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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 14:01

P1010023.jpgElle tape sur son clavier, maîtrise Internet, la novlangue politique et les « tendances » du moment. Mais elle est encore vivace, la gamine à qui sa grand-mère achetait le jeudi des Paille d'Or et le Journal de Mickey, pour qui le grand-père sortait solennellement de son gousset les "cent francs du dimanche", devenus un franc en 1959 ou 1960. Elle reste en elle, l’ado à qui les copains faisaient manger des confettis par centaines pendant le Carnaval,  garde dans ses narines l’odeur du gros savon en forme de citron suspendu à une tige métallique où elle se lavait les mains avant d’aller au réfectoire.  

jeu2.jpgElle se souvient des surboums, sur’pat’, puis Boums où elle dansait dans les bras de jeunes boutonneux et buvait du lait grenadine. Vie antérieure où chantent Brel, Nougaro, Brassens, Barbara, Bachelet, où jouent Romy, Ronet, Noiret… tous morts et si vivants pourtant, dans son cerveau qui pèse en moyenne 1k300. Si les souvenirs accumulés le faisaient grossir, combien ferait-il de tonnes ?  Calculer le poids des souvenirs : mariages, noëls en famille avec des cousins inconnus, repas de communion interminables où le saumon était un luxe inouï (mais savoureux…), pique-nique au bord de l’eau et friture de rivière en un temps où les poissons abondaient. Voyages en pays lointains, soleil tropical, marchés grouillants de couleurs et de parfums épicés, mer calme ou sauvage, empreintes sensuelles qui ne s’oublient jamais. Il suffit d’une odeur d’iode ou d’effluves de vanille pour rouvrir le sac à dos aventureux où s’émiettaient les petits-beurre au fil des randonnées sur des sentiers de contrebandiers.

Elle connaît le micro-ondes, les soupes en briques et la cuisine moléculaire mais aussi les porte-couteaux, les cuillères à pamplemousse, les saucières qui séparent le jus du gras, le presse-purée à manche,  les chinois de différentes tailles, les verres à porto …

Elle maîtrise Internet et les raccourcis clavier. Mais sait ce que sont le papier carbone, les épingles de bureau à tête triangulaire, la cire à cacheter, les coins à lettres en métal, le Corrector qui efface même le « crayon à bille », les rubans de machine à écrire en soie noire ou bicolore, et les touches de cette machine sur lesquelles il faut taper fort pour que les lettres soient nettes. La petite éponge pour humecter les enveloppes et les timbres qui n’étaient pas autocollants, le papier pelure pour les copies de documents, l’appareil à graver des étiquettes sur des rubans de plastique, les coupe-papier et les crayons-gomme avec à une extrémité un pinceau qui permet d’éliminer les miettes de caoutchouc, les albums de photos prises avec un Instamatic, un Agfa sensor, un Pentax… bref un argentique.

P1000096.jpg-Un argentique. Par opposition au numérique que tu as eu à Noël.

Alors tu sais quoi ? raconte-t-elle à une amie : « Quand je lui ai demandé s’il voulait l’argentique de son grand-père, il a haussé les épaules d’un air narquois.

-Nar… quoi ? interroge la fille de l’amie qui traverse justement la pièce.

-Ben, narquois. »

L’adolescente hausse les épaules, sans comprendre. Les deux amies continuent à bavarder. Elles connaissent « ça le fait pas », « je te ferais dire », « z’y va » « trop cool » « chelou »,  mais aussi « narquois », « plénitude », « transcendance », l’imparfait du subjonctif, « mais où est donc or ni car » ?  Sans parler des « bijoux, cailloux, choux, genoux,  hiboux, joujoux, poux »

matriochka3.jpg« Les enfants, malgré des fulgurances, ne sont que des enfants. Eux, les vieux, cumulent tous les âges de leur vie. Tous ceux qu’ils ont été cohabitent, sans compter ceux qu’ils auraient pu être et qui s’obstinent à venir empoisonner le présent avec leurs regrets ou leur amertume. Les vieux n’ont pas seulement 70 ans, ils ont encore leurs 10 ans et aussi leurs 20 ans, et puis 30, et puis 50 et en prime les 80 piges qu’ils voient déjà poindre… L’âge est un secret bien gardé. Dire ce qu’est la vieillesse, c’est chercher à décrire la neige à des gens qui vivent sous les Tropiques » (Benoîte Groult « la touche étoile »)

P1000257.jpg 

 

INFO LIVRE : Quelques mises au point avec Paypal s'avèrent nécessaires. Merci de différer de quelques jours vos commandes par ce mode de paiement. Le paiement par chèque reste évidemment possible. Que ceux et celles qui ont déjà commandé par Paypal ne s’inquiètent pas. La seule conséquence est un retard éventuel dans l’envoi des livres, le temps d’avoir vérifié les liaisons bancaires.

 

 

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Published by - dans Humeur
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Gunter Jardinier de l'Enfer 15/03/2010 00:10


Je ne suis pas un gros ours, je suis un ours aux formes généreuses.


Olivier de Vaux 13/03/2010 17:54


Voilà, un bien beau texte que j'ai déjà envie de relire parce qu'en général, j'ai le tort de lire trop vite : arrivé au bout, je suis imprégné mais parfois, ça ne me suffit pas, comme ici, alors je
reprends ma lecture, je savoure.


Françoise 13/03/2010 13:36


à Blutch: pas une nostalgie, plutôt l'impression d'une immense richesse accumulée, d'un patrimoine vu et en voie de disparition. J'imagine que les explorateurs qui ont croisé des tigres ou des
dodos (eux vraiment disparus!) doivent avoir le même ressenti, plaisir d'avoir vécu cela, mélancolie que ce ne soit plus transmissible. C'est pour cela que je suis allée en Australie: pour voir un
ornithorynque avant qu'il n'y en ait plus.
à TB: j'aurais pu parler de pelures d'oignon, mais les matriochkas font moins pleurer...
à SF: je préfère la couche défiance, plus septique.
à Gunter: et même un gros ours!
à Andiamo: j'étais sûre que ce billet te parlerait...



Andiamo 13/03/2010 10:13


Malin ça ! V'là que pour un peu tu m'aurais fait larmoyer, moi qui ne pleure plus depuis bien longtemps. Heureusement il y a Kleenex, moi qui ai connu les mouchoirs "tissu" plus celui de réserve
pour les hommes bien élevés, ce mouchoir servait à dépanner l'ami(e) enchifrenné.


Gunter Jardinier de l'Enfer 12/03/2010 23:27


"Les enfants ne sont que des enfants, les vieux cumulent tous les âges, mais tout le monde a un petit ours au fond de soi" (proverbe plantigrade)


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