensive qui appauvrit et empoisonne les sols, qu’on a désertifié les mers, emprisonné les animaux en batterie et créé des villes sans âme. Parions plutôt sur un développement amoureux avec et non contre la planète. Pas de développement amoureux durable sans observation réciproque et respectueuse, sans prise en compte de la sensibilité de chacun, sans respect du territoire et de la liberté des êtres. Dès qu’il y a rapport de forces, possession sans désir, c’est l’échec. On ne devient pas écologiste en forçant l’ADN d’un épi de maïs pour lui insérer un gène de bactérie, mais en observant les champs de maïs pour comprendre comment ils se défendent naturellement contre les prédateurs, ce qui les rend plus forts et ce qui les fragilise. Exemple autre que le maïs : on évite bien des maladies de la vigne en espaçant davantage les ceps pour que l’air circule mieux entre eux, ça réduit l’humidité qui attire les champignons et les parasites. On y perd un peu en rendement, mais la terre reste saine et on économise sur les achats d’intrants chimiques.

penjari-elephants.jpgEn été, bien sûr qu’il faut être attentif aux feux de forêt et à la pollution, mais en fait, c’est toute l’année qu’il faudrait penser que le bois est combustible et l’air pur pas inépuisable. Au lieu de lutter contre la chaleur, imitons ce que font les gens qui vivent toute l’année dans des pays caniculaires. Se lever tôt pour profiter des heures fraîches et compenser la nuit plus courte par une sieste, y compris au travail. Les entreprises doivent savoir qu’une demi-heure de sieste leur rendra des salariés bien plus fringants et productifs qu’une clim’  et un excès de café. Boire beaucoup. De l’eau du robinet, potable dans la majorité des départements. Qu’un vieux meure déshydraté chez lui faute d’avoir pu monter son « pack » d’eau minérale (c’est arrivé en 2003) montre à quel point de dépendance et de stupidité est arrivé l’homo occidentalis. Apprécier la chaleur qui donne envie de fruits et de légumes, et d’un verre de vin frais partagé avec des amis dans la douceur de crépuscule tardifs.

lars5

photo de Lars Stephan

Inutile de gaspiller des hectolitres avec deux douches par jour : un gant humide passé sur le corps à intervalles réguliers suffit à rafraîchir et cela peut se faire partout : au bureau, chez soi, presque dans la rue. Rue où par temps torride tout ou presque est permis : les filles sont belles, les hommes dorés, les nombrils en goguette, les jambes fines et attirantes. Profitons de siestes torrides où l’on découvre, dans les délices de l’amour l’après-midi, la sensation oubliée des odeurs corporelles ( je parle de gens qui se lavent régulièrement, évidemment), sueur aphrodisiaque qui dessine sur le dos de l’homme des rivières que la bouche a envie de suivre de la source à l’embouchure, qui donne à la peau féminine un glissé inédit propice aux longues caresses… L’été sera torride ou bien ne sera pas, bel alexandrin dont on ferait volontiers sa devise.

Lorsqu’on aime la blondeur des épis parce que, comme au renard du Petit Prince, elle évoque une  chevelure longuement caressée, lorsqu’on aime l’odeur de la mer comme le souvenir de celle d’une femme désirée, lorsqu’on respire à pleins poumons un air si pur qu’il grise d’une émotion quasi charnelle, bref, quand on érotise la nature, on ne supporte plus de l’arroser de pesticides, de prendre la mer pour une poubelle et l’atmosphère pour un cendrier qui pue. On a envie de l’apprivoiser et de se blottir contre elle, avec la certitude que le bonheur est ailleurs que dans un taux de croissance.

 

sarakiniko.jpg

Ce n'est pas le Groenland et ses icebergs, mais Sarakaniko à Milos (Grèce)

 



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commentaires

Clovis Simard 07/08/2012 17:19


(fermaton.over-blog.com),No-25. THÉORÈME CUSANUS. - Une connaissance moderne du monde.

Andiamo 03/07/2012 09:24


Tout devient sensuel sous ta plume... pour mon plus grand bonheur.


Je n'achète pas de flotte en bouteille, l'eau de ville est excellente, 73 balais et des reins en pleine bourre (je croise les doigts toiut de même)

usclade 02/07/2012 23:19


Ce n'est pas le climat qui se dérègle, mais votre blog Françoise, au point de faire bégayer les intervenants :-) (un coup de chaud entre les processeurs trop serrés comme des ceps de vignes sans
doute !)


Mais oui, on vit encore dans notre caprice d'adapter notre environnement à nos besoins plutôt que d'adapter nos besoins à notre environnement, et un jour le réveil sera difficile quand on
comprendra que la planète ne nous cédera pas et qu'elle est plus forte que nous...


Sinon parallèlement, nous devons avoir une sorte de "syndrome du mouton" : il semble qu'on ne cesse de cultiver l'aspect anxiogène de tout ce qui entoure le troupeau, comme pour mieux apprécier
de faire partie de ce troupeau, et se rassurer de savoir que tous nos congénères sont aussi en permanence mobilisés contre tous les périls avoisinants... 

Tant-Bourrin 02/07/2012 20:28


Ah, c'est sûr que si les cultivateurs érotisaient tous leur terre avant de labourer et d'y laisser leur semence, l'avenir serait plus fécond ! :~)

Reynald 02/07/2012 18:28


Tu nous proposes encore une fois un magnifique hymne à la vie impossible à snober :-) l'été se devra donc d'être torride.
Belle canicule pour toi aussi.
Reynald

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