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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 13:35

mafalda1.JPGImagine, lui dit-il : entre 1960 et 2010, la productivité en France a quintuplé. Cinq fois moins de personnes suffisent pour créer autant de richesses qu'en 1960, où on ne vivait pas dans le dénuement, loin de là. Alors certes, en 2010 on a produit davantage qu'à cette époque, mais pas 5 fois plus. Conclusion: il est logique que les emplois disparaissent, parce qu'on a besoin de moins de gens pour produire.  Ca a permis de réduire le temps de travail, ce qui, jusqu'à ces dernières années, était considéré comme un réel progrès. En revanche, il y a plus de richesses qu'il n'y en a jamais eu sur terre, d'autant plus que la spéculation multiplie les sommes en circulation. Or 97% des échanges sur terre sont financiers et 3% seulement concernent ce qu'on appelle l'économie réelle. On croule sous l'argent! 

On ne cesse pourtant de nous répéter que les caisses sont vides. Alors, comme dirait Mafalda « il est où l'argent que les gens et les Etats n'ont plus ? »

600 milliardsDans les paradis fiscaux, dans la fraude fiscale (évaluée à 35 à 40 milliards d'euros par an) dans la faillite des banques en 2008: 800 milliards d'euros ont été déboursés en Europe pour « sauver les banques »qui avaient trop spéculé, moyennant quoi elles sont aujourd'hui florissantes et les Etats, donc les contribuables, qui se sont endettés pour les sauver ont la tête sous l'eau. Plus prosaïquement, en France, les exonérations de cotisations sociales, réductions d'impôts et niches fiscales ont coûté 100 milliards en dix ans. En dix ans également, 10% du PIB a été transféré des salaires vers les revenus du capital. Il y a des choses simples à faire pour remettre ce monde fou à l'endroit,  avec des propositions concrètes, immédiates et supportables, déjà en vigueur dans d'autres pays. Il suffit de revenir à un peu de morale, de cesser de prendre l'économie pour un casino royal et d'appliquer les lois existantes.

On pourrait donc assurer à tous les citoyens du monde un revenu de base sans qu'ils travaillent ?

Pas tout à fait. Ne pas avoir d'emploi ne signifie pas être oisifs. Beaucoup de besoins humains essentiels sont satisfaits hors de l'emploi salarié. L'exemple ancestral est celui de la mère au foyer : sans contrat de travail ni salaire, elle assure mille fonctions sans lesquelles la société ne survivrait pas. Il serait bien normal qu'elle ait un revenu de base qui lui donne l'indépendance indispensable pour maîtriser sa vie.

bonobosP1000871.jpgAutre exemple : les retraités passent-ils leur temps assis dans un rocking-chair à contempler tristement la rue ? Pas du tout ! 50% des bénévoles des associations sont des retraités, sans compter ceux qui gardent leurs petits-enfants, s'occupent de leurs très vieux parents, écrivent et partagent leur expérience, voient leurs amis... Ils n'ont pas d'emploi, mais ils sont indispensables à la société, qui ne fonctionnerait pas sans eux, et ils peuvent le faire parce que leur retraite les délivre de l'angoisse matérielle. Il a été calculé qu'un homme de 76 ans travaillant 8h par jour, soit 1/3 de sa journée, n'a consacré en fait que 12 à 15% de sa vie à son emploi si l'on déduit les vacances, les jours fériés et quelques périodes de maladie ou de chômage. Devons-nous fonder toute notre existence sur 15% de notre vie ?

Tu prêches une convaincue, mais je connais des cadres chômeurs bien indemnisés ou des retraités aisés qui ont le sentiment de ne plus exister parce qu'ils n'ont plus de statut social.

C'est bien pourquoi, même s'il est important d'agir au niveau politique, il faut soi-même changer son regard sur le monde et découvrir que la gratuité et l'affectif apportent plus de bonheur qu'un statut prestigieux, à partir du moment où la survie matérielle est assurée.

noisette1Dans le magazine où je bossais, j'avais fait un article où je demandais aux gens ce qui les rendait heureux ou malheureux. Heureux : « j'ai promené mon chien au parc et respiré l'odeur délicieuse d'herbe coupée », « une fille m'a souri, on a échangé quelques mots et nos numéros de téléphone », « il faisait chaud, je suis allée me baigner à l'heure du déjeuner » « En cours de maths, j'ai vu une lueur de compréhension s'allumer dans l’œil d'un cancre». Les malheurs étaient tous liés à la vie de fous qu'on mène, genre : « je conduisais sur le périph, mon mobile a sonné, j'ai répondu, la voiture devant moi a pilé, paf ! Je lui suis rentré dedans... Résultat : tôle froissée, en retard au boulot et PV pour pied bébénageurs.jpgavoir téléphoné en voiture, vie de merde ! » J'avais rédigé un encadré soulignant que le bonheur résidait très souvent dans des sensations gratuites et des rencontres humaines, qu'aucun interviewé ne m'avait dit qu'acheter le dernier Iphone l'avait rendu heureux, alors que les (petits) malheurs découlaient d'une vie où on se laisse déborder par le temps et les objets. L'encadré et les exemples de malheurs ont  été supprimés, le papier réduit à quelques interviews mineures titrées : « Vos petits plaisirs ». Je me suis dit que pour être ainsi censurée, j'avais dû toucher quelque chose d'essentiel qu'il ne fallait pas dire...

Effectivement, dans une société basée sur le matériel, c'est carrément sacrilège ! Pourtant, tu as raison : il y a 12 millions de bénévoles en France qui, lorsqu'on les interroge, racontent le bonheur de rendre service, de se sentir utiles aux autres. Ils font un boulot essentiel, qui n'est pas un emploi. Comme beaucoup d'artistes, sans qui la vie serait si terne, et qui devraient pouvoir créer sans l'angoisse du lendemain, d'autant plus que la culture est une des meilleures réponses à la violence.

La musique adoucit les mœurs... et la fréquentation énorme des musées montre que l'art est un vrai besoin.

cause-humaine.jpgjoueraumonde COUV4bisEt un plaisir ! Je prône le changement de société via le désir et le plaisir. L'écologie, si importante pourtant, a le tort de parler de façon restrictive : moins de ceci, moins de cela... en culpabilisant toute personne qui ne suit pas le dogme. Il faut insister sur le fait que jusque dans les années 70, on avait un mode de vie écologiquement soutenable et qu'on était plus heureux qu'aujourd'hui. Donner du sens à sa vie à travers des amis, des amours, des actions politiques ludiques, des jeux, une alimentation savoureuse et saine, des éclats de rire et des caresses, c'est faisable tout de suite.

Je me souviens d'un lecteur de 63 ans qui m'avait écrit: « Je n'ai su aimer qu'à deux périodes de ma vie. Quand j'étais étudiant,disposais de temps libre et ne pensais qu'aux filles, et depuis que je suis en retraite avec ma troisième compagne. Dans l'intervalle, j'ai bossé comme un malade, divorcé deux fois et rendu deux femmes malheureuses, sans parler de mes enfants que j'ai à peine vu grandir. Alors je propose une première mesure : quand on va dans une soirée, les gens vous demandent toujours « que faites-vous dans la vie ? » et attendent en réponse une profession. C'est mal vu de dire « rien » ou « chômeur ». Désormais, je leur demanderai « Que faites-vous de votre vie ? »

( Merci à Patrick Viveret pour cette conversation amicale et l'espoir qu'il sait stimuler)

 


 


 

 

 

 

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commentaires

Andiamo 08/10/2012 12:27


Et le petit coup de téléphone passé à un(e) ami(e), ça n'est pas un petit bonheur ?


Bises Princesse.

Reynald 06/10/2012 14:24


J'ai bien peur que trop de personnes soient dans l'incapacité de répondre à une question aussi subversive.

usclade 05/10/2012 12:50


Je m'en rends compte à travers l'engagement de ma femme dans la municipalité de ma commune.


Elle y instille des projets plébiscités et qui coutent pas un rond :


- organisation de pédibus pour l'école
- organisation de journées à l'école maternelle les mercredis de juin pour faire découvrir l'école au tout petits et les préparer tranquillement à la rentrée, histoire d'atténuer leurs pleurs en
septembre.
- création d'une association des nounous de la commune pour qu'elles puissent travailler ensemble, mutualiser locaux et matériel
- organisation de sessions de décoration de noel : au lieu de louer des guirlandes lumineuses impersonnelles, la mairie organise la confection de "sapins de noel de quartier", chacun sous l'égide
d'une association de la commune volontaire (club du 3ème age, chorale, etc..), si possible avec des matières recyclées et sinon des fournitures payées par la mairie..


Des projets très peu onéreux au niveau budgétaire, un peu plus en terme de temps et d'implication, qui sont très appréciés car ils réinjectent de la convivialité, du lien social dans la commune,
entre quartiers, générations, classes sociales. Il invite les gens à s'ouvrir à nouveau sur les autres. Le pire des appauvrissements, c'est vraiment le repli sur soi...


Voilà le pire des reproches que je peux faire à Hollande. Comment peut-on croire que l'action politique consiste à prendre des airs paternalistes en déshabillant Pierre pour habiller Paul, ou de
résoudre un problème en décrétant l'octroi d'un nouveau budget? C'est désespérant. Surtout comme vous le montrez, quand on sait qu'au final le contribuable rembourse au centuple pour qu'un
rentier s'engraisse en bout de chaine?


La vraie richesse, c'est de vivre heureux ensemble, quels que soient les accessoires matériels autour de nous. ce qui se passe au niveau d'une commune doit se reproduire au niveau d'un pays. Mais
notre système ne peut que pondre des dirgeants autistes et sans imagination, drogués du pouvoir et de l'argent. Ils ne résoudront jamais rien, on le sait depuis longtemps, mais on reste affligés
chaque jour qui passe...


Apprenons à vivre sans les riches. Apprenons à nous passer de plus en plus de leur argent, cela en fera perdre toute sa valeur, avec un peu de chance ils seront ruinés et réapprendront à vivre
comme nous...


 

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