Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 12:59

Lancement de la campagne de vaccination par Roselyne Bachelot, voix émue : « J’ai vu à l’hôpital des enfants aux bronches totalement détruites par le virus H1N1…» 

Où ai-je donc entendu quasiment la même phrase ? Souvenir, souvenir…

C’était il y a quelques années, lors du lancement d’une grande campagne de vaccination ROR (rougeole/ oreillons/ rubéole).  Lors de la conférence de presse, le chef de service d’une clinique, insistait sur l’importance du vaccin : « … qui me permettra de ne plus voir arriver dans mon service des enfants atteints d’encéphalite rougeoleuse mortelle. » L’affiche de la campagne montrait une petite fille blonde adorable avec ce commentaire : « Ne lui demandez pas de savoir qu’on peut mourir de la rougeole. »

Quand j’étais petite, on parlait des maladies « infantiles » : rougeole, oreillons, varicelle, comme de maladies peu graves mais qu’il valait mieux attraper jeune, car elles étaient plus sévères pour les adolescents et les adultes. Les mères organisaient même des rencontres entre enfants malades pour qu’ils se contaminent et soient ensuite immunisés, puisque ce sont des maladies qu’en principe on n’a qu’une fois. (contrairement à la grippe dont le virus mute régulièrement)

Au sortir de la conférence de presse, j'appelai la clinique où officiait le médecin pour savoir combien de cas d’encéphalite rougeoleuse il y avait eu à déplorer dans l’année. On me rigola au nez : « Mais aucun, madame, c’est extrêmement rare ! On n’a pas dû en voir depuis au moins cinq ans. »

 LE MEDECIN AVAIT MENTI DEVANT 50 JOURNALISTES !


Je poursuivis mes investigations auprès de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de divers organismes officiels et découvris que si le vaccin avait réduit le nombre de rougeole de 800 000 à environ 80 000 cas par an, la mortalité par rougeole était stable : 35 à 40 décès par an depuis les années cinquante, soit avant la vaccination. C’est l’amélioration des conditions de vie et d’hygiène qui avait permis de passer de plusieurs milliers de morts à quelques dizaines.

« Les grands labos misent sur les vaccins pour compenser la chute brutale qui attend leur chiffre d'affaires d'ici à 2013. À cette date, la plupart des brevets qui protègent leurs médicaments vedettes auront expiré. Autant dire que les fabricants de génériques envahiront le marché… Or, l'un des atouts des vaccins, c'est justement qu'ils ne sont pas généricables. Fabriquer un vaccin exige un savoir-faire et des usines spécifiques… Autre avantage, les vaccins peuvent, eux aussi, accéder au statut de blockbusters, c'est-à-dire dégager un chiffre d'affaires supérieur au milliard de dollars. Il suffit pour cela qu'un ou plusieurs gouvernements décident de vacciner tout ou partie de leur population ! Mieux, quand les États passent commande, les laboratoires échappent aux stocks et aux invendus. C'est ainsi que Sanofi a réalisé, l'an dernier, un chiffre d'affaires de 736 millions d'euros rien qu'avec la grippe saisonnière. La grippe A est «une opportunité de revenus significative en 2009 et 2010», a précisé jeudi Chris Viehbacher. PDG de Sanofi Aventis. ( Le Figaro, 25/09/2009)

Autre anecdote : en août 2004, sur France 2, un chroniqueur médical alarma les femmes, en affirmant qu’une sur 2 était concernée par les maladies cardiovasculaires, tandis qu’elles n’étaient qu’une sur 26 à être menacées par le cancer du sein infiniment plus médiatisé.  Sachant par des statistiques officielles, que le cancer du sein touchait  à l'époque une femme sur onze en France, je fus surprise de cette fausse allégation, et du matraquage médiatique sur le risque cardiovasculaire des femmes dans la semaine suivante.  Vérification faite, l’étude présentait toute femme présentant un seul facteur de risque (surpoids, ou hypertension, ou cholestérol excessif) comme menacée par l’infarctus, ce qui est faux, et ne comptabilisait que les cancers du sein à un certain stade de gravité.

Quelques jours plus tard je reçus une invitation à un colloque  franco-britannique « le cholestérol est-il le mal du siècle », organisé par le laboratoire AstraZenaca fabricant une statine anticholestérol dont il souhaitait voir élargie la prescription. Surtout que depuis juin 2004, l’AFSSAPS avait mis en garde contre les effets secondaires parfois graves de ce médicament, et recommandé aux médecins de ne l’utiliser qu’en deuxième intention.  Le modérateur d’une des tables rondes était Valérie B…, responsable  de la communication scientifique de Unilever pour la margarine Fruit d’Or, gros acheteur de spots TV et d’espace publicitaire dans les magazines avec le slogan : « Fruit d’Or améliore votre taux de cholestérol ». Quel rapport avec le labo ? AstraZeneca, était (est sans doute encore) actionnaire d’Unilever, et finançait la majorité des études scientifiques sur le cholestérol. Ce laboratoire faisait également partie des sponsors (avec Elf-Aquitaine, Novartis, Merck, Syngenta et autres multinationales chimiques ou pharmaceutiques) du "Nature Publishing Group", qui édite notamment les prestigieuse revues scientifiques « Nature » et « British Medical Journal » dont les médecins lecteurs ne sauraient mettre en doute l’impartialité.   L’autre table ronde du colloque était animée par le journaliste de France 2 qui depuis plusieurs semaines effrayait les femmes avec leur risque cardiovasculaire ! Ce genre de prestations s’appelle « des ménages » en jargon journalistique. C’est bien payé, et en principe ça doit rester indépendant du travail d’information du journaliste dans les medias.

Voilà pourquoi, entre autres exemples, j’ai quitté le journalisme médical qui me passionnait pourtant, car les chercheurs scientifiques sont des gens souvent atypiques et merveilleux. Mais le business autour, la façon de jouer avec les peurs, le lobbying des labos auprès des pouvoirs publics, la pression des annonceurs dans les medias, le doute sur la véracité des informations que je recevais… Insupportable.


 

 

Par Françoise Simpère - Publié dans : CHANGER
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