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Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 13:22

les-fades.jpgJadis,  il y a longtemps, je reçus une invitation au Congrès de Banalyse que je déclinai en spécifiant toutefois que mon ectoplasme flotterait avec grâce entre les rails SNCF proches du Viaduc des Fades, haut-lieu de ce congrès, afin d’exprimer ma totale fraternitude avec les Banalystes.

Et voici qu’en ce 4 avril 2012, jour de la St Isidore ce qui ne saurait être un hasard, j’apprends que sort un film « Echangeriez-vous votre voiture contre deux trabant »  qui commence en 1982, date de création du Congrès de banalyse.  Il va falloir se battre pour le voir, une seule séance étant prévue au cinéma St André des Arts ce midi, à l’heure précise où j’écris ce billet, zutalors.

Si je suis élue présidente, une de mes premières mesures sera de projeter ce film dans toutes les écoles de France pour réapprendre aux enfants les vertus de l’attente, antichambre du désir, lui-même antichambre de la pulsion de vie qui manque à tant d’aigris contemporains. En attendant ce jour glorieux, je passe la parole à mon ami d’enfance et très cher érudit Pierre Bourgoin, éminent graveur de fresques de crocodiles sur les tables du lycée,  dont  voici quelques lignes de son magnifique article sur le Congrès de Banalyse.

L’homme immobile devant le temps qui passe

Rappelons les faits : un jour d'ennui, Pierre Bazantay et Yves Hélias, penseurs rennais, décident de lancer une « campagne d'observation du banal ». Ils choisissent de la tenir en juin 1982 à (sic) Fades (Puy-de-Dôme) devant la petite gare située à proximité du viaduc ferroviaire.

Les débuts de la Banalyse furent à la fois solitaires et féconds. Malgré le caractère alléchant de l'invitation qui précisait : « Les parties seront conviées, non sans le risque de l'ennui, à contempler le spectacle étrange de la platitude », aucun de ses destinataires ne déféra à l'aimable proposition. Pressentant le fait, les organisateurs avaient d'ailleurs décrété avec une pertinence rare et sage qu'étaient banalystes tous ceux qui, ayant eu connaissance de la réunion, avaient été tentés de s'y rendre. Cette absence d'arrivants leur permit de se consacrer à leurs activités  principales, être là et attendre les trains, c'est à dire et pour résumer, perdre leur temps. Ils notent avec lucidité qu'ils durent s'employer à le perdre attentivement, ne serait-ce que pour s'assurer qu'il fût bien perdu. Il y a de ces honnêtetés intellectuelles qui vous confondent d'admiration….

banalyse5.jpg… Il était prévu que les participants au Congrès de Banalyse arrivassent en train et sollicitassent du contrôleur l'arrêt aux Fades dont on a vu que la marque était d'être en pratique outrageusement facultatif. A leur intention les organisateurs avaient rédigé un indicateur horaire fort utile où l'on découvre avec intérêt qu'un Moscovite coiffé de sa chapka et muni d’un samovar de voyage devait accomplir un trajet de 59 heures et 29 minutes pour arriver aux Fades et y retrouver une charmante postière en jupe plissée de Busseau-sur-Creuse, laquelle n'avait mis que 2 heures et 32 minutes pour parvenir à destination. En théorie cela ne de­vait entamer en rien leurs chances de se retrouver car nul n'ignore le légendaire attrait qu'éprouve le Moscovite hétérosexuel pour l'aguichante Creusoise.

En 1984 se situe un épisode personnel d'importance mineure mais que je dois à la vérité de relater. Prévenu verbalement par un informateur hésitant qu'un congrès de nature indéfinissable se tenait aux Fades, je décidai de m'y rendre afin de confronter la sécheresse lacunaire de l'annonce aux impedimenta des faits… Quelques vaines déambulations le long de la voie me permirent de pren­dre conscience avec acuité d'une des questions fondamentales posées par la Ba­nalyse : que se passe-t-il lorsqu'il ne se passe rien ?

L'année 1985 fut une année fertile au regard de la Banalyse. Commen­çons-la par sa fin. En cette période une nouvelle éclata comme une bombe : « Prrai Brânické serkànf », k nemuz doslo v Praze 31. fïjna 1985 mezi 18h37'a 18h46', na konecné stanici tramvajov" ch linekc. 3, 17 a 21. »

Que ceux qu'un goût immodéré pour la pratique du hockey sur gazon a éloigné de l'étude des langues vernaculaires d'Europe centrale, sachent qu'il s’agissait là de l'annonce d'une rencontre banalytique ayant eu lieu dans un arrêt de tramway d'une banlieue de Prague le 31 octobre 1985. Cette rencontre avait pris pour modèles les congrès de Banalyse d'Auvergne. La Banalyse s'internationalisait. D'aucuns se prenaient à rêver d'une universalité en gesta­tion. D'ici peu, la Papouasie-Nouvcllc-Guinée allait devenir terre de mission.

Mais revenons quelques mois en arrière. Lors de la tenue du IV Con­grès en juin 1985, les organisateurs eurent la surprise d'apprendre que le journal local avait consacré un article conséquent à l’événement. Surprise due sans doute à une amnésie partielle imputable à l’émotion du moment puisqu’ils avaient eux-mêmes, quelques semaines auparavant, informé la presse de l'imminence de leur réunion. La Banalyse commençait sa carrière médiatique dans l’ambiguité. C’est le sort de toute révolution où la première détonation du fusil de chasse emprunté à son grand-oncle par l'émeutier affamé est confondue avec le bruit du bouchon de Champagne qui saute dans la main potelée du bourgeois prévaricateur. Il n'y a rien à faire à cela sinon tendre l'oreille et ouvrir l'œil.

Et le bon. »

banalyse 004Si ces extraits vous ont donné l’envie d’en savoir plus, l’article complet, source à la lecture d’une plénitude absolue mêlée du fou-rire que donne le sentiment d’enfin approcher l’insoutenable légèreté de l’Etre se trouve page 51 et suivantes du livre « L’Auvergne insolite  , petit Guide pataphysique », œuvre collective cornaquée par l’honorable et discret Pascal Sigoda,  et édité par lui-même au Signe de la Licorne.   Guide d’une haute tenue morale et surtout intellectuelle dont j’attends, dont nous attendons tous avec impatience le second tome prévu depuis quelques années, la Phynance seule freinant l’expression sans retenue de la spécificité pataphysique auvergnate.

Comme Vialatte, auteur illustre d’immortelles chroniques dans « la Montagne », je terminerais volontiers ce billet par sa formule « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » si je ne craignais de faire l’objet d’un coup de filet en milieu islamique comme on dit aujourd’hui.


auvergne.jpg

 


 

Publié dans : bonheur
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